«La Presse» baisse les salaires, Cogeco met à pied 130 employés

Le quotidien<em> La Presse</em> a annoncé à ses employés jeudi après-midi que les salaires de tous les employés seraient baissés de 10% jusqu’en 2021.
Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Le quotidien La Presse a annoncé à ses employés jeudi après-midi que les salaires de tous les employés seraient baissés de 10% jusqu’en 2021.

L’effet domino de la COVID-19 sur les finances déjà fragiles des médias continue. Le quotidien La Presse a annoncé à ses employés jeudi après-midi que les salaires de tous les employés seraient baissés de 10 % jusqu’en 2021, sans compter une baisse de contribution patronale aux fonds de pension pour l’année qui vient. Au même moment, Cogeco Média a annoncé qu’elle mettait temporairement à pied 130 employés, soit 25 % de l’entreprise.

Chez Cogeco, seules les stations Rythme FM de Trois-Rivières et de Sherbrooke verront un effet en ondes. Les bulletins de nouvelles y seront encore faits localement, mais les autres émissions seront « réseaux », donc seront assumées par la station du 105,7 FM des studios de Laval, explique Christine Dicaire, la directrice principale, communication marketing, chez Cogeco.

Les compressions chez Cogeco sont essentiellement « du côté administratif ». Les employés ont été avisés jeudi en après-midi « On parle principalement des gens dans la promotion, l’administration, les ventes, la créativité médias », précise Mme Dicaire. Les 130 mises à pied sont « purement temporaires » et les employés seront réintégrés dès que la situation le permettra. « Si j’avais une boule de cristal, je vous donnerais une date, mais c’est vraiment journée après journée, et on espère pouvoir rappeler ces gens-là le plus rapidement possible. »

Les multiples contraintes imposées par le gouvernement Legault pour endiguer les effets de la crise liée au coronavirus ont des conséquences sur beaucoup d’entreprises — notamment dans les ventes au détail —, qui achètent moins de publicités dans les médias depuis le début de la crise.

Mme Dicaire décrit ces baisses publicitaires comme étant « énormes » chez Cogeco. Du côté de La Presse, on parle d’un « ralentissement dramatique », avant de préciser que « la majorité des revenus de l’entreprise demeurent aujourd’hui liés à l’achat de publicité sur ses différentes plateformes. »

Tout le personnel du quotidien numérique gratuit — syndiqués, cadres et membres de la haute direction — subira une baisse de salaire de 10 %. L’employeur a aussi annoncé qu’il diminuera de façon temporaire sa contribution aux fonds de pension. « Chaque employé verra ainsi sa rémunération réduite en moyenne de 14 % », a indiqué dans un communiqué le président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur.

« Cette situation hors de l’ordinaire nous force à prendre des mesures exceptionnelles afin d’assurer la pérennité de La Presse, a expliqué M. Levasseur. La culture de La Presse est basée sur le travail d’équipe et nous devons demeurer unis pour traverser les prochains mois et continuer d’informer nos lecteurs ». La direction n’a pas voulu faire plus de commentaires malgré les demandes du Devoir.

Le quotidien sur application tablette a affirmé qu’il était jusque là « en bonne voie d’atteindre l’équilibre financier en 2020 », mais que les chamboulements amenés par la COVID-19 ont modifié la donne.

« Les revenus publicitaires sont pratiquement inexistants, mais les médias doivent répondre à des exigences de couverture de l’actualité encore plus grandes qu’en temps normal et redoubler d’efforts pour offrir un service essentiel à la population. Dans ce contexte, le rôle des gouvernements est important », a affirmé M. Levasseur.

Le syndicat des travailleurs de l’information de La Presse essaie encore « d’arriver à une entente commune, on n’a pas encore une entente de principe, note sa présidente Janie Gosselin. Mais on essaie vraiment d’éviter des mises à pied et d’arriver à une entente. » Selon nos informations, la demande de prolonger jusqu’à fin 2021 les mesures exceptionnelles provoque beaucoup de remous à l’interne.

Mises à pied

Mardi, la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) — qui regroupe les six grands quotidiens régionaux du Québec, dont Le Soleil et Le Droit — a annoncé qu’elle avait dû mettre à pied temporairement 143 employés, soit près de la moitié de ses effectifs. De façon plus visible, la Coopérative — qui vient d’être lancée pour reprendre les journaux du Groupe Capitales Médias — a décidé de cesser de publier en semaine ses éditions papier. Seule l’édition imprimée du samedi demeure. Les plateformes numériques seront quant à elles alimentées en continu.

De nombreux hebdomadaires ont mis à pied une part de leurs employés depuis quelques jours. Le journal Voir a aussi annoncé avoir mis à pied pour six mois cinq employés et deux membres d’une équipe vidéo.