Les médias encaissent le coup de la crise

La Coopérative regroupe les journaux <em>Le Soleil</em> (Quebec), <em>Le Droit</em> (Ottawa), <em>La Tribune</em> (Sherbrooke), <em>Le Nouvelliste</em> (Trois Rivieres), <em>La Voix de l’Est</em> (Granby), <em>Le Quotidien</em> (Saguenay).
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La Coopérative regroupe les journaux Le Soleil (Quebec), Le Droit (Ottawa), La Tribune (Sherbrooke), Le Nouvelliste (Trois Rivieres), La Voix de l’Est (Granby), Le Quotidien (Saguenay).

On savait que les médias seraient lourdement affectés par la crise actuelle : les premiers effets majeurs se sont matérialisés brutalement mardi par la mise à pied de la moitié des effectifs de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i). D’autres entreprises ajustent aussi le tir, alors que les appels à l’aide aux gouvernements se multiplient.

« L’annonce des mesures prises à la Coopérative envoie un message clair sur l’état de la situation et la rapidité avec laquelle tout se réalise », disait mercredi la présidente de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN), Pascale St-Onge. Celle-ci représente les 143 employés touchés par la décision des conseils d’administration des six coopératives membres de la CN2i.

Il a aussi été décidé que les quotidiens qui formaient auparavant le Groupe Capitales Médias (GCM) ne feront plus paraître d’éditions imprimées en semaine. À compter de ce mercredi, seule l’édition papier du samedi demeure. Les plateformes numériques du Soleil, du Droit, du Nouvelliste, de la Voix de l’Est, de La Tribune et du Quotidien seront quant à elles alimentées au quotidien.

Le premier ministre Legault a dit vendredi que les médias étaient un service essentiel : mais cette courroie de transmission est en train de tomber

 

La Coopérative n’est pas seule dans le bateau des compressions. Le Devoir faisait état la semaine dernière de coupes au journal Voir (mise à pied de sept employés) et au quotidien Métro. Mardi, le média Urbania a confirmé avoir demandé une baisse des salaires de l’ordre de 20 % aux 45 employés de l’entreprise, en plus de mettre temporairement à pied six personnes — une manière de « tout faire pour continuer les opérations », selon le fondateur Philippe Lamarre.

À La Presse, les journalistes sont dans l’attente. « Il va y avoir des discussions, mais on n’en connaît pas encore la teneur », dit la présidente du Syndicat des travailleurs de l’information, Janie Gosselin. « C’est sûr qu’on est inquiets. » La direction des communications de l’entreprise indique pour sa part ne pas « être prête à parler de [la] situation économique ». Différentes rumeurs circulent et font état de baisses de salaires immédiates, mais les chiffres divergent.

Aider

Dans ce contexte, le directeur général de la CN2i, Stéphane Lavallée, rappelle que Québec et Ottawa doivent agir dès maintenant pour sauver l’industrie.

La FNC, la Coopérative et d’autres médias demandent notamment que les gouvernements versent immédiatement les crédits d’impôt attendus pour l’année 2019 ; qu’ils investissent « massivement » dans l’achat de publicités dans les médias traditionnels ; et qu’ils offrent une « aide ponctuelle » pour répondre à la crise actuelle.

Pour le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Michaël Nguyen, la situation de la CN2i donne « une raison de plus de mettre de la pression sur les gouvernements ». « Le premier ministre Legault a dit vendredi que les médias étaient un service essentiel : mais cette courroie de transmission est en train de tomber », observe-t-il.

Mardi, le cabinet de la ministre québécoise de la Culture et des Communications n’a pas souhaité commenter la situation. À Ottawa, le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, a indiqué par courriel que le gouvernement fédéral « étudie en ce moment toutes les options » pour donner un coup de main à l’industrie.

« Je suis conscient que la récente pandémie vient asséner un nouveau coup à un secteur déjà éprouvé », dit M. Guilbeault. « Nous vivons des situations totalement inédites qui nécessitent des réponses exceptionnelles, et pour l’ensemble de la société. »

Durer

Dans l’immédiat, la CN2i a réagi pour ne pas « mettre en péril le plan de relance » qui venait d’être entériné, dit-on. « Les coûts reliés à l’impression et à la distribution, dans un contexte où les revenus publicitaires chutent de façon brutale, deviennent insupportables », indiquait un message aux lecteurs publié mardi.

« On veut durer le plus longtemps possible avec l’encaisse actuelle, explique Stéphane Lavallée. Alors, on gèle une partie du fonctionnement de l’organisation pour poursuivre la mission première : produire de l’information. »

Dans cette optique, les mises à pied n’affecteront pas les postes de production de contenu. C’est le personnel administratif, les employés de bureau ou les représentants publicitaires qui écopent. « L’ampleur et la durée de la crise dicteront les orientations qui pourraient devenir permanentes, ou pas », indique M. Lavallée. « Tout est sur la table. »