La préparation olympique de Radio-Canada sous le signe du coronavirus

À un peu moins de cinq mois de la cérémonie d’ouverture de Tokyo 2020, le 24 juillet, une visite prévue sur le site des Jeux a été annulée.
Photo: Jae C. Hong Associated Press À un peu moins de cinq mois de la cérémonie d’ouverture de Tokyo 2020, le 24 juillet, une visite prévue sur le site des Jeux a été annulée.

Le monde sportif se questionne depuis quelques jours devant la propagation du coronavirus, et les yeux se tournent de plus en plus vers les Jeux olympiques de Tokyo. Le diffuseur officiel canadien, Radio-Canada, doit déjà ajuster sa préparation pour la grand-messe internationale et tâter le pouls de ses propres ressources.

À un peu moins de cinq mois de la cérémonie d’ouverture de Tokyo 2020, le 24 juillet, une visite prévue sur le site des Jeux a été annulée. Selon le chef de mission de Radio-Canada et CBC, François Messier, le diffuseur devait notamment parcourir cette semaine les emplacements principaux, soit la piscine, le stade olympique et les installations de gymnastique.

« C’est toujours une histoire de câblage, de détails techniques, ou même de la vue qu’on a de certaines de nos positions, par exemple, note François Messier. On devait aussi vérifier si tout a été fait tel qu’on l’avait prévu au Centre de diffusion. »

Le gouvernement japonais, le Comité international olympique (CIO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont toutefois préféré que les visites de l’étranger n’aient pas lieu, car le prochain mois est crucial pour la prévention de la propagation plus élargie du virus, a-t-on expliqué.

Sur le plan technique, « dans un monde idéal, on y serait allés, explique François Messier. Si on y va un mois plus tard, est-ce qu’on va être à temps pour finaliser ce qu’on va mettre dans les conteneurs qui vont partir par bateau avec de l’équipement ? On sera peut-être obligés de mettre certaines pièces dans des avions. Donc oui, ça change la logistique. »

Présentement, Radio-Canada — et ses partenaires Bell (RDS et TSN) et Rogers (Sportsnet) — ne peut qu’attendre de voir ce que le CIO décidera de faire, tout en entamant des préparatifs pour les possibles conséquences d’une annulation. Une rencontre au sommet est prévue toutes les deux semaines, note le chef de mission.

Couverture moins « canadienne »

Selon François Messier, une grande partie de la production et du montage des émissions olympiques se fait à Montréal ou à Toronto.

Tout de même, quelque 225 travailleurs de CBC et de Radio-Canada doivent se rendre à Tokyo pour la durée des Jeux, notamment dans le but de suivre les épreuves où les Canadiens se démarquent et de rencontrer les athlètes arborant l’unifolié.

« Mais avec l’Olympic Broadcasting Services, le diffuseur hôte de l’ensemble des Jeux, on a accès à l’ensemble des signaux de couverture des sports, note le chef de mission. On pourrait donc choisir, par exemple, de n’envoyer personne ou d’en envoyer très peu. Ça ferait en sorte qu’on aurait une couverture “ moins canadienne”, qui serait plus neutre, parce que ce qu’on reçoit du diffuseur hôte doit être équitable envers les différents pays. Mais ça serait quand même des Jeux olympiques qu’on pourrait apprécier à distance. »

Radio-Canada dit aussi prendre en compte les inquiétudes de ses employés devant la menace du coronavirus. François Messier admet que certains étaient nerveux à l’idée de se rendre cette semaine au Japon.

« Il y a un point de départ, et c’est quelle sera la position du CIO au cours des prochaines semaines, note-t-il. Tout va partir de là, et on sera à l’écoute. S’il y a des gens qui entrevoient un risque trop grand et qui souhaitent se retirer, on trouvera des gens de remplacement pour travailler dans un contexte où on espère que la sécurité sera quand même au rendez-vous. »

À l’écran

Devant l’ombre d’une éventuelle annulation des Jeux de Tokyo, Radio-Canada réfléchit aussi à une grille de programmation de remplacement.

« On commence à se mettre à la tâche pour voir ce qu’on fait si 22 heures d’antenne par jour n’étaient pas couvertes par les JO. D’autant que la programmation originale est moindre en période estivale. Il faut regarder en fonction de qui produit quelle émission, est-ce qu’on peut rajouter des épisodes, ou diffuser des rediffusions… »

Du côté de RDS, « on surveille ça de près », note le relationniste Patrick Tremblay. « C’est sûr qu’il y a déjà certains scénarios de programmation alternative qui sont regardés. »

La chaîne sportive pourrait notamment ramener en ondes les activités de ligues qu’elle avait prévu délaisser pendant les JO, comme des matchs de la Ligue majeure de baseball ou de la Ligue canadienne de football. Du côté de Rogers, on a renvoyé les questions du côté de Radio-Canada.

Les hôtels payés

S’il continue de travailler comme si rien ne changeait dans la planification des Jeux, François Messier admet qu’une éventuelle annulation aurait des conséquences financières pour les diffuseurs.

« On a pris des engagements et payé des espaces qu’on loue à l’intérieur du Centre de diffusion. On a payé la construction de ces espaces-là. On a réservé les chambres d’hôtel, dont on a payé l’entièreté au moment où on se parle, énumère le chef de mission. Mais on pourrait aussi récupérer les droits de diffusion qu’on a payés… C’est un calcul mathématique et je vais laisser les gens des finances s’en occuper avec les assurances. »

À ce jour, seules les guerres mondiales ont causé l’annulation des Jeux olympiques.

En France, le Louvre reste fermé et plusieurs salons sont annulés

Le musée du Louvre à Paris est demeuré fermé lundi, après que ses salariés, inquiets de l’épidémie de coronavirus en France, ont exercé pour la deuxième journée de suite leur droit de retrait. Ils avaient déjà exercé dimanche ce droit, qui permet à un salarié de cesser le travail pour cause de danger « grave et imminent pour sa vie ou sa santé », entraînant la fermeture du musée faute de personnel. « La direction générale suit l’évolution en temps réel. Le Louvre prend toutes les mesures de sécurité nécessaires à la sécurité des agents et des visiteurs », a indiqué Maxence Langlois-Berthelot, administrateur général de l’établissement.

À cause de l’épidémie, certains évènements ont été annulés, comme le semi-marathon de Paris dimanche, le Salon mondial du tourisme de Paris, qui devait se tenir du 12 au 15 mars, et le salon Livre Paris, qui était prévu du 20 au 23 mars. Le gouvernement avait annoncé samedi l’annulation de tous les « rassemblements de plus de 5000 personnes en milieu confiné ».

Agence France-Presse