Plus vite et partout

Le récent rapport du Fonds des médias du Canada montre que le temps passé en ligne quotidiennement sur un téléphone intelligent par les francophones du Canada a augmenté de 42,15% entre 2016 et 2019. Pendant la même période, le temps passé sur un ordinateur ou une tablette a chuté de 13,28%.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le récent rapport du Fonds des médias du Canada montre que le temps passé en ligne quotidiennement sur un téléphone intelligent par les francophones du Canada a augmenté de 42,15% entre 2016 et 2019. Pendant la même période, le temps passé sur un ordinateur ou une tablette a chuté de 13,28%.

La tendance se maintient : nos cous endoloris n’ont pas fini de se pencher sur nos téléphones intelligents. Et si les Canadiens continuent de se connecter de plus en plus à Internet en toute mobilité, le futur réseau 5G aura certainement un impact sur ce que nous y consommerons, souligne dans un rapport le Fonds des médias du Canada (FMC).

« C’est sûr que la mobilité gagne du terrain », note Catherine Mathys, la directrice de la veille stratégique au Fonds des médias du Canada. Elle présentait mercredi matin, lors d’une conférence de l’organisme Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques, un condensé de son rapport annuel sur les tendances dans l’industrie audiovisuelle intitulé Plus proche, plus vaste, plus rapide.

Le document montre que le temps passé en ligne quotidiennement sur un téléphone intelligent par les francophones du Canada a augmenté de 42,15 % entre 2016 et 2019. Pendant la même période, le temps passé sur un ordinateur ou une tablette a chuté de 13,28 %.

« Cette marche va se poursuivre, et ça vient aussi beaucoup avec le type de réseau qu’on utilise », note Mme Mathys.

Le FMC accorde justement une bonne partie de son rapport aux effets qu’aura la future implantation de la technologie 5G sur les producteurs de contenus et les consommateurs de ces contenus.

En rendant possible et agréable l’écoute de vidéos sur nos appareils mobiles, l’actuelle technologie 4G nous a « rendus accros à nos téléphones intelligents », note Catherine Mathys. Mais la 5G — en gros la cinquième génération de réseau mobile — permettra à terme « de passer à un autre niveau, notamment en termes de connexions simultanées ».

Mme Mathys donne l’exemple de grands rassemblements comme le festival Osheaga, où il peut être ardu de communiquer par Internet en raison d’une surcharge du réseau 4G, capable d’absorber environ 2000 appareils par kilomètre carré. Avec la 5G, souligne le rapport du FMC, ce nombre pourrait être d’un million, en plus d’offrir une vitesse de téléchargement 20 fois plus rapide que ce qui se fait actuellement.

« Pouvoir télécharger un long métrage en moins d’une seconde, c’est une énorme différence », note l’ancienne journaliste techno à Radio-Canada.

Le futur réseau 5G pourrait aussi permettre de jouer à des jeux lourds hors du foyer sur nos téléphones, comme on peut déjà écouter un film sur Netflix dans le métro. « Après, il reste la question des données ! », plaisante-t-elle, soulignant que la facture peut monter rapidement.

La 5G a aussi comme particularité d’offrir un très faible délai de transmission, ce qui permettra toutes sortes d’utilisations plus optimales de créations en direct.

« Ça permettrait entre autres de réaliser le plein potentiel de tout ce qui est réalité virtuelle ou réalité augmentée, note Catherine Mathys. Avec ça, le moindre délai, en tournant la tête par exemple, fait que ça mine l’expérience de l’utilisateur. Et on a beaucoup de créativité dans le domaine au Canada, et je pense que ça pourrait vraiment donner un coup de pouce extraordinaire à cette industrie-là. »

Submergé par les plateformes ?

Le rapport Plus proche, plus vaste, plus rapide du FMC se penche aussi sur la multiplication des plateformes offrant du contenu audiovisuel en ligne. À Netflix et Amazon se sont notamment ajoutés en 2019 Disney + et Apple TV +, alors que HBO Max est en chemin.

« Il y a une fatigue qu’on constate dans plusieurs études qu’on a consultées pour ce rapport-là. Les gens ne savent plus trop où donner de la tête, note Catherine Mathys. Quand tu as une famille et que Moana s’en va [vers Disney +], tu suis Moana, mais tu veux rester sur Netflix aussi parce qu’il y a Marriage Story et Sex Education ! Ça pose plusieurs problématiques. »

Entre autres parce que le portefeuille « n’est pas élastique », d’autant qu’au Canada, le phénomène de désabonnement du câble traditionnel est beaucoup moins grand et que les consommateurs finissent par payer encore plus.

La notion de bouquet ou de forfait, jadis propre à la télévision traditionnelle, refait maintenant surface en ligne « compte tenu de la dispersion des contenus », précise le rapport. Disney, par exemple, offre un forfait qui comprend Disney +, ESPN + et Hulu pour 12,99 $US par mois.

Plusieurs consommateurs, note Catherine Mathys, n’hésitent pas à papillonner d’un service à l’autre au fil des sorties de chaque plateforme. « Ils n’imposent pas de pénalité d’ailleurs, ils savent très bien qu’il ne faut pas te mettre des bâtons dans les roues, ils veulent que tu reviennes. »

Parce que comme le précise le rapport, ce que le consommateur veut, « c’est le bon contenu au bon moment sur le bon écran ».

Toqués de TikTok

Si le rapport des nouvelles tendances du FMC parle beaucoup du jeu vidéo, il ne néglige pas non plus les réseaux sociaux, prenant comme exemple un des plus populaires du moment : TikTok.


Produite par le géant chinois ByteDance, TikTok permet la création de courtes vidéos, la plupart du temps sur un fond musical. L’application avait cumulé 1,5 milliard de téléchargements en date du mois de novembre 2019. L’année dernière, son utilisation au Canada a presque triplé chez les 16-24 ans.


« TikTok est surtout l’une des démonstrations les plus achevées d’une tendance qui ne cesse de s’accentuer au fil des années : les technologies sont toujours plus sociales et, pour les jeunes surtout, créent les lieux où l’on va pour s’approprier la culture, la fabriquer et la partager », note le FMC.