Le quotidien «Le Droit» s’implantera au Québec pour profiter de l’aide aux médias

«Le Droit», estime qu’il fera des économies «appréciables» en quittant le très central Marché By d’Ottawa pour de futurs bureaux gatinois.
Photo: Le Droit «Le Droit», estime qu’il fera des économies «appréciables» en quittant le très central Marché By d’Ottawa pour de futurs bureaux gatinois.

Ce n’est qu’une question de semaines avant que le quotidien Le Droit, installé en sol ontarien depuis presque 107 ans, ne déménage ses installations de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Gatineau. Avec à la clé « l’aide vitale » offerte par le gouvernement du Québec aux médias sous forme de crédit d’impôt sur la masse salariale.

« On n’est pas prêt à annoncer le lieu comme tel parce qu’on est encore en discussion pour le bail, mais ça va se faire assez rapidement, quelque part dans la fenêtre entre fin mars et début avril », confirme le chroniqueur Patrick Duquette, aussi président de la nouvelle coopérative journalistique du Droit, anciennement sous le Groupe Capitales Médias (GCM).

Cette importante décision, qui soulève sa part d’inquiétudes dans la communauté franco-ontarienne, se fait « dans un contexte de survie, où on n’a pas le choix d’aller là où l’aide gouvernementale se trouve, souligne M. Duquette. On a réfléchi à la façon de concilier le respect de notre mission auprès des francophones avec les exigences liées au programme de crédit d’impôt et celles de certains bailleurs de fonds qui aimaient mieux nous voir au Québec. »

Le projet est à ce point avancé que mercredi matin, l’organisme ID Gatineau a offert au Droit une contribution financière non remboursable de 150 000 $ pour éponger une partie des frais de déménagement et d’aménagement des futurs locaux du quotidien.

Au ministère des Finances du Québec, on confirme que des discussions ont cours pour s’assurer que Le Droit se qualifie à ses programmes d’aide — ce que le quotidien dit être chose faite.

Patrick Duquette admet par ailleurs que la coopérative du Droit n’a pas interpellé le gouvernement ontarien de Doug Ford pour obtenir de l’aide financière, notamment parce que la création de la nouvelle structure médiatique a drainé beaucoup de temps et d’énergie et aussi parce que l’administration en place « n’est pas particulièrement sympathique aux médias écrits ».

« Dans un monde idéal, on serait peut-être allé sonder le gouvernement de l’Ontario ou le fédéral, mais dans les circonstances, on a paré au plus pressé, et ça pressait », insiste M. Duquette.

Le quotidien estime aussi faire des économies « appréciables » en quittant le très central Marché By d’Ottawa pour de futurs bureaux gatinois, moins vastes et moins dispendieux.

Le Droit, qui compte 65 employés permanents, tire quelque 80 % de ses revenus d’abonnement du Québec.

Un départ qui déplaît

Ce déménagement imminent ne fait pas que des heureux. Déjà, lors des premières rumeurs des difficultés de GCM et de relocalisation du Droit, plusieurs voix se sont inquiétées du sort des Franco-Ontariens, au centre de la mission du quotidien qui a porté des causes comme celle de la survie de l’hôpital francophone Montfort, menacée à la fin des années 1990 par le gouvernement de Mike Harris.

En novembre dernier, dans une lettre au syndic du dossier de GCM, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et les communautés francophones d’Ottawa et de Prescott-Russell s’étaient dites « grandement » inquiètes de la situation.

Dans les derniers mois, l’AFO a intensément milité pour que Le Droit reste du côté ontarien de la rivière des Outaouais, confirme son président Carol Jolin. « Maintenant, dans les circonstances, on voyait que ça devenait de plus en plus en plus difficile. Et au moment où on risquait de perdre le siège social, [notre travail] c’était de s’assurer de préserver la qualité journalistique et même de l’améliorer ».

Patrick Duquette assure que Le Droit est conscient que le déménagement de la publication est un symbole pour toute une communauté. Mais il insiste justement pour qu’on examine la situation non pas par la lorgnette géographique, mais plutôt journalistique.

Le nouveau modèle coopératif du Droit, dit-il, permet de préserver la couverture de la ville d’Ottawa, de l’Est ontarien, des institutions francophones et même des équipes sportives de l’Ontario.

« De plus, pour la première fois en 30 ans, Le Droit va avoir un correspondant à Queen’s Park [le parlement ontarien à Toronto] en partie grâce au programme fédéral Initiative de journalisme local. » Une nouvelle qui a d’ailleurs grandement réjoui Carol Jolin, de l’AFO.

Le Droit va par ailleurs garder un ancrage en sol ottavien en créant un projet nommé « Le Lab Le Droit » avec le collège francophone La Cité. « C’est pas juste une façade, dit M. Duquette au sujet du programme. C’est une sorte de mentorat pour les étudiants avec les employés du Droit. Ça touche les journalistes, mais aussi les gens de marketing et de l’infographie, des domaines qui sont enseignés à La Cité. »

Du côté de l’Association de la presse francophone (APF), dont Le Droit est un des plus importants membres, le déménagement n’est pas un enjeu important. L’organisation chapeaute les médias écrits de langue française en milieu minoritaire au Canada.

Seul bémol, précise la directrice générale Linda Lauzon, les conditions d’admissibilité à l’APF « prévoient actuellement que le journal doit être sur le territoire desservi. Mais on est en révision de nos règlements administratifs », pour recommander que le principe de communautés desservies prime.