Péladeau veut la fin du déséquilibre avec les géants du Web

Pierre Karl Péladeau (photo) estime que plusieurs éléments réglementaires «pénalisent» actuellement les acteurs traditionnels, notamment les câblodistributeurs.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Pierre Karl Péladeau (photo) estime que plusieurs éléments réglementaires «pénalisent» actuellement les acteurs traditionnels, notamment les câblodistributeurs.

Le rapport du comité Yale sur l’avenir de la radiodiffusion et des télécommunications ne pourra faire l’économie d’un enjeu fondamental, estime le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau : régler le déséquilibre qui existe entre les entreprises canadiennes et celles étrangères comme Netflix.

« Un jour ou l’autre, ces plateformes — qui sont des réceptacles de revenus — auront des comptes à rendre, disait mardi M. Péladeau en entretien. Elles ne pourront plus ne pas être assujetties à l’environnement réglementaire » auquel sont astreintes les compagnies canadiennes. À moins, ajoute-t-il, qu’on « l’on déréglemente simplement le secteur et qu’on permette aux entreprises canadiennes de jouer sur le même terrain que ces organisations internationales ».

M. Péladeau s’exprimait à la veille de la publication du rapport très attendu d’un comité d’experts qui a été mandaté par Ottawa pour faire « l’examen de la législation en matière de radiodiffusion et de télécommunications ». Présidé par Janet Yale, le comité fera des recommandations pour des changements législatifs aux importantes lois sur la radiodiffusion, la radiocommunication et les télécommunications.

Câblodistribution et services Internet (Vidéotron), télévision généraliste (TVA), service de vidéo en ligne (Illico) : les entreprises du giron Québecor seront concernées à plusieurs égards. Et le mémoire que la compagnie avait présenté au comité Yale appelait à des changements majeurs — comme plusieurs autres organismes, d’ailleurs. D’où les grandes attentes.

M. Péladeau estime que plusieurs éléments réglementaires « pénalisent » actuellement les acteurs traditionnels, notamment les câblodistributeurs. Il donne un exemple : « Le CRTC [Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes], qui continue à réglementer, nous dit que ça prend un service de base avec telles et telles chaînes, et qu’on ne peut pas le vendre moins de 25 $ par mois, alors que Netflix peut offrir ce qu’elle veut pour » environ la moitié du prix, dit-il.

Les câblodistributeurs doivent aussi payer une redevance au Fonds des médias du Canada et respecter différents quotas, obligations que n’ont pas les plateformes étrangères. « Les gens se désabonnent du câble, qui finance les productions locales par le biais du Fonds, rappelle M. Péladeau. Est-ce que Netflix et les autres participent au financement des productions canadiennes, à l’édification de cette industrie ? »

Netflix a indiqué en septembre avoir investi plus de 500 millions dans des productions locales au Canada depuis 2017. Or, la compagnie n’a jamais détaillé ses investissements, et refuse notamment de dire quel pourcentage de l’argent a servi à des productions en langue française.