Appel à une plus grande place pour les arts visuels à Radio-Canada

La pétition affirme que Radio-Canada «échou[e] à démontrer cette multiplicité de points de vue en ce qui a trait aux arts visuels».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La pétition affirme que Radio-Canada «échou[e] à démontrer cette multiplicité de points de vue en ce qui a trait aux arts visuels».

Une pétition lancée il y a trois semaines et qui cumule maintenant plus de 7500 signatures réclame de Radio-Canada une meilleure représentation des arts visuels sur ses différentes plateformes. La couverture de la chaîne publique, sauf exception, se résume au travail de grands noms issus du monde du divertissement, déplore le texte.

La pétition publiée par Benjamin J. Allard, qui a étudié et enseigné l’art visuel, dit notamment que la couverture actuelle des arts visuels contrevient aux normes et aux pratiques journalistiques du diffuseur public et déplore que « les artistes invités aux émissions de la chaîne ne représentent en rien la diversité et la richesse des artistes visuels du Québec ».

M. Allard, dont la missive a été lue et nourrie par une quinzaine de collaborateurs issus du milieu, note que ce sont souvent les mêmes vedettes qui sont invitées, comme Marc Séguin ou Stéphane Rousseau, dont l’omniprésence récente sur les ondes de Radio-Canada pour parler de son travail de peintre « a été la goutte qui a fait déborder le vase », déplore l’auteur de la pétition.

Ce n’est pas juste avoir plus d’art visuel pour avoir plus d’art visuel. Pour moi, la vraie raison, c’est que les artistes ont un point de vue critique, pertinent, diversifié et riche par rapport à notre société. On se doit de l’entendre.

 

« Le travail des médias ce n’est pas de booker des célébrités, c’est de faire du contenu pertinent. […] Les seules fois où on entend parler d’art visuel c’est grâce aux gens du spectacle », dit M. Allard au Devoir, en notant tout de même la présence de quelques collaborateurs pertinents à Radio-Canada, comme Aseman Sabet ou Nicolas Mavrikakis, aussi au Devoir.

La pétition affirme que Radio-Canada « échou[e] à démontrer cette multiplicité de points de vue en ce qui a trait aux arts visuels » et qu’il est donc en contravention avec le principe d’équilibre présent dans les règles journalistiques du diffuseur public.

À Radio-Canada, par la voix du premier directeur des relations publiques Marc Pichette, on estime toutefois que « la couverture plus étendue des arts visuels réclamée dans cette pétition ne peut être exigée en vertu des normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ».

Perspective sur le monde

Après avoir écrit à plusieurs reprises à Radio-Canada ainsi qu’à de nombreuses émissions culturelles, Benjamin J. Allard a même décidé de lancer sa propre émission d’art visuel sur les ondes de la radio communautaire CIBL, Radio atelier. « Je me suis dit que ce que je veux entendre, il va falloir que je le fasse moi-même ! »

Celui qui a enseigné les arts visuels à l’Université de la Colombie-Britannique et à l’Université d’art et de design Emily Carr s’arrime avec la pétition au projet numérique Invisibles, qui milite aussi pour une meilleure représentation de l’art contemporain dans les médias en général.

« Ce n’est pas juste avoir plus d’art visuel pour avoir plus d’art visuel, ajoute M. Allard. Pour moi, la vraie raison, c’est que les artistes ont un point de vue critique, pertinent, diversifié et riche par rapport à notre société. On se doit de l’entendre. Je pense sincèrement qu’en mettant un micro dans leur face, et sans même parler de leur travail, on entendrait parler de ce qui les préoccupe et de la perspective qu’ils donnent au monde. »

Radio-Canada, pour sa part, dit accorder « la plus grande importance à son mandat culturel, incluant les arts visuels », avant d’énumérer des invités présents en ondes (MissMe, Élise Gravel) et des productions déjà diffusées ou à venir (le documentaire Porteurs de plumes, à propos de jeunes artistes autochtones, ainsi que des documentaires consacrés au Groupe des Sept, et à Jean-Pierre Larocque).

« Nous comprenons que ces contenus ne contribuent pas à la promotion souhaitée des artistes émergents dans ce secteur. La pétition met en lumière la nécessité d’une réflexion à ce sujet et nous pouvons assurer qu’elle se fera », a déclaré Marc Pichette, sans vouloir donner plus de détails.

Faire écho

Le directeur de la galerie Division, Dominique Toutant, se réjouit de la pétition, qui soulève à ses yeux un problème récurrent. Celui qui est membre du conseil d’administration de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) note que les choses vont en empirant à Radio-Canada depuis la disparition de la chaîne culturelle.

« Une institution d’importance comme Radio-Canada qui semble bien aller, où les cotes d’écoute de la radio entre autres vont bien, devrait être là pour faire une éducation, pour en parler. »

Selon M. Toutant, il y a entre autres un manque de curiosité et des lacunes dans les connaissances des recherchistes des émissions.

« En même temps, on ne leur envoie pas assez de matériel pour que ça fasse écho, admet-il, bon joueur. On n’a pas de relationnistes de presse, on ne peut livrer un texte préfait pour allumer les directeurs des programmes, on n’est juste pas là », surtout en comparaison au monde de la musique ou du théâtre. « On espère qu’on nous couvre parce qu’on a fait quelque chose de bien. Mais ce n’est pas le cas. »