Du hockey à grignoter sur les ondes de RDS

La ligue indépendante 3ICE promet du hockey sans interruptions ni arrêts de jeu.
Photo: Ethan Miller Getty Images AFP La ligue indépendante 3ICE promet du hockey sans interruptions ni arrêts de jeu.

« On part de ça : c’est toujours l’expérience du public qui compte. » Le directeur général de la future ligue de hockey nord-américaine « 3ICE », E.J. Johnston, lancera en été 2021 une nouvelle expérience sur glace à trois joueurs contre trois, taillée sur mesure « sur la façon dont les gens se comportent de nos jours, sur la façon dont ils consomment et partagent les médias, à petites bouchées ». Une expérience que RDS et TSN diffuseront sur le marché canadien.

La ligue indépendante 3ICE fera sienne « la meilleure partie du hockey » de la Ligue nationale du hockey (LNH), dit Johnston. Il évoque ici le jeu très rapide et ouvert à trois joueurs tel qu’il se déroule actuellement lors des prolongations du circuit Bettman.

Presque tout ici est à lire en fonction de ce que la grande LNH propose comme produit et de son rapport au public et aux médias. Avec la ligue 3ICE, E.J. Johnston, dont le père Montréalais a été gardien de but chez les Bruins de Boston, veut « livrer de petits brûlots excitants », et parle à répétition de contenus « snackable », soit à grignoter, à regarder et à partager à petites bouchées.

C’est entre autres que chaque match se déroulera à la vitesse « Connor McDavid », c’est-à-dire à la vitesse « oups, il est déjà passé ».

« Pas de pénalités, seulement des tirs de pénalité. Pas de longues interruptions ni d’arrêts de jeu pour les analyses. Uniquement de l’action pure », a déclaré dans un communiqué le commissaire de 3ICE, Craig Patrick, lui-même membre du Temple de la renommée du hockey.

Les affrontements entre les huit équipes se tiendront sur une patinoire complète et seront faites de deux périodes de huit minutes à temps continu. Lors de chacun des neuf samedis de matchs, toutes les équipes joueront un mini-tournoi par élimination, pour un total de sept matchs diffusés bout à bout.

M. Johnston fait ici coïncider son amour du hockey avec son parcours professionnel, qui l’a amené dans des agences de marketing et dans le monde des ventes — notamment dans le sport et la mode —, ainsi qu’à Hollywood, où il a été producteur.

« Pour nous, à la lumière de la façon dont le monde a évolué en termes de consommation, on veut être amusant, innovant et on veut du contenu qui va aller vers les gens, encore et encore. »

Est-ce à dire que la diffusion traditionnelle du hockey est trop longue ? « En résumé, je ne trouve pas que c’est trop long, mais je crois que le public aimerait une alternative qui est plus en petites portions ». Le snack, encore.

Rajeunir ?

Pour le vice-président à la programmation de RDS, Robert Turcotte, la ligue 3ICE est assez intrigante. Aux yeux du diffuseur, cette nouvelle ligue est un test pour savoir « si ce produit-là va rejoindre un auditoire plus jeune », explique M. Turcotte.

Le public aujourd’hui âgé de 25 ans et moins tend à se détacher non seulement de la télévision linéaire traditionnelle, mais aussi des sports professionnels en général, note le vice-président.

« Le temps d’attention des jeunes est très court, ils font quatre affaires en même temps sans problème, illustre-t-il. Ça veut dire que de rester concentré sur un match de hockey traditionnel de deux heures et demie, pour eux autres, c’est peut-être difficile. »

La ligue 3ICE, qui sera beaucoup peuplée de joueurs professionnels retraités de la LNH, ne sera diffusée que dans 18 mois, mais RDS confirme que ces activités feront partie de ses bulletins de nouvelles. « Au départ, je ne m’attends pas à un grand sentiment d’appartenance, mais l’idée c’est qu’on pique la curiosité » du public, dit Turcotte, ajoutant qu’il a fait des démarches auprès de 3ICE pour que des joueurs francophones soient du lot.

Qui animera à RDS ce sprint de trois contre trois ? « Il est vraiment trop tôt pour identifier qui seront nos chefs d’antenne. Et même nos gars de hockey, il faut qu’ils se reposent l’été! C’est peut-être une occasion d’essayer autre chose, parce que le sport est différent. »

Comme M. Turcotte, le professeur au département de marketing de l’UQAM André Richelieu voit en la ligue 3ICE « un avertissement que les ligues et les équipes professionnelles établies devraient prendre au sérieux avant que le lien émotionnel ne se brise davantage avec leurs supporters ».

Le professeur, qui s’intéresse à la gestion du sport, estime que « trop de gestionnaires se laissent obnubiler par les résultats financiers de leur franchise, […] en oubliant, au passage, le consommateur, notamment l’importance d’offrir un produit de qualité sur le terrain et de l’espoir aux partisans. »

Ici, l’espoir pourrait prendre la forme d’un but «tic-tac-toe» époustouflant… et facile à partager sur ses réseaux sociaux.