CIBL vers un retour à la normale d’ici «2021 ou 2022»

Jeanne Doré (à droite) et Nathalie Benoît, respectivement présidente et membre du conseil d’administration de CIBL dans l’emblématique studio de l’édifice 2-22
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Jeanne Doré (à droite) et Nathalie Benoît, respectivement présidente et membre du conseil d’administration de CIBL dans l’emblématique studio de l’édifice 2-22

Deux ans après le début de la crise financière qui a frappé la radio communautaire montréalaise CIBL, la station reste sans employés et aux prises avec des dépenses élevées. Mais la présidente du conseil du 101,5, Jeanne Doré, est encouragée par le très léger déficit enregistré en 2019 ainsi que par la présence en ondes d’une quarantaine d’émissions. Selon elle, CIBL « va tomber dans un exercice naturel de fonctionnement autour de 2021 ou 2022 ».

C’est le 5 janvier 2018 que sonnait le début de la crise pour la radio communautaire fondée il y a 40 ans et installée depuis 2012 dans le bâtiment du 2-22, à l’angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent. Ce vendredi-là, au retour des Fêtes, la station prise à la gorge avait pris la décision de mettre ses 13 employés à pied. Un choix « très difficile, mais responsable », avait alors expliqué le président de l’époque, Thierry Holdrinet.

C’est sûr qu’on n’embauchera pas tant qu’on n’aura pas la certitude qu’on a les revenus nécessaires pour le faire. Ce qu’on souhaite, c’est que ça arrive au plus tard au printemps.

En entrevue au Devoir à pareille date l’année dernière, sa successeure à la tête du conseil d’administration, Jeanne Doré, espérait que 2019 serait assez clémente pour permettre l’embauche d’une personne pouvant assurer une certaine permanence et gérer les dossiers courants, actuellement menés bénévolement par le conseil. Mais cette embauche n’est pas venue.

« C’est sûr qu’on rêve de ça depuis une grosse année », explique Mme Doré, rencontrée cette semaine dans les bureaux de CIBL en compagnie de Nathalie Benoît, directrice de la promotion institutionnelle à l’UQAM et membre du conseil d’administration de CIBL.

« On a présenté différentes demandes pour au moins partir un salaire, assure Mme Doré. Jusqu’à maintenant, toutes nos demandes ont échoué. Et c’est sûr qu’on n’embauchera pas tant qu’on n’aura pas la certitude qu’on a les revenus nécessaires pour le faire. Ce qu’on souhaite, c’est que ça arrive au plus tard au printemps. »

D’ici là, grâce au Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi du gouvernement du Québec, CIBL peut tout de même compter sur une ressource dans les locaux de la station.

« Oui, on souhaiterait que ça aille plus vite, mais il n’y a pas de magie, assure Nathalie Benoît. Il faut être rigoureux dans notre gestion financière et bâtir sur du solide. »

Avec les informations que la présidente a en main, Mme Doré espère « que ce sera un redressement qui aura duré trois ans et qu’on va tomber dans un exercice naturel de fonctionnement autour de 2021 ou 2022 ».

Question immobilière

Pour 2019, CIBL a affiché un léger déficit de 7800 $, ce qui fait dire à Mme Doré qu’« on peut parler d’équilibre ». Elle ajoute du même souffle que le 101,5 traîne un lourd déficit accumulé, d’un peu plus de 360 000 $ à la fin de la dernière année.

C’est notamment la question immobilière qui taraude la présidente. Car la présence de CIBL au 2-22, avec un studio dans la rue au coeur de Montréal, a l’avantage d’être une vitrine incroyable pour le 101,5, mais avec une contrepartie financière élevée, même si le ministère de la Culture et des Communications paye l’hypothèque et les intérêts de la station.

Oui, on souhaiterait que ça aille plus vite, mais il n’y a pas de magie. Il faut être rigoureux dans notre gestion financière et bâtir sur du solide.

En plus des taxes foncières, CIBL doit payer des frais de condo de quelque 5000 $ par mois, un montant qui était jadis de 10 000 $ mais que la station a réussi à négocier à la baisse.

« Comme C.A., on n’est jamais arrivés à la conclusion qu’on n’avait pas les moyens d’être ici, explique Jeanne Doré. Mais c’est un espace très dispendieux, et il faut trouver le moyen de faire des revenus avec notre espace. »

Dans les derniers mois, CIBL a notamment haussé le loyer d’une entreprise qui loue une partie de ses bureaux. Nathalie Benoît croit aussi que la station pourra développer des partenariats — autant dans l’immobilier que dans la programmation — pour augmenter les entrées d’argent. Jeanne Doré voit par exemple une occasion intéressante dans l’idée de louer certains studios de la station « pour les gens qui veulent faire de la balado ».

Investir dans la technique

Pour CIBL, 2019 a aussi été une année de dépenses en matériel électronique. En raison des travaux dans le mât du Stade olympique, sur lequel l’antenne se situe, la station communautaire a dû changer le câblage de son antenne ainsi que son émetteur, le tout ayant coûté quelque 50 000 $. Le logiciel de diffusion a aussi dû être mis à jour.

« On a beaucoup investi dans la technique, parce que sans la technique on savait qu’on ne pourrait plus diffuser », explique Jeanne Doré.

Et mine de rien, dans tout le brouhaha, le contact entre les artisans de CIBL et les Montréalais passe par la production d’émissions de radio et leur diffusion.

« Il y a 40 émissions », se réjouit Nathalie Benoît, mentionnant le travail intense du comité de programmation, aussi bénévole. « On essaie de maintenir une présence en ondes et aussi une présence publique avec peu de sous. »

Lors de la dernière assemblée générale de la station, en décembre, les artisans ont par ailleurs fait part au conseil d’administration de certaines frustrations, notamment en ce qui concerne l’absence de canaux de communication.

« Il y a eu beaucoup de questions, d’échanges, mais ce n’était pas acrimonieux, c’était constructif, estime Nathalie Benoît. [Dans la dernière année] on s’est attelés à faire les choses, mais peut-être qu’on n’a pas eu assez de temps pour les communiquer. Il y avait peut-être une lacune là, dont on a pris acte, et on l’a mentionné en assemblée. »

Le CRTC a par ailleurs renouvelé la licence de CIBL pour trois ans.