Les membres du public ne seront plus majoritaires au Conseil de presse

Au sein même du conseil d’administration de l’organisme, des voix se sont aussi élevées pour que les comités des plaintes redeviennent égalitaires.
Photo: iStock Au sein même du conseil d’administration de l’organisme, des voix se sont aussi élevées pour que les comités des plaintes redeviennent égalitaires.

Après avoir discuté dans les derniers mois avec plusieurs médias frustrés de son travail, le Conseil de presse du Québec (CPQ) a décidé que les plaintes qui lui sont adressées au sujet de la profession seront désormais analysées par des comités où les représentants du public ne seront plus en majorité, mais plutôt au même nombre que les journalistes et les éditeurs.

La décision a été prise par le conseil d’administration le 13 décembre dernier, précise au Devoir la présidente du CPQ, Paule Beaugrand-Champagne. Le tout reste à être entériné à la prochaine assemblée générale du CPQ, au printemps.

Depuis 2003, les différents comités des plaintes de ce tribunal d’honneur du journalisme étaient tripartites, mais composés de quatre membres issus du public, de deux reporters et de deux éditeurs. Tous sont issus des 21 membres du conseil d’administration.

Alors qu’en 2003 on estimait que le public perdait la confiance dans le Conseil, en 2019 plusieurs personnes ont estimé que ce sont les journalistes et les médias qui commençaient à perdre confiance dans le conseil

Désormais, ces comités — jugés par la présidente comme les plus importants du CPQ — seront donc tripartites et égalitaires, quoique la présidence des comités de plaintes restera aux mains d’un membre du public, qui aura droit de veto en cas d’égalité. « Les trois parties étaient d’accord pour que la présidence soit entre les mains du public, pour éviter tout danger de conflit d’intérêts », précise Mme Beaugrand-Champagne.

Perte de confiance

Au coeur de la décision du conseil se trouve un désir de la profession de voir l’organisme fondé en 1973 revenir à sa nature d’autorégulation. Une tournée des médias du Québec effectuée dans les derniers mois — et qui se continuera en 2020 — a permis au CPQ de prendre le pouls des entreprises médiatiques en ce sens, raconte Paule Beaugrand-Champagne. « Et même en dehors de cette tournée, il y a eu des commentaires acerbes de certains médias, que ce soit La Presse, Radio-Canada ou certains journaux régionaux, ça s’est accumulé au fil des années. »

Au sein même du conseil d’administration de l’organisme, des voix se sont aussi élevées pour que les comités des plaintes redeviennent égalitaires.

« Alors qu’en 2003, on estimait que le public perdait la confiance dans le Conseil, en 2019, plusieurs personnes ont estimé que ce sont les journalistes et les médias qui commençaient à perdre confiance dans le conseil », résume la présidente.

Les modifications touchant la clause 4.03 du règlement 2 du Conseil de presse ont d’abord été abordées au comité du guide des processus et des règlements. « Les discussions ont été viriles, admet Paule Beaugrand-Champagne. Oui, il y a quelques membres parmi les sept [conseillers issus du public] qui ne comprenaient pas, qui pensaient que c’était contre eux, alors que c’était plus pour l’autorégulation. Ils n’étaient pas visés personnellement. » Personne n’a toutefois demandé à ce que sa dissidence soit notée au procès-verbal, illustre la présidente.

Le tribunal d’honneur espère maintenant pouvoir élargir son membership — et donc ses finances — en convainquant des médias qui ne portaient pas dans leur coeur le travail du CPQ. Récemment, le quotidien The Gazette s’était retiré du Conseil pour se joindre à son équivalent canadien.

« On doit aussi rediscuter avec les membres de Groupe Capitales Médias, c’est sur la glace pour l’instant. »

Quant à Québecor, il s’est retiré de l’organisme depuis 2010, et Mme Beaugrand-Champagne ne retient pas son souffle de le voir revenir au CPQ. « Nos relations sont un petit peu tendues en ce moment », euphémise-t-elle. Des médias de Québecor poursuivent le CPQ pour que celui-ci cesse de rendre des décisions à leur égard et réclament 200 000 $ en dommages pour atteinte à leur réputation.

En 2018, le CPQ a reçu 481 plaintes, dont 31 ont été retenues en totalité ou partiellement.