Braver la tempête, et en parler pour vrai

Daphnée Hacker-Bousquet et Karine Lemaire-Rogers, lors d’un enregistrement d’un épisode du balado «On connaît tous quelqu’un»
Photo: On connaît tous quelqu’un Daphnée Hacker-Bousquet et Karine Lemaire-Rogers, lors d’un enregistrement d’un épisode du balado «On connaît tous quelqu’un»

« Il y a autant d’histoires que de personnes », souligne Marie-Luc Despaties. Mais les histoires, surtout les plus personnelles, celles qui traversent la chair et les os jusqu’à l’âme, elles sont rarement racontées, et se vivent bien souvent en solo. Ou en balado.

Avec Daphnée Hacker-Bousquet et Karine Lemaire-Rogers, Marie-Luc Despaties a créé pour Radio-Canada une série audio à emporter en six épisodes qui plonge l’auditeur dans toutes sortes d’histoires sombres — « ou plutôt, importantes », note Daphnée —, celles des trois amies et aussi celles de leurs invités.

On connaît tous quelqu’un est né des difficultés vécues respectivement par les trois amies. Alors que Karine a perdu son mari, mort du cancer à 36 ans, Marie-Luc a perdu les jumeaux qu’elle portait depuis peu avant que sa mère, son seul parent toujours en vie, ne meure. Quant à Daphnée, elle donnait la vie à la petite Elsie avant de broyer du noir dans une dépression post-partum.

Le trio se présente comme ça : une veuve, une orpheline et une maman. Trois tempêtes aux vagues différentes, mais trois tempêtes qui remuent et qui sont bien souvent difficiles à partager.

« Je trouvais qu’il n’y avait pas l’écoute ou la réception dont j’avais besoin, lance Marie-Luc. Le projet venait de ce besoin de s’exprimer et de créer un lieu d’échange. »

Ç’a été un exercice très difficile pour nous, on ne se le cachera pas. Mais en demandant à nos protagonistes de le faire, nous aussi il fallait nous livrer et nous montrer vulnérable là-dedans.

 

Jointes en conférence téléphonique, les trois femmes se relancent la balle, chacune partageant une vision commune de leur projet, malgré leurs réalités différentes. Dans ces durs moments de vie, « tu es en quête de profondeur, dit Karine. Les choses perdent un peu de leur sens ou de leur saveur. Quand j’ai appris que ce projet-là se faisait, j’ai appelé Marie-Luc et il fallait qu’on le fasse ensemble. Il y avait une volonté d’apprivoiser la tristesse. »

Au cours des six épisodes d’environ 25 minutes, On connaît tous quelqu’un nous permet de découvrir la réalité d’invités, qui livrent sans tabous les détails de leur tempête : ici une mort, là une déchéance, ailleurs un grave accident.

Avec les témoignages, « on réalise qu’on a beaucoup de préconceptions par rapport à ce que chacun a vécu, note Karine. On pensait avoir de la peine à certains endroits, mais tu te rends compte qu’il y a plein de scénarios différents. C’est pas noir ou blanc, c’est pas un scénario de Disney ».

Le véhicule du balado

La journaliste Daphnée Hacker-Bousquet s’étonne elle-même d’avoir plongé dans ce projet de balado, elle pour qui « les histoires human, c’est quétaine à la base ». « Je ne voulais pas faire un truc à la Claire Lamarche », dit-elle en riant.

Mais c’est le balado sur le deuil Terrible, Thanks For Asking, de Nora McInerny, qui lui a prouvé que l’exercice était porteur. « Le balado est différent de la télévision, estime-t-elle. Il permet une authenticité, une intimité, une douceur. »

Ce que les trois amies n’avaient pas tout à fait prévu avec le balado, c’est que les contenus y fleurissent quand ils sont incarnés par ceux qui les présentent. Et Radio-Canada leur a gentiment suggéré de ne pas se contenter des témoignages des autres, mais aussi de lever le voile davantage sur leurs propres zones d’ombre.

« On apprend peu à peu nos histoires, explique Daphnée. Ç’a été un exercice très difficile pour nous, on ne se le cachera pas. Mais en demandant à nos protagonistes de le faire, nous aussi, il fallait nous livrer et nous montrer vulnérables là-dedans. »

Boîte à outils

À la fin de certains épisodes, les animatrices proposent des ressources aux auditeurs qui pourraient être émus, bouleversés par les discussions.

« L’idée de base, c’est d’apporter une forme d’aide aux gens, note Karine Lemaire-Rogers. Au début, on parlait d’une boîte à outils. Quand tu broies du noir, parler à quelqu’un qui est passé par là ça fait du bien et ça peut donner des indices sur comment la traverser, sa propre tempête. »

Un des rêves de Marie-Luc Despaties, c’est qu’On connaît tous quelqu’un puisse créer une communauté, où les auditeurs pourraient partager leur propre aventure. « Il faut que les gens se parlent plus, qu’ils se le permettent. »

Parce qu’il y a autant d’histoires que de personnes.