Les six journaux du défunt Groupe Capitales Médias sauvés de la faillite

«La Voix de l’Est» de Granby, «Le Nouvelliste» de Trois-Rivières et «Le Quotidien» de Saguenay font partie des six journaux sauvés de la faillite.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne «La Voix de l’Est» de Granby, «Le Nouvelliste» de Trois-Rivières et «Le Quotidien» de Saguenay font partie des six journaux sauvés de la faillite.

Menacés de fermeture au mois d’août dernier, les six journaux du Groupe Capitales Médias (GCM) pourront poursuivre leurs opérations sous forme de coopératives de travailleurs. Les retraités paieront toutefois le prix de cette transformation en voyant leurs rentes être réduites du tiers.

C’est le plan de relance entériné par le juge Daniel Dumais lundi au palais de justice de Québec. « La survie des journaux dépasse le cadre des intérêts particuliers. Ils sont essentiels pour une société démocratique. Leur mort ferait disparaître une saine concurrence et laisserait la voie libre à la compétition déjà restreinte », explique le magistrat. « Il faut regarder en avant et favoriser le projet mis en place », conclut-il.

Le plan de sauvetage de 21 millions de dollars assurera la survie des six quotidiens : Le Soleil de Québec, Le Droit d’Ottawa, La Tribune de Sherbrooke, La Voix de l’Est de Granby, Le Nouvelliste de Trois-Rivières et Le Quotidien de Saguenay.

Le Mouvement Desjardins, le Fonds FTQ, ainsi que Fondaction CSN contribueront financièrement à ce plan de relance. Celui-ci permettra à des coopératives formées d’employés de GCM d’acquérir ces six journaux et d’ainsi maintenir les emplois de 350 personnes.

Le scénario a été approuvé la semaine dernière par les créanciers de GCM.

« Ce dossier nécessite, depuis le mois d’août, que l’on agisse avec célérité. La réserve monétaire est fort limitée et on n’a pas le luxe de perdre son temps. Cela oblige tout le monde, y compris la Cour, à aller vite », écrit le juge Dumais.

On va continuer à se battre [...]. On va se défendre et on va continuer la bataille jusqu’au bout.

 

C’est avec « du soulagement mêlé à de la joie » que la décision du juge Dumais a été accueillie par Jean-François Néron, président de la coopérative du Soleil et vice-président de la Coopérative nationale de l’information indépendante qui vient d’être créée. « Ça nous confirme aujourd’hui, ce jugement-là, que nous avons réussi à remplir les conditions nécessaires à la relance de l’entreprise », résume-t-il.

Le pire a été évité de peu, souligne la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). « Tel que le juge l’a rappelé, l’information régionale est essentielle à une saine démocratie », écrit le président de la FPJQ, Michaël Nguyen, dans un courriel au Devoir. M. Nguyen plaide pour l’imposition de redevances aux géants du Web afin d’assurer la pérennité des médias. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui était responsable du dossier de la relance de GCM, a quant à lui réagi sur Twitter. « Je souhaite la meilleure des chances à cette coopérative. Une bonne nouvelle pour la diversité dans les médias », a-t-il écrit.

Retraités déçus

La relance des six quotidiens ne se fera toutefois pas sans heurts, convient le juge Dumais. Le plan prévoit notamment de mettre fin aux régimes de retraite en place, ce qui signifie que tant les retraités que les employés actifs perdront de 25 à 30 % de leurs droits accumulés, souligne-t-il.

« C’est une très vive déception pour les retraités. Ça réduit considérablement nos possibilités de recours », se désole le porte-parole de l’Association des employés retraités du Soleil, Pierre Pelchat, qui évalue à 17 000 $ la rente moyenne touchée par les retraités.

Dans les dernières semaines, plusieurs ex-employés avaient déploré le manque de considération à leur égard dans l’opération de relance.

« Bien sûr, les retraités sont déçus de la tournure de l’aventure de leur ex-employeur. Qui ne le serait pas face aux pertes à subir. Le tribunal éprouve beaucoup d’empathie pour ces retraités, tout comme pour les membres actifs. La situation est déplorable. Mais, il y a lieu de sauver ce qui peut être sauvé. Telle est la “ Big picture ” », tranche le juge.

La survie des journaux dépasse le cadre des intérêts particuliers. Ils sont essentiels pour une société démocratique.

Il rappelle par ailleurs que ces régimes affichent un déficit actuariel d’environ 65 millions de dollars. Vendredi dernier, des associations de retraités se sont opposées au plan d’arrangement et ont, entre autres, demandé au juge de rayer les quittances qui les privent de leur droit de poursuite envers syndicats, centrales syndicales et comités de retraite.

« Les quittances exigées n’ont pas, en soi, un effet privatif absolu. Ce ne sont pas tous les recours qui sont exclus. Les retraités conservent certains droits. Il leur appartient d’en évaluer le bien-fondé », écrit le juge.

Les associations de retraités n’écartent d’ailleurs pas la possibilité de porter la décision en appel. « On va continuer à se battre de ce côté-là. On va se défendre et on va continuer la bataille jusqu’au bout », promet M. Pelchat.

Le rejet du plan ou une modification de celui-ci, note le juge, aurait pour conséquence de faire échouer l’opération et compromettre la relance des six quotidiens. À l’inverse, « que le plan réussisse ou échoue, les pertes des retraités devraient être les mêmes », écrit-il.

Le juge Dumais rappelle également que les employés actuels ont aussi accepté plusieurs sacrifices pour sauver leurs médias au bord de la faillite. Le plan prévoit notamment la fermeture d’une imprimerie ainsi qu’un gel de salaire pendant deux ans. Les nouvelles coopératives devront aussi renégocier les conventions collectives.