Amer cadeau de Noël pour des employés de Radio-Canada

Les montants que doivent rembourser les employés concernés seront prélevés des salaires et étalés sur une période pouvant aller jusqu’à 50 cycles de paie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les montants que doivent rembourser les employés concernés seront prélevés des salaires et étalés sur une période pouvant aller jusqu’à 50 cycles de paie.

Des employés temporaires de Radio-Canada devront rembourser des sommes perçues en trop pouvant atteindre jusqu’à 2900 $, selon leur syndicat.

Au moment même où il faisait ses emplettes de Noël, un courriel atterrit dans sa poche : il doit plus de 2000 $ à son employeur, Radio-Canada. « Ça m’a complètement pris par surprise », dit ce journaliste qui tient à rester anonyme. Il n’est pas seul : 498 employés temporaires du diffuseur public ont reçu ou recevront bientôt un tel courriel puisqu’ils se sont vu verser des sommes en trop depuis l’automne 2018, selon le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC).

L’anomalie comptable fait suite à la signature d’une nouvelle convention collective. En vertu de celle-ci, les employés temporaires qui n’ont pas accès aux avantages sociaux obtiennent une compensation équivalente à 5 % de leur salaire, contrairement aux 12,5 % que plusieurs touchaient auparavant. Or, la direction a continué à verser les 12,5 % à nombre d’entre eux pendant plusieurs mois. Elle réclame maintenant la différence.

Les montants seront prélevés directement des salaires et étalés sur une période pouvant aller jusqu’à 50 cycles de paie.

Manque de transparence

« Le résultat, c’est qu’un peu moins de 500 temporaires, qui sont parmi les employés les plus fragiles, qui travaillent à temps partiel et qui n’ont aucune garantie d’heures, se sont retrouvés avec une créance », explique Pierre Tousignant, le président du syndicat. Il assure que l’employeur est bien en droit de réclamer les trop-payés, en vertu du Code civil du Québec, qui prévoit un délai maximal de trois ans.

Si les employés à qui Le Devoir a parlé reconnaissent que l’employeur peut bien récupérer des sommes versées en trop, c’est la manque de transparence qui les dérange. Certains croient aussi que le syndicat a manqué à sa tâche de les en informer. « On a parfois l’impression que le syndicat est à la remorque des événements », dit l’un d’eux.

Trop peu d’information a circulé, convient M. Tousignant, « et on mérite un coup de pied au derrière pour ça ». Cependant, la faute revient d’abord à l’employeur, selon lui.

Dans une déclaration écrite, Radio-Canada explique que l’entrée en vigueur rétroactive de certains articles de la convention portant sur les assurances collectives « a généré un montant à rembourser pour certains employés, qui nous ont interpellé à ce sujet ».

« Nous avons été à l’écoute de leurs préoccupations », poursuit le premier directeur des relations publiques et de la promotion de Radio-Canada, Marc Pichette. Il explique qu’en novembre, l’étalement des remboursements a été prolongé afin de minimiser les conséquences négatives chez les employés. Cette mesure faisait suite à des discussions avec le syndicat.

D’autres sommes

D’autres sommes que ces trop-payés ont aussi été réclamées aux employés temporaires. À partir du 1er juin 2019, un plus grand nombre d’entre eux devenaient admissibles aux régimes d’assurances collectives et à un fonds de pension. Or, les cotisations pour ces avantages n’ont débuté qu’à la fin octobre, et celles des cinq mois précédents ont été réclamées rétroactivement.

Le premier problème, c’est la Société [Radio-Canada]. Ils ont signé une convention collective qu’ils savaient sciemment ne pas pouvoir respecter [dans les délais convenus]

Pour un troisième journaliste de Radio-Canada à qui Le Devoir a parlé, s’ajoutent ainsi 3700 $ à la somme réclamée. « Ce qui m’a particulièrement choqué, c’est que ce sont de gros montants », lance-t-il.

« Comme surnuméraire, tu ne sais jamais combien d’heures tu vas faire, poursuit l’anonyme. Si, une semaine, tu ne travailles que deux jours, il ne te reste plus grand-chose. » Du même souffle, ce journaliste concède que les employés de la société d’État bénéficient d’une rémunération enviable.

Pour le président du syndicat, la situation découle du fait que l’employeur n’a pas pris les moyens pour faire promptement le virage vers la nouvelle entente de travail. « Le premier problème, c’est la Société [Radio-Canada], critique M. Tousignant. Ils ont signé une convention collective qu’ils savaient sciemment ne pas pouvoir respecter » dans les délais convenus.

Quant au journaliste qui a appris la mauvaise nouvelle en faisant ses emplettes de Noël, il prévoyait déjà se désinscrire de la liste de surnuméraires puisqu’il a cessé de travailler pour la boîte depuis plusieurs mois. Il doit donc tout rembourser d’un coup. « C’est un coup dur », dit-il.