Les auteurs de «La fricassée» mécontents de Radio-Canada

«La Fricassée», août 1977
Photo: Capture d'écran archives de Radio-Canada sur Facebook «La Fricassée», août 1977

Les auteurs de l’émission La fricassée, diffusée en 1974 à Radio-Canada, dénoncent le peu d’égards humain et financier que le diffuseur public leur a récemment manifesté dans son désir de rediffuser sur sa plateforme Tou.tv six épisodes de la production jeunesse. Radio-Canada affirme pour sa part avoir respecté « de manière scrupuleuse et équitable » les ententes en place et dit ne pas pouvoir diffuser la série sans l’approbation des ayants droit.

Dans une lettre ouverte, six des sept plumes derrière La fricassée ont expliqué s’être d’abord réjouies de l’intérêt de Radio-Canada. « Mais nous avons vite déchanté [devant le montant total proposé de 882,35 $] », écrivent Jean-Pierre Plante, Claude Meunier, Jacques Grisé, Jacqueline Barrette, Isabelle Doré et un membre de la succession de Raymond Plante. Pour des raisons de santé, Serge Thériault ne signe pas la missive, mais a donné au groupe son accord moral.

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« Quand on a reçu la proposition, on était indignés, ç’a été notre première réaction, raconte au Devoir Isabelle Doré, dont le père, Fernand Doré, a été un des bâtisseurs de la télévision de Radio-Canada, notamment comme fondateur de sa section jeunesse. On voulait des conditions plus nobles. »

Le groupe dénonce donc « une offre au rabais » et déplore le refus de Radio-Canada de discuter avec Jean-Pierre Plante, mandaté par le groupe d’auteurs. « On est passé de l’indignation à la colère. Et la colère est issue de leur attitude », explique Mme Doré.

Mais il faut faire attention à la valeur de la nostalgie. C’est le "fun", ça ravive ton cœur d’enfant, mais c’est pas pour rien que je n’ai pas remis tous les "Fanfreluche" [en ligne]. Ça ne clique pas tant que ça.

Du côté de Radio-Canada, la directrice gestion des droits et relations d’affaires, Francine Touchette, affirme que le diffuseur a répondu « à chacun de ses courriels et on a même eu des discussions avec la SARTEC pour clarifier la situation ». La Société des auteurs de radio, télévision et cinéma négocie avec les diffuseurs les montants versés aux ayants droit.

Quant au montant total de 882,35 $ proposé aux auteurs, Radio-Canada dit avoir « respecté soigneusement l’entente signée avec la SARTEC ».

La patronne de Tou.tv, Christiane Asselin, dit comprendre que le montant total équivaut à peu de sous pour chaque auteur, « mais, en même temps, nous, on dit qu’on ne peut pas commencer à les traiter différemment que les centaines d’autres auteurs qui ont une entente. […] On n’est pas dans une affaire de gré à gré, comme pour un cachet de comédien ».

La coauteure de La fricassée Isabelle Doré admet que l’entente équivaut bien au montant proposé, mais ajoute que « c’est un plancher, et que tous les auteurs ont le droit de négocier des conditions plus favorables ». Ce à quoi Francine Touchette répond : « C’est l’interprétation [des auteurs], mais ce n’est pas l’interprétation de Radio-Canada. » Elle ajoute aussi que les droits négociés à l’époque sont indexés à chaque négociation avec la SARTEC, soit « généralement aux trois ans ».

La SARTEC n’avait pu être rejointe au moment où ces lignes étaient écrites.

Selon Isabelle Doré, les auteurs de La fricassée ont écrit leur lettre entre autres pour « prévenir les auteurs qui ont collaboré aux émissions jeunesse de Radio-Canada. On veut les prévenir de rester à l’affût, on veut prévenir les comédiens qui vont être privés de montants également [par la non-diffusion]. Et je veux prévenir le public, qui est un des copropriétaires de ce patrimoine-là. »

Les auteurs déplorent aussi l’attitude de Radio-Canada envers ses créateurs depuis les débuts même de la télévision. « Dès les années 1950, la SRC se comportait comme les GAFA d’aujourd’hui — ces géants du Web qu’on pointe souvent du doigt sans se rendre compte qu’on n’est pas mieux chez nous », concluent les auteurs.

Christiane Asselin, de Tou.tv, dit qu’elle voulait offrir « un petit cadeau de Noël » sur la plateforme numérique avec La fricassée. « Mais il faut faire attention à la valeur de la nostalgie, ajoute-t-elle. C’est le fun, ça ravive ton coeur d’enfant, mais c’est pas pour rien que je n’ai pas remis tous les Fanfreluche [en ligne]. Ça ne clique pas tant que ça. »