Le financement de la BBC menacé

Souvent surnommée «Auntie» par les Britanniques, la BBC est une véritable institution dans le pays.
Photo: Carl de Souza Agence France-Presse Souvent surnommée «Auntie» par les Britanniques, la BBC est une véritable institution dans le pays.

À peine confirmé dans sa fonction de premier ministre, Boris Johnson s’en prend à l’emblématique groupe d’audiovisuel public BBC, qu’il accuse d’avoir pris position contre les tories lors des élections législatives, menaçant de réduire ses subventions.

Le leader conservateur a demandé au secrétaire au Trésor, Rishi Sunak, de revoir le financement du groupe public, a confirmé ce dernier, dimanche. En ligne de mire : la redevance télévisuelle, principale source de revenus de l’institution, qui compte plus de 2000 journalistes à travers le monde.

M. Johnson, qui dispose désormais d’une large majorité au Parlement, pourrait en faire baisser le montant — actuellement de 154,50 livres par an (264 $) par foyer — lors de la prochaine renégociation de l’accord avec la BBC, prévue en 2022.

Depuis Mme Thatcher, les gouvernements conservateurs ont régulièrement essayé de couper ses financements [à la BBC]

D’ici là, le premier ministre a aussi souhaité que le non-paiement de cette redevance, jusqu’ici considéré comme un crime passible de 1000 livres d’amende (1716 $), soit requalifié en délit, entraînant des amendes moins élevées.

Avec 6 % des foyers britanniques dans l’illégalité, cela constituerait un manque à gagner de 200 millions de livres (237 millions d’euros), estime le quotidien The Guardian. Mais permettrait d’alléger le travail des tribunaux engorgés, quelque 130 000 personnes ayant été poursuivies en 2018 pour ce chef d’accusation.

« Vengeance » individuelle

Très remonté, le premier ministre reproche notamment à l’institution britannique son traitement de la campagne législative, estimant qu’elle a manqué d’objectivité et montré de claires préférences éditoriales, à travers certaines « couvertures exagérées » d’événements défavorables aux tories.

Mais, selon l’expert des médias Ivor Gaber, de l’Université du Sussex, cette charge contre la BBC est en réalité une « vengeance », en particulier pour « l’attaque ad hominem » lancée par leur journaliste politique vedette Andrew Neil contre le premier ministre, qui s’est dérobé à un entretien avec ce redoutable intervieweur, contrairement aux autres chefs de partis.

Depuis, Boris Johnson aurait, selon les médias, interdit à ses ministres de se rendre à l’émission Today, matinale phare de BBC Radio 4.

Souvent surnommée « Auntie » par les Britanniques, la BBC est une véritable institution dans le pays, ce qui lui vaut d’avoir souvent été attaquée.

« Depuis Mme Thatcher, les gouvernements conservateurs ont régulièrement essayé de couper ses financements », a confirmé à l’AFP Jean Seaton, professeure en histoire des médias à l’Université de Westminster. « Mais ce qui est dangereux en ce moment, c’est que le Labour aussi s’en prend à la BBC », ajoute-t-elle, ce qu’elle juge inhabituel.

Le député travailliste Andy McDonald n’a par exemple pas hésité à accuser la BBC d’avoir « délibérément » « joué un rôle » dans la lourde défaite de son parti.

Ces accusations sont réfutées par un présentateur, Huw Edwards, qui a mis en garde contre ces « attaques au vitriol »,