Les dissidents de Radio Centre-Ville se désistent

Huit membres de la station diffusant son contenu à Montréal au 102,3 FM ont décidé lundi d’abandonner leur contestation judiciaire de l’assemblée générale du 22 janvier 2017.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Huit membres de la station diffusant son contenu à Montréal au 102,3 FM ont décidé lundi d’abandonner leur contestation judiciaire de l’assemblée générale du 22 janvier 2017.

La direction de la radio communautaire montréalaise Radio Centre-Ville s’est dite soulagée mardi d’avoir « gagné son procès » contre des membres qui contestaient la légitimité d’une assemblée générale. Les dissidents ont quant à eux précisé s’être désistés de leur action en justice.

« Ils ont abandonné toute poursuite », a dit au Devoir le directeur général de Radio Centre-Ville, Wanex Lalanne Zéphyr. Il considère le retrait des bénévoles dissidents comme une victoire. « Comme un match de soccer : si une équipe n’est pas là, on gagne par forfait », a-t-il illustré, précisant qu’il aurait aimé que le procès se déroule jusqu’au bout pour pouvoir exprimer son point de vue.

Huit membres de la station fondée en 1975 et diffusant son contenu à Montréal au 102,3 FM ont en effet décidé lundi d’abandonner leur contestation judiciaire de l’assemblée générale du 22 janvier 2017, a confirmé une des requérantes, Javiera Araya.

Les « dissidents » estimaient notamment que le directeur général de Radio Centre-Ville avait « paqueté » l’assemblée de producteurs devenus membres le jour même du rassemblement, ce qui contrevenait à leurs yeux aux règlements de la station. Un nouveau conseil d’administration avait été élu ce jour-là.

Les membres contestataires estimaient aussi que M. Lalanne Zéphyr agissait ainsi pour intégrer dans la programmation des producteurs « privés » sans prendre en compte de précédents refus des bénévoles.

Ces animateurs « privés » payent pour aller en ondes ; une solution privilégiée par la direction pour renflouer les coffres dégarnis de la station.


Cause interrompue
 

Parlant à titre individuel, la membre dissidente Javiera Araya a expliqué au Devoir qu’« aucun juge ne s’est prononcé sur le dossier ou n’a dit que l’assemblée du 22 janvier a pris une décision de manière régulière. C’est un désistement [de notre part] ». Les membres contestataires disent avoir dépensé quelque 30 000 $ en frais juridiques, et s’inquiétaient de possibles poursuites en retour de la part de M. Lalanne Zéphyr.

La cause, qui se déroulait à la Chambre civile de la Cour du Québec, a été interrompue après l’audition de deux des témoins des dissidents.

« Les deux témoins ont dit la vérité, et après la deuxième audition, leur avocat a trouvé qu’il ne pouvait pas gagner la cause », en conclut M. Lalanne Zéphyr.

Ce dernier réfute d’ailleurs les allégations voulant que l’assemblée générale du 22 janvier 2017 ait été trafiquée. « Quand un organisme a des problèmes, on peut faire flèche de tout bois. On peut avoir un plan pour louer des heures d’antenne et on peut en même temps avoir un plan pour augmenter le membership », a-t-il dit, en référence au grand nombre de gens présents ce jour-là.

Le directeur général de Radio Centre-Ville estime que « c’était un déficit de compréhension et un déficit de bonne volonté » de la part des membres qui contestaient la légitimité de l’assemblée générale.

M. Lalanne Zéphyr estime que la radio a dépensé 40 000 $ en frais juridiques. À titre personnel, il jongle avec l’idée de poursuivre ses détracteurs, jugeant avoir été « victime de pas mal d’insultes et de diffamation ». « Dans un premier temps, je ne veux pas mettre mes intérêts devant ceux de la radio. »

Aux yeux de Mme Araya, l’affaire montre « à quel point il est facile de commettre une fraude et de ne pas respecter les règles d’un organisme communautaire ». Elle ajoute qu’il est « important de s’engager » dans la vie démocratique de ces médias.

Du côté de l’Association des radios communautaires du Québec (ARCQ), le directeur général, Martin Bougie, s’est dit prêt à « travailler avec ceux qui sont là pour la continuité des choses […] Ce qui nous concerne, c’est la radio, le service qu’elle offre à la communauté. »

M. Bougie estime que Radio Centre-Ville a sa place dans le paysage montréalais et que « la pire des choses serait que la radio ferme ses portes ».