Radio-Canada abandonne l’étiquette «exclusif» pour ses nouvelles

Dans les cas où le diffuseur public est le premier à traiter d’une nouvelle, son secteur de l’information préconisera maintenant des mentions telles que «Radio-Canada a appris que…» ou «Selon les informations obtenues par Radio-Canada.»
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dans les cas où le diffuseur public est le premier à traiter d’une nouvelle, son secteur de l’information préconisera maintenant des mentions telles que «Radio-Canada a appris que…» ou «Selon les informations obtenues par Radio-Canada.»

Peut-être l’apprendrez-vous ici en premier. Radio-Canada a décidé de ne plus utiliser la mention « exclusif » lors de la publication d’une nouvelle obtenue avant la compétition. Le diffuseur public juge « abusif » l’usage de ce mot dans le paysage médiatique québécois et s’inquiète du risque de banalisation qu’il peut causer.

Dans une note interne obtenue par Le Devoir, la première directrice, Nouvelles, de Radio-Canada, Ginette Viens, explique à ses troupes que, sauf « dans de rares cas d’entrevues, avec des invités de prestige exceptionnellement accessibles », le diffuseur n’utilisera plus l’étiquette « exclusif » sur l’ensemble de ses plateformes.

La direction de l’information précise que « le fait d’obtenir une info avant les autres est vivement apprécié », mais elle préconisera maintenant des mentions telles que « Radio-Canada a appris que… » ou « Selon les informations obtenues par Radio-Canada ». Ces formulations « situent le public et demeurent très efficaces », souligne Mme Viens.

Les journalistes pourront par ailleurs se servir de l’appellation « enquête » lorsque celle-ci « sera le fruit d’un travail journalistique en profondeur, mené de longue haleine et mettant en lumière un fait ou une situation d’intérêt public basés sur plusieurs sources et qu’aucun autre média ne pourrait rapporter sans citer Radio-Canada ». L’étiquette « primeur », quant à elle, était déjà bannie du vocabulaire radio-canadien.

Jointe par Le Devoir, Mme Viens cite comme exemples des grands médias qui n’utilisent jamais la mention « exclusif », dont la BBC, le New York Times, le Washington Post et Le Monde.

L’apposition de la mention « exclusif », en amont de textes d’information ou à l’intérieur de ceux-ci, est un outil abondamment utilisé pour attirer l’attention du public dans un monde médiatique où la compétition pour l’attention est très forte. « Depuis quelques années, nous assistons à un usage abusif du mot “exclusif” dans le paysage médiatique québécois de la part de certains médias », note Ginette Viens.

Cette dernière estime qu’il faut utiliser cet outil « avec parcimonie », car « il y a un grand risque de banalisation, surtout avec la multiplication des plateformes ».

Pour illustrer sa décision, la première rédactrice en chef de Radio-Canada raconte qu’il se produit parfois des « collisions d’exclusifs », c’est-à-dire que plusieurs médias publient la même « exclusivité » le même jour. Elle observe aussi que, parfois, les informations dites inédites « émanent de documents publics et à la portée de tous » ou « peuvent être vérifiées rapidement par n’importe quel média ».

Radio-Canada se dit consciente que les sources qui informent les journalistes « s’attendent » à ce que l’étiquette « exclusif » soit utilisée, mais Ginette Viens estime que, « plus que tout, une bonne histoire va trouver son chemin », surtout si elle est bien répertoriée et bien « jouée » sur les plateformes du média.

Avec cette décision interne, Mme Viens ne veut toutefois pas « donner de leçon à personne ou porter de jugement à l’extérieur de ce qu’on fait comme travail ici ».