Dissensions autour du nouveau conseil de presse français

Les rédactions qui ne sont pas favorables au Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) estiment aussi qu’il faut valoriser «la diversité des approches».
Photo: Pascal Pavani Agence France-Presse Les rédactions qui ne sont pas favorables au Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) estiment aussi qu’il faut valoriser «la diversité des approches».

Un conseil de presse français visant à ce que la profession journalistique du pays s’autorégule a officiellement vu le jour, lundi, lors d’un rassemblement. Mais la naissance du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) ne se fait pas dans le consensus, et plusieurs rédactions refusent même d’y participer.

L’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), l’organisme à l’origine de la création du CDJM, tenait en soirée à Paris une « assemblée générale fondatrice », lors de laquelle ont notamment été adoptés les statuts et règlements intérieurs avant que ne soient élus les membres du conseil d’administration.

Mais sa création se fait sur fond de discorde, car les médias français ne sont pas tous en accord avec le CDJM. Dix-neuf « sociétés de journalistes » (SDJ) — des associations de reporters au sein des rédactions — se sont liguées dans une lettre ouverte pour expliquer les raisons de leur refus d’y participer.

Les signataires représentent des rédactions importantes : AFP, Challenges, Europe 1, L’Express, Le Figaro, Franceinfo TV, France 3 National, France Bleu, France Info, France Inter, LCI, Mediapart, L’Obs, Le Parisien, Le Point, TF1, La Tribune, TV5 Monde et 20 Minutes.

« La création de cette instance suppose des préalables qui ne sont pas remplis, dit la missive publiée vendredi. La manière dont se crée aujourd’hui ce CDJM ne nous inspire pas confiance. »

Entre autres inquiétudes, les dissidents estiment que ce nouveau conseil de presse est « une initiative du gouvernement », car il voit le jour à la suite d’un rapport issu d’une mission confiée par le ministère de la Culture à Emmanuel Hoog, l’ancien p.-d.g. de l’Institut national de l’audiovisuel et de l’Agence France-Presse.

Dans une autre lettre intitulée « À nos amis des SDJ », Patrick Eveno, le directeur de l’ODI, a réfuté ces allégations, expliquant que l’Observatoire a été créé en 2012 et que « le sujet [d’un conseil de presse] est sur la table depuis de nombreuses années en France », et donc non lié à un parti ou à un gouvernement.

Les rédactions qui ne sont pas favorables au CDJM estiment aussi qu’il faut valoriser « la diversité des approches », que le travail de la plupart des médias est déjà encadré par des chartes de déontologie et qu’ils rendent déjà compte « devant la justice ». « Quiconque s’estimant diffamé peut la saisir », dit la lettre avant d’ajouter, quelques lignes plus tard, que « ce sont les lecteurs qui jugent les journalistes, pas les journalistes qui se jugent entre eux ».

Patrick Eveno, aussi professeur à la Sorbonne et spécialiste des médias, « entend les réserves des éditeurs de presse » qui estiment que la loi dite « de 1881 » garantit déjà la libre pratique du métier et la libre information des citoyens. Mais cette loi […] ne protège pas le citoyen « ordinaire », quand on constate que, seuls les célébrités et les puissants vont en justice contre la presse », note le directeur de l’ODI.

Le CDJM sera constitué à parts égales de membres journalistes, éditeurs et issus du public et n’imposera pas de sanctions financières. Comme au Québec, l’organisme est donc un tribunal d’honneur. Il publiera des avis à la fois sur son site et sur celui du média concerné. L’instance recevra des requêtes du public, mais pourra aussi s’autosaisir de dossiers problématiques.

La création de ce conseil de presse s’inscrit dans un contexte où l’on parle beaucoup de fausses nouvelles et où la confiance envers les journalistes « est érodée », souligne Patrick Eveno.