«Le Devoir» ne présentera pas d’offre pour «Le Soleil»

«On a constaté que notre prémisse de départ ne pouvait pas se concrétiser: on ne pouvait pas penser importer notre modèle d’affaires au
Photo: Catherine Legault Le Devoir «On a constaté que notre prémisse de départ ne pouvait pas se concrétiser: on ne pouvait pas penser importer notre modèle d’affaires au "Soleil" dans un délai de court terme, et avoir des chances de succès», explique le directeur du «Devoir», Brian Myles.

Les groupes qui veulent déposer une offre formelle d’achat pour les quotidiens de Groupe Capitales Médias (GCM) auront quelques jours de plus pour peaufiner leur dossier : le syndic de faillite a accordé un délai jusqu’à mardi pour le dépôt des offres. Le Devoir ne sera toutefois pas de cette ronde finale.

Le directeur du Devoir, Brian Myles, a confirmé jeudi que le média « a décidé de ne pas faire d’offre » pour le quotidien de Québec — cela, même s’il avait transmis une lettre d’intention auprès de PricewaterhouseCoopers, le syndic au dossier.

« Le Devoir a considéré sérieusement l’achat du Soleil, à l’exclusion des [cinq] autres propriétés de Groupe Capitales Médias, a affirmé M. Myles en entrevue. On souhaitait être associés à une relance du Soleil, en fondant tout ça sur l’abonnement. C’est dans cette perspective qu’on l’a étudiée, pour se rendre compte que les conditions gagnantes n’étaient pas réunies. »

On ne veut pas être le concurrent de nos propres actionnaires. Et on ne va pas se mettre en travers d’une solution qui semble plaire à tout le monde.

L’enjeu n’était pas le coût d’achat — GCM est acculé à la faillite —, mais « la capacité [du Devoir] à dégager des revenus autonomes à l’intérieur des paramètres qui sont ceux du Soleil », soutient Brian Myles.

« On a constaté que notre prémisse de départ ne pouvait pas se concrétiser : on ne pouvait pas penser importer notre modèle d’affaires au Soleil dans un délai de court terme, et avoir des chances de succès. On a toujours dit qu’on n’allait pas mettre à risque notre modèle d’affaires dans une transaction pour Le Soleil. »

Un autre élément a joué dans la balance : la présence d’actionnaires du Devoir — le Fonds de solidarité FTQ, le Mouvement Desjardins, Fondaction — dans le groupe coopératif qui espère acheter les six journaux de GCM. « On ne veut pas être le concurrent de nos propres actionnaires, souligne M. Myles. Et on ne va pas se mettre en travers d’une solution qui semble plaire à tout le monde. Ça n’a jamais été notre but. »

Repreneurs

Le projet de relance sous le modèle coopératif regroupe plusieurs partenaires, dont les employés des six quotidiens de GCM. Une campagne de financement auprès des lecteurs est en cours pour appuyer ce projet. La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) et le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité soutiennent les démarches en cours.

Selon des informations publiées jeudi dans La Presse, le plan d’affaires de ce regroupement coopératif impliquerait la mise aux poubelles de toutes les conventions collectives le 31 décembre, l’imposition d’un gel salarial et des licenciements qui ne toucheraient pas des postes de journalistes. La présidente de la FNC, Pascale St-Onge, n’a pas voulu confirmer ces informations jeudi.

Chose certaine, les régimes de retraite existants seraient fermés si les coopératives sont mises sur pied. Les retraités des journaux de GCM multiplient d’ailleurs les démarches depuis quelques semaines pour tenter d’obtenir le sauvetage de leurs fonds de pension. Ils craignent de perdre près de 30 % de leurs rentes si le repreneur de GCM ne prend pas à sa charge les régimes.

Le nom d’un seul autre repreneur circule autrement : celui du groupe Métro Média, qui possède plusieurs hebdomadaires et le quotidien Métro. Le responsable du dossier ne nous a pas rappelés jeudi.

Quant à Québecor, elle ne serait plus sur les rangs malgré l’intérêt initial du grand patron, Pierre Karl Péladeau. « Nous ne commentons pas les dossiers de cette nature », indiquait jeudi une porte-parole. « S’il y a un groupe qui est en mesure d’assurer la pérennité de ces journaux-là, c’est un groupe industriel capable de mettre en place les économies d’échelle », avait soutenu M. Péladeau à la fin août.

Groupe Capitales Médias a demandé le 19 août la protection des tribunaux contre ses créanciers. L’entreprise chapeaute Le Soleil (Québec), Le Droit (Gatineau, Ottawa), La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l’Est (Granby), Le Nouvelliste (Trois-Rivières) et Le Quotidien (Saguenay). L’offre qui sera retenue par le séquestre sera soumise au tribunal au plus tard le 20 novembre, une semaine avant la clôture prévue de la transaction.