Relation compliquée entre les Québécois et les fausses nouvelles

L’accès à l’information de qualité ne serait pas mis en cause dans ce phénomène, révèle le sondage.
Photo: iStock L’accès à l’information de qualité ne serait pas mis en cause dans ce phénomène, révèle le sondage.

La relation des Québécois aux fausses nouvelles se révèle paradoxale, selon les chiffres d’un nouveau sondage Léger publié dans la nouvelle édition de L’état du Québec. Si plus de 88 % des répondants estiment que le phénomène est répandu — et que plus de 75 % le jugent même inquiétant —, le quart d’entre eux ne lisent que « parfois » les articles partagés au complet alors que 14 % avouent même avoir propagé de fausses nouvelles.

Le coup de sonde Web effectué par Léger auprès de 1015 personnes entre le 27 juin et le 4 juillet dernier montre par ailleurs grâce à un exercice pratique que de nombreux Québécois ont adhéré à certaines fausses affirmations qui leur ont été présentées.

Parmi la douzaine de titres farfelus qui ont été présentés aux répondants, six recueillent plus de 25 % de mentions « tout à fait d’accord » ou « plutôt d’accord ». Les plus populaires recueillent quelque 35 % d’appuis, dont « L’accident de voiture au cours duquel Lady Diana a perdu la vie est en fait un assassinat maquillé » et « Certaines personnes ont des dons de voyance, elles peuvent voir ou prédire l’avenir ».

Une autre question du sondage révèle pourtant que 89 % des répondants pensent être en mesure d’identifier les fausses nouvelles — 18 % disent « toujours » pouvoir le faire, 71 % « parfois ». Et des 14 % des répondants ayant dit avoir déjà partagé de fausses nouvelles, un peu moins du quart savaient pertinemment qu’elles pouvaient être erronées.

14 %
C’est la proportion de Québécois ayant déjà partagé de fausses nouvelles, selon un sondage Léger. Parmi ceux-ci, 23 % savaient que ces nouvelles pouvaient être fausses.

« C’est paradoxal, oui, mais c’est un peu la conclusion de notre analyse : les fausses nouvelles ou les théories de la conspiration, ça peut aider à trouver des réponses simples à des problématiques qui sont très complexes, résume Francis Huot, le directeur de L’état du Québec, un livre publié dès ce mercredi par l’Institut du Nouveau Monde. Et les réseaux sociaux et le Web deviennent des tribunes pour beaucoup de gens qui n’en avaient pas pour exprimer ce genre de critique, entre autres par le partage de fausses nouvelles. »

L’accès à l’information de qualité ne serait pas mis en cause dans ce phénomène, révèle le sondage, dans un contexte où 72 % des répondants s’abreuvent tous les jours de l’actualité. « Et les gens s’informent avec des médias traditionnels, et ce n’est pas de là que viennent les fausses nouvelles principalement », dit Francis Huot. La télévision (74 %), les sites Internet ou les applications mobiles de médias d’information (61 %) et la radio (46 %) sont au sommet des sources utilisées pour s’informer.

Confiance

« Les fausses nouvelles, c’est un phénomène qui affaiblit la démocratie et la confiance qu’on a envers certaines institutions, dont les institutions politiques évidemment, mais aussi médiatiques et scientifiques », souligne M. Huot.

Le coup de sonde de Léger révèle que 77 % des répondants ont « très » ou « assez confiance » aux médias traditionnels en tant qu’institution. Ce taux chute brutalement à 37 % pour les nouveaux médias comme les médias sociaux ou les sites Internet. Quant à la profession de journalistes, 53 % des répondants leur offrent leur confiance, un pointage qui arrive en milieu de peloton, derrière les juges et les artistes mais devant les entrepreneurs, les avocats et les élus municipaux et provinciaux.

Dans le texte d’analyse que Francis Huot signe avec la directrice de l’INM, Julie Caron-Malenfant, ils rejettent une régulation d’Internet ou une restriction de la liberté d’expression pour endiguer les fausses nouvelles.

« Le développement de la pensée critique, des compétences civiques et de la culture scientifique, la prise de conscience des dangers des fausses nouvelles, un soutien aux médias d’information et un travail constant des institutions pour regagner la confiance des citoyens semblent être des solutions plus durables à un malaise démocratique profond, et dont on saisit mal les répercussions à long terme. »