Le Québec débarque au Paris Podcast Festival

Une douzaine de Québécois se rendront au Paris Podcast Festival, qui commence vendredi, comparativement à deux l’an dernier.
Photo: David Dupuis Paris Podcast Festival Une douzaine de Québécois se rendront au Paris Podcast Festival, qui commence vendredi, comparativement à deux l’an dernier.

Au moment où l’industrie québécoise de la baladodiffusion est en train de couler ses fondations, une douzaine de ses créateurs et producteurs se rendront dès vendredi à la deuxième édition du Paris Podcast Festival, dans l’espoir d’apprendre, de se faire entendre et, qui sait, de créer des liens d’affaires.

Ce n’est pas là une délégation québécoise officielle, mais le festival parisien célébrant le balado recevra la visite de quatre studios indépendants d’ici — La puce à l’oreille, Grand public, Transistor média et Magnéto — ainsi que d’autres travailleurs culturels ou journalistes.

Cette présence accrue au Paris Podcast Festival — il n’y aurait eu que deux représentants québécois l’année dernière — s’explique en partie par l’arrivée dans le décor d’un programme des Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ) qui couvre, entre autres, les deux tiers du billet d’avion de sept Québécois de moins de 35 ans.

Si les Français s’intéressent à ce qui s’écrit chez nous, à ce qui se fait comme musique chez nous, pourquoi ne s’intéresseraient-ils pas au podcast québécois ?

« On a développé un plan d’action au début de 2019, et le secteur du balado faisait partie de nos priorités, explique Stéphanie Faucher, chargée de projet à LOJIQ. Entre autres parce que le média est en pleine émergence et c’est quelque chose qui s’exporte facilement. »

LOJIQ a reçu plus de 25 candidatures, « et des très bonnes », souligne Mme Faucher.

Visibilité

Le créateur du studio Grand public, Xavier Kronström Richard, estime que la présence à Paris de sa boîte est entre autres une affaire « de visibilité » sur le marché français, « qui est vraiment à défricher ».

« Le podcast est bien financé en France, il est sur une erre d’aller intéressante, d’ouverture et d’expérimentation », estime Richard.

Le Paris Podcast Festival, qui se déroule du 18 au 20 octobre à La Gaîté Lyrique, offre des balados en écoute, des séances d’enregistrement, des classes de maître, mais aussi des ateliers et des discussions avec des acteurs clés du domaine.

L’événement, où passera vendredi le ministre français de la Culture, compte aussi un volet « compétition », où quatre productions québécoises sont en lice, dont deux de Radio-Canada et deux de Magnéto, dont une coproduction Canada-Belgique.»
 

Le journaliste Boris Proulx est un des Québécois qui se rend à Paris pour l’occasion. Ce dernier est au conseil d’administration du festival Transistor, qui se déroule au printemps à Gatineau. Avec la boîte soeur Transistor Média, il participe aussi à la deuxième saison de la série Synthèses, qui verra le jour début novembre sur la plateforme de QUB.

Le podcast est bien financé en France, il est sur une erre d’aller intéressante, d’ouverture et d’expérimentation

« J’ai un grand respect et une grande admiration envers ce qui se fait chez Arte ou France Culture et du côté des boîtes françaises privées qui sortent du matériel super bon et inspirant, note Proulx. D’un point de vue personnel, je veux m’inspirer des meilleures pratiques, voir ce qui se fait ailleurs, dans le meilleur du podcast francophone. »

Il y a de l’autre côté de l’Atlantique un public à aller conquérir avec les productions québécoises, d’autant que la langue est partagée, estime-t-il.

« Si les Français s’intéressent à ce qui s’écrit chez nous, à ce qui se fait comme musique chez nous, pourquoi ne s’intéresseraient-ils pas au podcast québécois ? » se demande Boris Proulx.

La chroniqueuse québécoise Laïma A. Gérald, qui a notamment collaboré à Radio-Canada depuis trois ans, a profité d’une bourse de LOJIQ pour se rendre au Paris Podcast Festival. Dans ses lectures, elle a remarqué que la récente série québécoise Pourquoi Julie ?, sur la mystérieuse fin de carrière de la chanteuse Julie Masse, s’était retrouvée dans quelques palmarès français.

« Après, c’est un peu comme tous les produits culturels québécois, l’accent est encore un enjeu. C’est pas propre au podcast ; tout ce qui implique du québécois parlé, c’est encore délicat en France. »

Apprendre et développer

Laïma A. Gérald se rend à Paris à titre personnel, même si elle travaille sur un projet de balado avec Transistor Média, justement. Mais au festival, elle compte surtout assister aux ateliers. « Ça ne fait pas longtemps que je travaille en radio, et ça fait un an que je m’intéresse plus à la forme podcast, alors je commence dans ce milieu-là. J’y cherche quelque chose de pratique. Sur la rédaction de fictions, de documentaires, sur le contenu mais aussi sur le milieu, les modèles d’affaires, le financement… »

Les affaires ? C’est beaucoup plus ce qui intéresse Xavier Kronström Richard avec la présence de sa boîte à Paris — c’est sa collègue Laurie Mathieu-Bégin qui y représentera Grand public.

Je cherche [au Paris Podcast Festival] quelque chose de pratique. Sur la rédaction de fictions, de documentaires, sur le contenu mais aussi sur le milieu, les modèles d’affaires, le financement...

« Nous, on va chercher des partenariats de contenu, des coproductions, ou même une vente auprès d’un diffuseur français, dit l’ancien du développement numérique à Radio-Canada. Au Québec, c’est inexistant, mais en France, il y a des plateformes de balados, comme Majelan ou Sybel, qui sont comme des Spotify locaux. Sur les projets sur lesquels on travaille, est-ce qu’on ne pourrait pas collaborer sur un montage financier avec un accès en primeur au contenu, par exemple… »

Il y a donc un intérêt concret à faire le voyage jusque dans l’Hexagone, même s’il y a une grande part d’incertitude — ou de pur espoir — dans l’exercice. Mais dans le monde de la baladodiffusion, la rencontre de personne à personne semble la plus efficace aux yeux de Boris Proulx, qui croit que malgré tous les ressorts numériques, ce qui fait rebondir le plus une production est le bouche à oreille.

« C’est beaucoup comme ça que le podcast fonctionne. Ils vont peut-être devenir fans d’une production du Québec, en parler à leur cercle rapproché, et il peut y avoir un effet boule de neige. »
 



Ce texte a été modifié après publication pour y ajouter des précisions.