Climat: le chemin de l’échec

Illustration: Thaïla Khampo

Les constats de la science sont sans équivoque : à moins d’opérer rapidement une transition économique et énergétique sans précédent, l’humanité sera aux prises avec des bouleversements climatiques particulièrement dévastateurs pour la vie sur Terre. Or, nous sommes toujours très loin du virage nécessaire pour éviter le pire, affirme l’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne.

« Nous sommes très loin d’une dictature verte. Nous sommes même très loin d’un consensus qui accepterait le minimum nécessaire, par exemple une taxe sur le carbone qui soit efficace », déplore celui qui a décidé de mettre de côté sa carrière artistique pendant deux ans afin de s’impliquer à temps plein dans la mobilisation climatique au Québec.

« Il suffit que trois personnes grimpent sur un pont le matin pour provoquer un tollé. Imaginez si une loi imposait une taxe importante sur les véhicules les plus polluants, par exemple les VUS. Donc, on peut dire que nous sommes très loin d’un modèle de démocratie ou de gouvernance où les politiques vertes dicteraient la marche à suivre », ajoute Dominic Champagne.

Lorsque nous serons rendus au point de constater la réaction violente de la nature, à la hauteur de la violence que nous imposons à la nature, il y aura nécessairement une réaction. Nous n’aurons pas le choix.

 

Il rappelle que le gouvernement caquiste de François Legault a été élu l’an dernier avec une confortable majorité de députés, et ce, malgré le peu d’intérêt qu’il semblait manifester envers les enjeux environnementaux. Le metteur en scène et militant écologiste doute aussi de la possibilité d’un gouvernement fédéral, qu’il soit libéral ou conservateur, qui soit « à la hauteur de l’urgence climatique ».

« Le fossé est grand entre la transition nécessaire pour les prochaines années et ce que l’on constate actuellement », estime elle aussi la directrice générale de l’organisme Environnement jeunesse, Catherine Gauthier. « Après le dépôt du rapport du GIEC, en octobre 2018, on a laissé le temps aux décideurs de se saisir de l’urgence climatique. Mais un an plus tard, on constate que rien n’a changé. Il y a donc une colère qui est très grande », ajoute-t-elle, en rappelant la montée de la mobilisation de la jeunesse.

Le climat en cour

Décriant depuis des mois « l’inaction » politique face à la crise climatique, Dominic Champagne redoute aujour-d’hui le pire pour les années à venir. « La seule autorité qui pourrait établir une dictature verte, ce serait la nature, et non l’éveil des consciences qui émane des constats scientifiques et de la mobilisation citoyenne. Lorsque nous serons rendus au point de constater la réaction violente de la nature, à la hauteur de la violence que nous imposons à la nature, il y aura nécessairement une réaction. Nous n’aurons pas le choix. Mais nous serons en mode “panique” et il sera trop tard. Et ceux qui en auront les moyens vont mettre la main sur les ressources disponibles pour assurer leur survie. »

Dans ce contexte, et à la veille des élections fédérales, Catherine Gauthier répète le message lancé par les jeunes qui se mobilisent un peu partout dans le monde pour alerter les gouvernements : « Il faut agir de manière cohérente avec la science du climat. Ça signifie qu’il faut investir dans la transition et cesser de construire des infrastructures d’énergies fossiles. »

Environnement jeunesse espère aussi transporter le débat devant les tribunaux. L’organisme a lancé plus tôt cette année une action en justice contre le gouvernement canadien, accusé de violer les droits fondamentaux des jeunes générations en adoptant un plan insuffisant pour freiner les bouleversements climatiques.

« Si on veut une solution rapide à la crise climatique, ce n’est pas la seule avenue. Mais il est important d’aborder l’enjeu du climat sous l’angle des droits de la personne », souligne Mme Gauthier. Le gouvernement fédéral conteste toutefois cette démarche menée au nom des jeunes Québécois de 35 ans et moins. La Cour supérieure a d’ailleurs rejeté la démarche d’Environnement jeunesse, qui a porté le dossier en appel.

Plusieurs démarches similaires ont été lancées au cours des dernières années dans différents pays afin de forcer les gouvernements à adopter des plans de lutte contre les changements climatiques plus ambitieux. Il faut dire que pour le moment, les engagements des pays signataires de l’Accord de Paris sont nettement insuffisants pour éviter le pire. « Nous sommes très loin d’une dictature verte ou de l’idée de se baser sur la science, en matière environnementale, pendant un mandat de quatre ans », laisse tomber Dominic Champagne.

Urgence climatique : faut-il instaurer une dictature environnementale ?

26 octobre, de 12 h 30 à 14 h, à l'auditorium du MBAM.  

 

Participants :

  • Catherine Gauthier, directrice générale d’Environnement jeunesse ;
  • Dominic Champagne, réalisateur, dramaturge et militant écologiste, instigateur du Pacte pour la transition ;
  • Dominique Bourg, philosophe franco-suisse et professeur à l’Université de Lausanne ;
  • Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada.

Animateur :

  • Simon Roger, journaliste au Monde
 

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