Un projet de coopérative démarre au Groupe Capitales Médias

L’ambition de ces quotidiens est de rassembler chaque institution médiatique sous une coopérative de solidarité.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’ambition de ces quotidiens est de rassembler chaque institution médiatique sous une coopérative de solidarité.

Dans le but de racheter leur propriétaire Groupe Capitales Médias, les employés des six quotidiens touchés par la faillite de l’entreprise de presse ont lancé lundi une « campagne coordonnée » de financement auprès de leur communauté respective pour permettre aux journaux de survivre sous forme de coopérative.

Le projet qui mijote depuis quelques semaines chez les syndiqués — puis avec les cadres — démarre officiellement avec un appel aux « dons volontaires » afin de récolter un minimum de 500 000 $ par communauté touchée, soit un total de trois millions.

Le dossier du Groupe Capitales Médias, qui a déclaré faillite le 19 août, est en ce moment entre les mains du syndic PricewaterhouseCoopers. Les repreneurs potentiels devront faire une offre avant le 25 octobre.

L’argent qui va être recueilli dans les régions va permettre de racheter les actifs du Groupe Capitales Médias. Légalement, dans un premier temps, on fait un OBNL, qui va être là pour le rachat, et ça va être transformé plus tard en coopérative.

Les six journaux de Groupe Capitales Médias sont Le Soleil (Québec), Le Droit (Gatineau, Ottawa), La Tribune (Sherbrooke), La Voix de l’Est (Granby), Le Nouvelliste (Trois-Rivières) et Le Quotidien (Saguenay).

L’ambition de ces quotidiens est de rassembler chaque institution médiatique sous une coopérative de solidarité et d’y faire participer « les entreprises, les organisations, les leaders locaux ainsi que les citoyennes et les citoyens ».

« L’argent qui va être recueilli dans les régions va permettre de racheter les actifs du Groupe Capitales Médias, espère Louis Tremblay, porte-parole du comité provisoire qui chapeaute ces démarches. Légalement, dans un premier temps, on fait un OBNL, qui va être là pour le rachat, et ça va être transformé plus tard en coopérative. »

Le projet est appuyé par le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, ainsi que par la Fédération nationale des communications (CSN).

Six entités sous un même chapeau

Louis Tremblay, qui est aussi le président du Syndicat des communications du Quotidien, précise que la proposition des employés comprend le maintien des six journaux, qui posséderaient ensemble une entité qui chapeauterait le tout et qui porterait le nom de Coopérative nationale de l’information indépendante.

« Il y aurait une coopérative de production qui ferait le lien entre les journaux, qui s’occuperait des finances, des ressources humaines, de l’informatique, bref tous les services qu’on peut centraliser, qui permettraient de réaliser des économies importantes. »

M. Tremblay n’a pas voulu préciser quelle somme les employés des quotidiens devraient investir dans leur coopérative. « Le plan d’affaires est en préparation, mais il faut avoir les fonds nécessaires pour déposer l’offre au syndic. »

Le projet appelé « Je coopère pour mon journal » veut mettre sur pied une « offre de reprise cohérente, soutenue par un plan d’affaires viable sur un horizon de cinq ans ».

Louis Tremblay explique que le changement de type de propriété permettrait notamment à la future coopérative de bénéficier d’aides gouvernementales. Mais le regroupement des employés n’aura d’autres choix que « de subir une transformation importante, ajoute M. Tremblay. Et cette transformation-là va se faire de façon vigoureuse et intelligente ».

Le porte-parole du comité provisoire ne pouvait garantir le maintien des quelque 350 postes actuels de GCM, « mais on va essayer de conserver le maximum d’emplois, et des emplois de qualité, pour maintenir la couverture » journalistique.

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on ne pense pas que de l’information qui est donnée gratuitement peut faire vivre un journal. Je n’irai pas plus loin », a dit M. Tremblay.

Mais la partie n’est pas gagnée, car d’autres joueurs pourraient déposer une offre. Québecor, par exemple, a déjà signalé son intérêt.

« Je ne critique pas le projet de M. Péladeau, c’est ben correct, dit M. Tremblay, mais on pense que le projet qu’on va déposer va assurer une meilleure couverture de presse qu’un projet basé sur la convergence. Il appartiendra au syndic de le décider, [et de juger] si notre structure financière est raisonnable. »