Des réactions très favorables à l'aide de Québec dans le milieu médiatique

Les entreprises de presse écrite pourront bénéficier d’un crédit d’impôt remboursable équivalent à 35 % des salaires qu’elles auront engagés à compter du 1er janvier 2019 à l’égard de certains types d’employés.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les entreprises de presse écrite pourront bénéficier d’un crédit d’impôt remboursable équivalent à 35 % des salaires qu’elles auront engagés à compter du 1er janvier 2019 à l’égard de certains types d’employés.

Le plan d’aide aux médias écrits québécois dévoilé mercredi par le gouvernement de François Legault a suscité des réactions très positives auprès des acteurs du milieu de la presse, notamment au Groupe Capitales Médias (GCM), pour qui les mesures provinciales annoncées sont des informations cruciales pour les éventuels repreneurs du groupe en faillite.

Le président exécutif par intérim de GCM, Stéphane Lavallée, a estimé que les différents volets du programme, dont le crédit d’impôt sur la masse salariale, étaient « une très belle réponse aux besoins des médias ».

Le plan de Québec pour la presse écrite « a des ramifications partout dans les régions, ajoute M. Lavallée. On parle souvent de la presse quotidienne, mais ça touche aussi les hebdos d’information locale et régionale. Et ç’a beaucoup de valeur à nos yeux. »

De façon très intéressée, M. Lavallée a poussé un soupir de soulagement en voyant arriver les mesures d’aide mercredi, car « les acheteurs potentiels de GCM font face à des délais très courts, qui sont liés à notre situation financière. » Les intéressés doivent remettre une lettre d’intention avant le 17 octobre, et déposer des offres fermes avant le 25 octobre.

« Dans un mois, ç’aurait été trop tard, les acheteurs potentiels n’auraient pas pu faire leurs hypothèses budgétaires à partir de données réelles », spécifie M. Lavallée.

C’est un très beau programme, il est vraiment complet, structuré et il répond à l’ensemble des attentes du Devoir

Une bouffée d’air frais

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a estimé que le programme « est une bouffée d’air frais pour la presse écrite ».

Du même souffle, la FPJQ a souligné l’aspect temporaire de plusieurs des mesures, en ajoutant également que « le gouvernement doit cesser de dire que les médias doivent s’adapter à la nouvelle réalité, parce que la nouvelle réalité, c’est que les médias se font soutirer par les géants du numérique les revenus que leurs contenus génèrent. C’est le gouvernement qui a le pouvoir de mettre fin à cette iniquité. »

La métaphore de l’oxygène a aussi été exprimée par la présidente de la Fédération nationale des communications, Pascale St-Onge. « Ça correspond aux demandes que la FNC a faites depuis 2015, on espère que ça n’arrive pas trop tard et que ça va amener un peu d’air aux médias, a-t-elle expliqué au Devoir. Le plafond de 75 000 $ pour le crédit d’impôt, c’est certainement une nette amélioration par rapport à ce qui est annoncé par le fédéral. Ça va aider les plus grandes salles de nouvelles sans écarter les plus petites. »

Ottawa a déjà annoncé un crédit d’impôt de 25 % sur les salaires, avec un plafond fixé à 55 000 $.

Le directeur du Devoir, Brian Myles, a assuré avoir du mal à trouver des zones d’ombre dans l’aide provinciale. « C’est un très beau programme, il est vraiment complet, structuré et il répond à l’ensemble des attentes du Devoir, a-t-il exprimé. Et maintenant, ça va être à nous comme organisation de faire la démonstration que le programme sert à l’essentiel, c’est-à-dire à la production de contenus journalistiques au bénéfice du public. »

Le président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur, croit qu’avec les nouvelles mesures, son entreprise peut « voir la lumière au bout du tunnel », même si l’aide n’enlève en aucun cas la nécessité de rendre le média plus sain financièrement.

« Si vous me posiez la question à savoir si l’effort est terminé en ce qui concerne le gouvernement provincial, moi c’est oui. »

Péladeau déçu

De son côté, le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a critiqué l’annonce du gouvernement. « Il y a tout lieu de croire que François Legault a décidé de créer 2 classes de journalistes : les gentils de la presse écrite et les rejets de la télé ? Discrimination. Les salles de nouvelles télés généralistes privées sont aussi en péril. [Le] crédit d’impôt doit [aussi] s’appliquer à elles », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Le patron du quotidien Métro, Andrew Mulé, a affirmé que le plan d’aide ne lui permettrait peut-être pas de dégager assez de marge de manoeuvre pour des embauches « mais ça fera au moins une stabilité pour faire ce qu’on fait de bon, c’est-à-dire du journalisme ».

À la Gazette, la rédactrice en chef, Lucinda Chodan, a vu dans le geste de Québec le fait que le gouvernement « comprenait le rôle important de l’information locale dans la construction d’une société distincte et forte. »

Brian Myles n’estime pas que l’aide annuelle représente une somme trop importante pour une industrie en difficulté.

« Je pense que 50 millions par année pour assurer un écosystème viable dans le domaine médiatique, ce n’est pas trop cher payé, surtout à une époque où on subit nous-mêmes la concurrence effrénée du GAFA », les géants du Web.

La Directrice du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, Colette Brin, croit pour sa part qu’il « va falloir être capable d’évaluer ces mesures-là, de faire une évaluation indépendante de leur impact d’ici trois ou quatre ans. »