L’art d’écrire son balado

Les codirectrices du festival Résonance, Alexandra B. Lefebvre et Marie-Laurence Rancourt, veulent faire miroiter le potentiel énorme de la radio et des productions sonores.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les codirectrices du festival Résonance, Alexandra B. Lefebvre et Marie-Laurence Rancourt, veulent faire miroiter le potentiel énorme de la radio et des productions sonores.

On peut concevoir aisément qu’il soit nécessaire d’écrire le scénario d’un film ou d’une émission de télévision et de le mettre en scène avant d’allumer la caméra. Le festival Résonance, mené par la boîte de production Magnéto, s’attardera dès ce vendredi à faire aussi réaliser l’importance de l’« écriture invisible » pour la baladodiffusion et toutes les créations audio.

Le Centre Phi, à Montréal, accueillera jusqu’à dimanche la troisième édition de Résonance, un événement dont la programmation sur trois jours témoigne du bouillonnement grandissant dans le monde du podcast québécois. Mené par la porte-parole officielle, Marie-Louise Arsenault, animatrice à Radio-Canada, le festival offrira notamment des séances d’écoute collectives, des classes de maître et des entretiens.

« Le festival, c’est clairement l’occasion de susciter des réflexions sur les métiers radiophoniques, sur la pratique, sur tout le travail, les exigences qui viennent avec », raconte Marie-Laurence Rancourt, codirectrice de Résonance avec Alexandra B. Lefebvre.

Il y a une étiquette de spontanéité — pas nécessairement fausse — qui colle à la peau du balado. Un ordi, deux micros, trois heures de son temps et hop, on a un nouvel épisode en boîte. Bien consciente que sa vision plus artistique de la création audio n’est pas partagée par tous, Rancourt croit quand même qu’il y a « une forme d’écrémage » qui est en train de se faire. « Ce n’est plus tout de dire que le podcast est accessible, que tout le monde peut en faire. À un moment donné il y a des pratiques, des théories, des savoir-faire, et on est dans l’appropriation » de ces connaissances.

Mais le côté « amateur » du balado n’est pas quelque chose de beau justement, une utilisation du médium par qui le veut bien ? « Je ne pense pas que de professionnaliser et de reconnaître les corps de métier ou de développer une pensée autour de la création radio vient enlever la spontanéité, insiste Alexandra B Lefebvre. Au contraire, ça vient permettre une spontanéité plus grande. Ça permet d’aller explorer plus loin […] Après on y adhère ou pas, il y a des autodidactes en littérature ou en cinéma qui font des trucs super sans être diplômés. Mais c’est l’fun de pouvoir se retourner et voir ce qui s’est fait avant nous et s’inscrire dans tout ça. »

Concrètement, le créateur de balado a beaucoup à écrire en amont de l’enregistrement, précise Rancourt. « Déjà, l’adresse au micro, on doit en tenir compte au moment de l’écriture. Tu peux aussi écrire avec les voix, avec les sons, t’es comme un peintre sur ta palette. Il y a des images sonores, de la musique. Tu as plusieurs pots de couleurs et tu dois créer ta toile, tes résonances entre les différents sons. »

Pour plus d’audace

Avec Résonance, Lefebvre et Rancourt veulent aussi faire miroiter le potentiel énorme de la radio et des productions sonores, qui restent somme toute très conservatrices sur nos ondes.

Pour ce faire, elles ont entre autres invité Aurélie Charon, de France Culture, qui travaille beaucoup sur la jeunesse et l’art contemporain. Elle mène notamment le projet L’Expérience, qui se dit un « espace libéré des genres radiophoniques ».

« Aurélie, dans sa pratique, est un bon exemple de comment reconnaître ce qui nous précède et être dynamique à la fois », lance Lefebvre. Elle animera notamment une classe de maître dimanche avant-midi.

« Pour moi, renchérit Rancourt, elle est une façon de mettre de la lumière sur ce qui peut exister. C’est quelqu’un qui est de son temps sans être forcément à la mode. »

Rancourt croit d’ailleurs qu’il serait temps de faire éclater ce que signifie faire de la radio, et espère que le festival Résonance pourra jouer un rôle. « Il y a tellement de possibilités. Il y a un territoire, le studio, mais c’est inépuisable si tu commences à creuser. J’ai l’impression qu’on s’est arrêté à dire que c’est un média de communicateurs, de journalistes. Moi j’aimerais qu’on soit très audacieux. Et que dans les prochaines années, tant du côté du podcast que de la radio, on soit ouvert à tout ce qu’il peut y avoir de propositions neuves. »

Festival Résonance

Du 6 au 8 septembre au Centre Phi