Péladeau fait la leçon aux médias en difficulté

Le patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau

Le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a tenté mercredi de dissuader le gouvernement caquiste d’octroyer une aide financière aux médias en difficulté, notamment à La Presse qui a réclamé la mise sur pied d’un programme d’assistance de cinq ans. Il a accusé la direction du quotidien de la rue Saint-Jacques de chercher à « faire payer les contribuables pour ses lubies […] après l’échec patent de son modèle [d’affaires] ».

M. Péladeau a profité de son passage à l’Assemblée nationale, mercredi après-midi, pour vanter les décisions d’affaires prises par la direction de Québecor pour « optimiser ses processus de fabrication et assainir ses conventions collectives », opérer une convergence tout en « approfondi[ssant] son contenu journalistique » au fil des 15 dernières années. « Si une entreprise fait le choix de ne pas remettre en question ses modes de pratiques et fragilise par le fait même ses assises financières, qui est responsable de ce choix d’affaires ? L’État ? » a demandé M. Péladeau, faisant notamment allusion aux difficultés financières de La Presse.

Le magnat de la presse s’est aussi dit inquiet du « risque réel et sérieux à l’indépendance des médias d’information, et donc à leur capacité de jouer pleinement et efficacement leur rôle de chien de garde de la démocratie, si le gouvernement vient à financer ceux-ci ».

Cela dit, toutes les mesures d’aide à la presse seront « éphémères » tant que le gouvernement fédéral ne retirera pas le « passe-droit en matière fiscale » accordé aux géants du GAFAM — Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft —, qui « empilent les dollars publicitaires auparavant destinés aux entreprises d’ici, sans payer leur part au trésor public en plus de brader [le] contenu [des médias québécois] », est d’avis Québecor.


Crédit d'impôt
 

Le témoignage de M. Péladeau rompait avec ceux des dirigeants de La Presse, du Devoir ainsi que du Soleil, du Quotidien, du Nouvelliste, du Droit, de La Voix de l’Est et de La Tribune, qui l’ont précédé dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale.

Claude Gagnon (Groupe Capitales Médias), Brian Myles et André Ryan (Le Devoir), Guy Crevier et Pierre-Elliott Levasseur (La Presse) ont tour à tour suggéré à la commission de la culture et de l’éducation et, par ricochet, au gouvernement caquiste d’instaurer un crédit d’impôt remboursable sur la masse salariale des employés d’une salle de rédaction. Précisément, M. Myles a recommandé un crédit d’impôt remboursable de 25 % sur la masse salariale de la rédaction pour les médias d’information quotidiens et hebdomadaires, assorti d’un plafond salarial de 55 000 dollars par employé permanent ou surnuméraire régulier. « C’est une piste de départ », a-t-il précisé.

La recette pour produire de l’information de qualité n’a rien de secret : il faut des journalistes compétents, bien encadrés, et rémunérés à leur juste valeur

 

Le directeur du Devoir a exhorté le gouvernement du Québec à mettre fin aux aides ponctuelles dans le secteur des médias et à dorénavant « base[r] ses interventions ou programmes sur des critères d’universalité, d’équité, d’indépendance et d’intérêt public ». Les patrons de La Presse ont demandé au gouvernement de déployer un « programme structurant » d’une durée de cinq ans à défaut de quoi il « menacer[a] la pérennité de la presse ». « Un programme de cinq ans nous permettrait de consolider notre transformation », a affirmé le président de l’OBNL, Pierre-Elliott Levasseur. « Tout en visant une rentabilité ? » lui a demandé du tac au tac le député caquiste Youri Chassin. « Absolument, absolument », a répondu M. Levasseur.

Le président et chef de la direction de Cogeco, Michel Lorrain, a reconnu qu’il faudrait baliser un éventuel crédit d’impôt à la masse salariale du personnel qui produit de l’information tout en s’abstenant d’adopter une définition trop restrictive du rôle de journaliste pour pouvoir l’appliquer aux chroniqueurs.

Le controversé « Doc Mailloux » qui anime une émission en semaine est-il considéré comme un chroniqueur ? « Non, le Doc Mailloux, il fait du divertissement, a-t-il tranché en mêlée de presse. Alors, on ne parle pas ici d’un chroniqueur. Pierre-Yves McSween, c’est un chroniqueur. Il en fait un travail à temps plein. »

Propriétaire de 14 stations de radio régionales, le président et chef de la direction d’Arsenal Média, Sylvain Chamberland, s’est dit en désaccord avec l’octroi d’une aide d’urgence aux médias par l’État. « Si on n’a pas de réflexion, on fait des gestes en panique. On peut faire ça sans arrêt, donner des millions à gauche, à droite, alors qu’il y a plein de petits projets qui ont besoin d’argent et qu’on n’est même pas capable de soutenir », a-t-il dit en mêlée de presse. Il suggère la création d’une régie publicitaire pour faire contrepoids aux GAFAM et ainsi obtenir « une juste part publicitaire ».

M. Chamberland redoute également la concurrence de Télé-Québec, si celui-ci se voyait confier un mandat d’information régionale de la part du gouvernement. Or, les défis pour entreprendre un tel projet sont nombreux, ne serait-ce que pour le financement, a rappelé la présidente-directrice générale de la chaîne publique québécoise, Marie Collin.

Concentration de la presse

Les maires des municipalités de Saguenay, Sherbrooke, Trois-Rivières et Granby ont assisté mercredi aux travaux de la commission sur l’avenir des médias afin d’exprimer leur solidarité à l’égard du Groupe Capitales Médias, qui a transmis un avis d’intention de se placer sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité il y a 10 jours.

Plusieurs acteurs de la société civile s’inquiètent de la perspective d’achat de la plupart de ses six quotidiens par Québecor. La concentration de la presse : c’est un « faux problème » aujourd’hui, estime Pierre Karl Péladeau, qui détient déjà Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec. « C’est peut-être mieux d’avoir une concentration de la presse que pas de presse du tout », a-t-il lancé.

 

Selon lui, la « diversité » des opinions exprimées au Québec se reflète dans les pages des médias de Québecor.

 

À regarder: Catherine Dorion interpelle Pierre Karl Péladeau

 

 

 

La députée solidaire Catherine Dorion n’en était pas convaincue. Elle a raconté à M. Péladeau « son expérience de blogueuse au Journal de Québec » entre 2016 et 2018. On la dissuadait de « parler de John Doe » c’est-à-dire « PKP » ou encore de critiquer Québecor ou un chroniqueur de Québecor dans ses textes, a-t-elle raconté. « Comment pouvez-vous nous garantir qu’il n’y aura pas six journaux de plus où il va être tabou de vous critiquer, vous ou Québecor, qu’il n’y aura pas six journaux de plus qui vont faire la promotion de Helix, Vidéotron, du Centre Vidéotron et de toutes les autres affaires que vous possédez ? » a-t-elle demandé à M. Péladeau. L’homme d’affaires a reproché à l’élue de Taschereau de se « donner en spectacle » dans le Salon rouge de l’Assemblée nationale. « Bravo ! Je n’ai rien d’autre à ajouter », s’est-il contenté de répondre.

18 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 29 août 2019 01 h 04

    PKP

    Quelle condescendance dans son refus de répondre aux questions légitimes de Catherine Dorion!

    • Gilles Théberge - Abonné 29 août 2019 15 h 59

      Votre réaction n'étonne personne monsieur Jodoin, étant donné votre orientation politique...!

  • Serge Ménard - Abonné 29 août 2019 06 h 10

    PKP

    Bravo PKP ! Je ne vois pas en quoi la soi disant député de QS était pertinente ! Encore une fois elle a fait son show de boucane ! Par contre je la félicite pour son habillement qui semblait plus conforme !

    • Vincent Dufour - Abonné 29 août 2019 10 h 01

      L'habillement de la député Dorion est loin d'être pertinent dans ce sujet et pourquoi féliciter PKP de se dérober à un questionnement valide et très pertinent avec le sujet du jour? Il était incapable de fournir une réponse sensée et il a opté pour une attitude arrogante et condescendante.

  • Jean Lacoursière - Abonné 29 août 2019 06 h 21

    Le modèle d'affaire du Journal de Québec : le dumping


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    Voilà un effet pervers de la convergence TVA - Vidéotron - Journal de Québec/Montréal.

  • Marcel Dufour - Abonné 29 août 2019 06 h 24

    Un torchon

    Il est peut-être vrai que Québécor a pris,comme le dit Pierre Péladeau dans le texte qu’on lui a écrit pour sa comparution à l’Assemblée nationale, de bonnes décisions .
    Il est aussi vrai que ses journaux sur le plan journalistique sont encore des torchons, comme elles l’étaient déjà à l’époque de leur création.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 août 2019 08 h 53

    Et vous n'avez retenu...

    que la diatribe de Catherine Dorion.? On voit bien que Le Devoir ...penche toujours et encore du côté de QSolidaire (parti inféodé au mouvement des partis ultras conservateurs post national...sic ) pour faire passer son idéologie ryannaise .
    Une suggestion: RELIRE le texte de JF Lisée paru dans... Le Devoir du 7 juillet 2016. section:opinions/idées.
    Si jamais Le Devoir et, autres journaux sous le joug des PLQ et PLC de ce monde, tombent dans le modus operandi du journal La Presse, il en sera terminé de la liberté de presse.... de la liberté de penser. :(ça vous dit quelque chose) Je serai la première à vous dire:" vous l'avez bien cherché". Était-ce votre objectif?