Six quotidiens régionaux risquent de fermer

Le Groupe Capitales Médias est propriétaire de plusieurs quotidiens régionaux, dont «Le Soleil» à Québec, «Le Quotidien» à Saguenay, «Le Nouvelliste» à Trois-Rivières, «Le Droit» à Ottawa-Gatineau, «La Tribune» à Sherbrooke et «La Voix de l’Est» à Granby.
Photo: iStock Le Groupe Capitales Médias est propriétaire de plusieurs quotidiens régionaux, dont «Le Soleil» à Québec, «Le Quotidien» à Saguenay, «Le Nouvelliste» à Trois-Rivières, «Le Droit» à Ottawa-Gatineau, «La Tribune» à Sherbrooke et «La Voix de l’Est» à Granby.

Si l’avenir du Groupe Capitales Médias (GCM) préoccupe le gouvernement, à qui plusieurs ont demandé mercredi une intervention rapide, il semble aussi intéresser Québecor : selon TVA, l’entreprise dirigée par Pierre Karl Péladeau est en discussion pour acquérir ses quotidiens.

Le premier ministre, François Legault, a affirmé en matinée que son gouvernement allait aider les journaux en difficulté de GCM, peu de temps après que la ministre Nathalie Roy eut écarté une « solution à la pièce », des propos qui surviennent à deux semaines d’une commission parlementaire sur l’avenir des médias.

« On sait que le gouvernement va devoir contribuer financièrement pour protéger la démocratie et la diversité de l’information, surtout en région, a affirmé mercredi matin M. Legault avant la réunion de son Conseil des ministres. Donc moi, je m’attends à ce que le gouvernement doive faire un chèque. Évidemment, on va prendre le temps de le faire comme il faut, mais là, il semble peut-être effectivement y avoir une situation qui est plus urgente. »

TVA a cependant écrit que Québec ne verserait pas de « somme supplémentaire », mais qu’en cas d’impasse financière chez GCM, le gouvernement trouverait un moyen de maintenir l’impression le temps qu’un acquéreur se présente.

La porte-parole de Pierre Karl Péladeau, Annick Bélanger, n’a pas immédiatement rappelé Le Devoir pour commenter l’intérêt présumé de Québecor pour acquérir les journaux de GCM.

L’entreprise est propriétaire de plusieurs quotidiens régionaux, dont Le Soleil à Québec, Le Quotidien à Saguenay, Le Nouvelliste à Trois-Rivières, Le Droit à Ottawa-Gatineau, La Tribune à Sherbrooke et La Voix de l’Est à Granby.

Une heure avant les propos de M. Legault, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, avait rejeté une aide d’urgence pour GCM en attendant un programme pour l’ensemble de la presse qui ne serait pas annoncé avant plusieurs mois. « Je vous répète qu’il n’est pas question de garrocher de l’argent de façon catastrophique en urgence pour sauver un média, avait-elle déclaré. Nous voulons une solution globale, pérenne, intelligente pour protéger le droit à l’information. »

Elle a dit préconiser une solution « juste et équitable » pour l’ensemble des médias, et non une « solution à la pièce ». La ministre n’a pas voulu s’engager à ce qu’aucun journal de l’entreprise ne ferme cet automne puisqu’elle affirme ne pas connaître les intentions du propriétaire de GCM.

« On ne peut pas offrir à Capitales Médias quelque chose qu’on ne pourra pas offrir à d’autres médias comparables, a expliqué le premier ministre, François Legault. Donc, on tient compte de tout ça. »

Les quotidiens du GCM, publiés dans plusieurs régions du Québec, seraient à quelques semaines de manquer de liquidités, selon le 98,5 FM. Le chroniqueur Bernard Drainville relatait mercredi matin qu’ils ne tiendraient pas jusqu’au 26 août, jour où doit débuter une commission parlementaire sur l’avenir des médias.

Invité à commenter ces informations, le dirigeant de l’entreprise, Martin Cauchon, n’a pas souhaité donner d’entrevue, a indiqué une adjointe. GCM a vu le jour en 2015 après l’achat des journaux régionaux du groupe Gesca, alors propriété de Power Corporation du Canada.

« La situation du Groupe Capitales Médias est plus pressante que les autres », a reconnu en mêlée de presse, mercredi matin, le ministre des Finances, Eric Girard, sans toutefois en révéler davantage sur l’aide financière que le gouvernement pourrait offrir.

« Hécatombe médiatique »

« Si Groupe Capitales Médias tombe, on parle d’une demi-douzaine de quotidiens régionaux », a dit le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Stéphane Giroux. Il s’agirait d’une « hécatombe médiatique », selon lui. « Le gouvernement doit offrir une aide d’urgence, au moins, en attendant que des solutions permanentes puissent être mises en place. » Entre autres, il faudrait des nouvelles règles « pour contrôler la fuite des revenus publicitaires vers les GAFA [Google, Amazon, Facebook et Apple] aux États-Unis », a-t-il rappelé.

Le gouvernement doit « absolument faire quelque chose », a estimé la députée libérale Christine St-Pierre, ministre de la Culture de 2007 à 2012. « Un vieux dicton dit qu’être informé, c’est être libre. Ça prend une diversité d’information au Québec », a dit Mme St-Pierre en ajoutant qu’il s’agit de « centaines d’emplois ». Il faudra une « mesure d’urgence », selon elle. Le député solidaire Vincent Marissal, de son côté, a plaidé pour des programmes bonifiés offrant un soutien pérenne mais a reconnu que dans l’urgence actuelle de la situation, Québec devra « malheureusement envoyer un chèque ».

L’aide à la presse écrite accordée par le gouvernement jusqu’ici s’est « avérée insuffisante », a affirmé en entrevue la présidente de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN), Pascale St-Onge, qui tentait de vérifier les informations concernant GCM. De manière générale, « ça fait des années qu’on dit qu’on est dans l’urgence, a-t-elle ajouté. On ne peut pas se permettre de perdre un groupe ou un quotidien ».

L’arrêt des activités des journaux de GCM serait une « catastrophe » aux plans économique et démocratique, a affirmé la Fédération québécoise des municipalités dans une lettre au premier ministre. Québec doit mettre « tout en oeuvre pour éviter que l’arrêt de la publication de ces quotidiens », a-t-elle déclaré. « Dans un second temps, la FQM vous demande d’intervenir rapidement et de manière vigoureuse, afin que soient instaurées des mesures pour empêcher que ces quotidiens ainsi que d’autres cessent prochainement leurs activités. »