La misère des médias

Dans l’ensemble du Québec, en 2018, il y a en parts égales des lecteurs réguliers des quotidiens qui lisent ces derniers en format papier ou sur les plateformes numériques.
Photo: Borislav Bajkic Getty Images Dans l’ensemble du Québec, en 2018, il y a en parts égales des lecteurs réguliers des quotidiens qui lisent ces derniers en format papier ou sur les plateformes numériques.

Alors que le gouvernement du Québec mènera à partir du 26 août une commission sur l’avenir des médias d’information, le Centre d’étude sur les médias (CEM) publiait cette semaine un état des lieux de ceux-ci, qui confirme les chutes de revenus, de profits et d’effectifs de la majorité d’entre eux.

Le rapport de quelque 130 pages, réalisé par le chercheur Daniel Giroux, détaille la situation des différents secteurs, imprimés ou électroniques, et souligne notamment que la marge bénéficiaire brute des journaux quotidiens et des hebdomadaires a dégringolé depuis 2010. Alors qu’elle était de 17,5 % en 2000 et de 14,4 % en 2010, le ratio du bénéfice par rapport au chiffre d’affaires s’est écrasé à 3,5 % en 2014, et est même devenu négatif en 2016, à –0,1 %.

 
27%
C’est le pourcentage des Canadiens de langue française qui ont acheté un exemplaire papier d’un journal la semaine précédant l’enquête menée en 2019 par le Reuters Institute for the Study of Journalism et le Centre d’études sur les médias.  

Tandis que les magazines québécois voient leurs marges bénéficiaires jouer au yo-yo depuis 15 ans — avec une certaine tendance baissière —, le monde de la télévision généraliste privée accumule les chiffres négatifs, encaissant « des pertes variant autour de 3 % de 2014 à 2017 », précise le rapport. Quant au monde de la radio, il semble encore à l’abri à plusieurs égards de la crise médiatique.

Publicité et effectifs en chute

L’enjeu des revenus publicitaires pour les entreprises oeuvrant dans les médias est aussi abondamment chiffré dans le rapport du CEM, qui confirme que les annonceurs ont « massivement déplacé des centaines de millions de dollars vers les Google, Facebook, YouTube, Twitter, Pinterest et autres supports non médiatiques ».

Concrètement, entre 2012 et 2017, les médias dans leur ensemble ont perdu 29 % de leurs revenus en publicité. Si les magazines ont subi le plus gros coup avec une chute de 63 % de la publicité pendant cette période, les quotidiens sont tout près derrière avec une baisse de 53 %. Au même moment, les « plateformes numériques hors médias » ont vu leur récolte publicitaire grimper de 122 %.

En triste logique, les effectifs dans les salles de nouvelles québécoises ont aussi connu une baisse, montrent les compilations du CEM. Citant l’Observatoire de la culture et des communications du Québec qui tirait ses chiffres du dernier recensement mené par Statistique Canada, le chercheur Giroux met en lumière le fait que le nombre de journalistes au Québec a culbuté de 10 % entre 2006 et 2016. Le rapport souligne que les pertes d’emplois seraient beaucoup plus fortes à Québec (35 %) et à Gatineau (30 %) qu’à Montréal (3 %), mais note aussi que les données relatives à ces trois régions « doivent être interprétées avec prudence. »

 
14%
C’est le pourcentage de personnes disposées à faire un don à une entreprise de presse qu’elles aiment si celle-ci ne peut faire ses frais autrement.

Dans l’ensemble du Québec, en 2018, il y a en parts égales des lecteurs réguliers des quotidiens qui lisent ces derniers en format papier ou sur les plateformes numériques (36 %), alors que 28 % d’entre eux le font de manière hybride. Au total, quelque 53 % de la population adulte du Québec lit régulièrement un quotidien en semaine, illustre l’étude du CEM. Ce taux issu des chiffres de Vividata laisse poindre « un certain fléchissement du lectorat », mais les variations sont moindres que les marges d’erreur, précise l’auteur.

Les magazines généralistes québécois ont pour leur part connu une baisse de lectorat majeure entre 2003 et 2017, soit une chute de 44 %, touchant le papier et le numérique. « Douze des dix-neuf magazines mesurés en 2017 qui étaient publiés en 2012 ont perdu des lecteurs. La perte atteint presque 20 % en ce qui concerne le magazine d’information générale L’actualité », note Daniel Giroux.

 
8%
C’est le pourcentage des répondants qui affirment avoir payé pour avoir accès à certains services de nouvelles en ligne au cours de l’année.

Le rapport Les médias québécois d’information – État des lieux résume par ailleurs les récentes mesures d’aide de Québec et d’Ottawa, mais collige aussi de nombreux modèles d’appui à la presse ailleurs dans le monde, notamment en Europe. « La mesure de soutien la plus usuelle au sein des 24 pays que nous avons étudiés consiste à appliquer des taux préférentiels de la taxe à la valeur ajoutée pour certaines activités de la presse écrite », résume le document.