Ottawa investit 14,6 millions dans une nouvelle plateforme de diffusion de contenus francophones

La ministre fédérale Mélanie Joly en 2017. Le Canada s’était engagé, en octobre dernier, à appuyer la création d’une plateforme francophone qui réunirait les diffuseurs publics de TV5MONDE et ainsi renforcer la place du français dans le monde numérique.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir La ministre fédérale Mélanie Joly en 2017. Le Canada s’était engagé, en octobre dernier, à appuyer la création d’une plateforme francophone qui réunirait les diffuseurs publics de TV5MONDE et ainsi renforcer la place du français dans le monde numérique.

En guise d’offensive à la multiplication des contenus sur le Web, le gouvernement fédéral annoncera mercredi un investissement de 14,6 millions de dollars sur cinq ans pour la création d’une plateforme numérique francophone nommée TV5Monde Plus.

« En créant une nouvelle plateforme, nous donnons à nos artistes et à nos créateurs un accès de plus à un auditoire mondial », a exprimé par voie de communiqué la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly. Le Canada s’était engagé, en octobre dernier, lors du 17e Sommet de la Francophonie à Erevan, à appuyer la création d’une plateforme francophone qui réunirait les diffuseurs publics de TV5Monde pour ainsi renforcer la place du français dans le monde numérique.

Sylvain Lafrance, nommé à titre de président du conseil d’administration de TV5Numérique (nouvelle filiale de TV5 Québec Canada), décrit la « commande » de bâtir cette plateforme qui, au départ, sera exclusivement consacrée à l’exportation des contenus francophones canadiens. « Cela ressemblera-t-il à un gros Tou.tv ou à un Netflix ? C’est ce qu’il reste à voir. TV5 est déjà une expérience collaborative unique et un réseau mondial extraordinaire. La plateforme va permettre de diffuser du contenu francophone partout dans le monde et de favoriser la “découvrabilité” des contenus canadiens. »

Au cabinet de la ministre Joly, on parle d’une « structure flexible » et d’investissements « 100 % canadiens. » Et le projet n’entre pas en compétition avec Tou.tv puisque, dans ses balbutiements, la future plateforme sera lancée à l’extérieur des frontières du Québec, dans le but de rejoindre le vaste marché des quelque 80 pays membres de la Francophonie.

Les architectes du projet espèrent aussi attirer des investissements de la Belgique, de la Suisse et d’autres pays francophones. Dans l’immédiat, les contenus francophones canadiens ne migreront pas sur une plateforme francophone englobante, même si toutes les perspectives d’avenir sont ouvertes, dans un contexte où il reste difficile de prévoir les mutations technologiques.

« La plateforme ne sera pas “directement” accessible au Canada, mais les contenus non canadiens seront disponibles sur les plateformes de nos partenaires [Radio-Canada, Télé-Québec, TV5] et identifiés à la marque TV5. C’est normal, afin de ne pas créer de confusion dans les plateformes numériques », précise Sylvain Lafrance.

Un chantier pour une plateforme

« Je pense que c’est une bonne nouvelle pour notre milieu : il faut trouver une façon d’aller rejoindre des gens à l’extérieur du Québec. Cela va permettre de créer des occasions à l’étranger et d’élargir les publics », estime le producteur Louis Morrissette, qui évoque la nécessité, pour les créateurs québécois, de sortir de leur écosystème, d’envisager de nouvelles relations, de nouveaux projets et de futures coproductions.

Je suis persuadé que ça peut être intéressant pour des gens, dans des pays d’Afrique, de voir ce qu’on fait au Québec. Ils pourront peut-être trouver dans nos contenus des idées d’adaptation et créer des occasions de collaboration. Dans un univers où on est bombardés par la culture anglo-saxonne et américaine, je n’ai rien contre l’idée d’avoir une tribune pour la langue française.

« Je suis persuadé que ça peut être intéressant pour des gens, dans des pays d’Afrique, de voir ce qu’on fait au Québec. Ils pourront peut-être trouver dans nos contenus des idées d’adaptation et créer des occasions de collaboration. Dans un univers où on est bombardés par la culture anglo-saxonne et américaine, je n’ai rien contre l’idée d’avoir une tribune pour la langue française », indique Louis Morrissette, qui espère que l’aboutissement de la plateforme mènera à un contexte ou TV5Monde Plus produira du contenu original québécois, canadien et francophone.

Du côté de TV5, on salue la décision du gouvernement fédéral de soutenir ainsi le rayonnement de la culture francophone. « Nous travaillerons dans l’intérêt primordial de la francophonie, en collaboration étroite avec nos partenaires, au premier chef TV5Monde, pour développer ensemble une plateforme moderne, qui permettra aux francophones et aux francophiles du monde entier de découvrir la richesse de la création audiovisuelle francophone », a déclaré la p.-d.g. de TV5 Québec Canada, Marie-Philippe Bouchard.