Le Web, «un tremplin sans précédent»

La p.-d.g. de Radio-Canada, Catherine Tait, lors de son allocution à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, vendredi
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La p.-d.g. de Radio-Canada, Catherine Tait, lors de son allocution à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, vendredi

Même si le numérique — et ses géants américains — pose un défi de taille pour les diffuseurs canadiens, la situation représente aux yeux de la p.-d.g. de CBC–Radio-Canada « une occasion et un tremplin sans précédent pour les contenus canadiens », qu’elle compte pousser davantage sur la scène internationale.

Catherine Tait a présenté vendredi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain quelques lignes de son prochain plan stratégique, dont « un objectif clé » sera de « devenir le fer de lance du contenu canadien à l’international. »

Sans démoniser les Google, Amazon, Netflix et Apple de ce monde, qui peuvent par exemple permettre à des films comme Roma de trouver un vaste public — et de se rendre aux Oscar —, Mme Tait a tenu à préciser que « les géants numériques, même s’ils peuvent montrer de bonnes intentions, restent au bout du compte motivés par un intérêt : leur propre rentabilité. Et c’est normal ».

Catherine Tait, la première femme et la première productrice issue du privé à diriger Radio-Canada, a souligné que le marché médiatique est devenu mondial, et que « si le Canada n’en fait pas partie, notre culture et notre identité seront balayées sous le tapis. Nous serons hors jeu ».

Si Mme Tait se définit comme une passionnée de culture, elle est aussi une femme d’affaires, a-t-elle expliqué, ajoutant que « se tourner vers un marché plus grand nous assure un meilleur rendement sur notre investissement ».

Question de budget

La question du financement de Radio-Canada se retrouve en trame de fond de toute cette question. Si Mme Tait estime que l’exportation de ses productions permettrait au diffuseur public d’être moins dépendant du financement étatique, elle souligne par contre que des sous seront nécessaires pour mettre en place cette même stratégie.

« On a tout le talent qu’il faut, mais on travaille avec les ressources qu’on a, a expliqué Mme Tait en point de presse. On essaie de gérer les budgets d’une façon efficace, mais c’est sûr qu’on a toujours besoin de trouver du financement pour ce genre d’initiative. »

La p.-d.g., entrée en poste en avril dernier, a affirmé dans son discours que Radio-Canada, « dans le respect de [son] mandat », va continuer « à chercher activement des moyens de générer des revenus commerciaux. »

Mme Tait a donné en exemple le Danemark, qui a « intégré le rayonnement international à sa stratégie », ainsi que la Grande-Bretagne, où la BBC exploite un service distinct dont l’objectif est la vente de contenus partout sur la planète.

Et l’information ? La patronne de Radio-Canada n’exclut pas que lecontenu journalistique trouve sonchemin hors des frontières canadiennes. « Il y a aussi des opportunités pour le journalisme qu’on produit ici, on sait très bien qu’on a des millions d’auditoires, des jeunes qui nous regardent sur Snapchat par exemple. »

Élections

Alors que l’élection fédérale arrive à grands pas, Mme Tait est restée prudente quant aux conséquences d’un changement au pouvoir sur le budget du diffuseur public. Elle a toutefois affirmé que Radio-Canada serait moins « vulnérable aux changements et aux transitions de gouvernements » avec un modèle financier plus diversifié.

Quant aux dépenses entourant la future Maison de Radio-Canada, que Le Journal de Montréal estimait cette semaine à 144 millions, la p.-d.g. a affirmé que c’était là « une question importante ». « On a besoin d’un écosystème qui comprend des diffuseurs publics et privés. On a besoin d’une diversité dans nos nouvelles, dans tout ce qu’on fait. […] Est-ce qu’on est trop gourmand ? Non, je ne crois pas. »

Trois volets stratégiques

Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la p.-d.g. de Radio-Canada, Catherine Tait, a précisé trois actions stratégiques à poser pour exporter les contenus à l’international.

1) Conclure des partenariats pour renforcer l’impact de Radio-Canada et sélectionner les meilleures productions afin de les exporter sur le marché mondial.

2) Miser sur ses forces, dont le contenu jeunesse. Radio-Canada veut s’associer avec d’autres partenaires pour coproduire de nouvelles émissions pour les plus jeunes.

3) Amplifier ses résultats en matière de baladodiffusion en visant le public hors de nos frontières. ICI Première a par exemple ratifié une entente de distribution avec Spotify.