Québec reverra sa politique publicitaire

Le président-directeur général du Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon (à droite), et le propriétaire de l’entreprise, Martin Cauchon, ont fait l’acquisition en 2015 des quotidiens régionaux du groupe Gesca.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le président-directeur général du Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon (à droite), et le propriétaire de l’entreprise, Martin Cauchon, ont fait l’acquisition en 2015 des quotidiens régionaux du groupe Gesca.

Le président-directeur général du Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, a publié jeudi une lettre dans les six quotidiens régionaux de l’entreprise pour rassurer sur l’état de ses publications tout en sollicitant l’aide gouvernementale. L’Assemblée nationale a pour sa part adopté une motion afin que Québec revoie ses politiques publicitaires pour diriger davantage ses dépenses vers les médias d’ici.

Au lendemain de la décision du premier ministre François Legault de demander à trois de ses ministres de lui soumettre une proposition « équitable » pour venir en aide à la presse écrite, la libérale Isabelle Melançon a déposé en chambre jeudi une motion voulant « que l’Assemblée nationale demande au gouvernement d’exiger des ministères et organismes de concentrer leurs dépenses publicitaires vers les entreprises de presse du Québec », et ce, afin de « contrer l’exode des revenus publicitaires des médias traditionnels vers les plateformes numériques étrangères », notamment Facebook, Google et Amazon. La motion a été adoptée sans contestation.

Mme Melançon, porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture et de communications, s’est par ailleurs inquiétée d’entendre le nouveau comité interministériel annoncer mercredi qu’il rendrait « facultatifs » les travaux de la future commission parlementaire qui se tiendra à l’automne.

« Elle ne servira pas à rien, a répliqué la ministre de la Culture, Nathalie Roy. On a besoin de cette commission, mais il faut agir entre-temps, et c’est ce que nous faisons. »

Une lettre de GCM

Par ailleurs, le patron de Groupe Capitales Médias (GCM), dont LeJournal de Montréal écrivait mercredi qu’il ne disposait pas, selon une source non citée, « de liquidités lui permettant de fonctionner seulement jusqu’à la fin de l’été », a tenu à prendre la plume dans ses quotidiens pour rassurer sur l’état de ses publications tout en sollicitant l’aide gouvernementale.

M. Gagnon, qui n’a pas voulu accorder une entrevue au Devoir à ce sujet, a écrit que « l’aide gouvernementale, au fédéral comme au provincial, fait partie des solutions que nous sollicitons pendant cette période de transition. Il en va du maintien d’une information de qualité partout sur le territoire, et du maintien des emplois nécessaires pour la produire ».

GCM est propriétaire des journaux Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est.

Dans sa lettre, M. Gagnon explique que « plusieurs initiatives ont été mises en avant ces dernières années pour réduire nos dépenses, diversifier nos revenus, accélérer le virage numérique. Mais il faut du temps pour que nos stratégies donnent les résultats escomptés ».

Le gouvernement libéral avait d’ailleurs effectué, en décembre 2017, un prêt de 10 millions à GCM par l’entremise du Fonds du développement économique géré par Investissement Québec. GCM avait quant à lui mis 16 millions de sa poche dans un plan de transition.

Claude Gagnon décoche une petite flèche à ceux qui ont fait circuler « des informations alarmistes […] sur la situation du Soleil et de Groupe Capitales Médias. Au salissage, on ne répliquera pas par le salissage. Ce n’est pas notre façon de faire. Nous ne souhaitons la disparition d’aucun groupe ».

La direction de La Presse — qui a aussi interpellé Québec pour obtenir de l’aide — n’a pas souhaité faire de commentaires sur sa situation financière.

De l’aide des lecteurs

Dans sa lettre, le p.-d.g. de GCM lance par ailleurs un appel aux lecteurs, dont il demande le soutien. « Nous lire, c’est une façon de nous soutenir. Vous abonner, la semaine ou le samedi, c’est aussi une façon de nous appuyer. »

Les chiffres sur le lectorat dévoilés dans la lettre ouverte sont favorables pour les publications de GCM. Au Soleil par exemple, plus gros joueur de la boîte, la firme Vividata a comptabilisé en semaine 4000 lecteurs de plus entre l’automne 2018 et le printemps 2019, soit une hausse de 4 %.

« Dans le contexte actuel, cette performance est exceptionnelle dans le marché de Québec, dit M. Gagnon. Pendant la même période, le lectorat du Journal de Québec a diminué de 1 % en semaine, de 5 % le samedi et de 10 % le dimanche, selon le rapport Vividata. »

Durant cette même période, Le Devoir a par exemple connu une hausse de ses lecteurs, toutes plateformes confondues, de 6,59 %. Si le lectorat papier a baissé d’environ 1,5 %, celui du numérique a grimpé de presque 18 %.

La Presse montre une hausse de son lectorat — uniquement numérique — de 3,87 %. Quant au Journal de Montréal, il voit son lectorat papier chuter de 4,6 %, mais celui du numérique croître de presque 5 %.

Hausse globale à Montréal

Dans le marché de Montréal, selon les chiffres de Vividata, les données entre l’automne 2018 et le printemps 2019 montrent des tendances communes pour tous les quotidiens, y compris The Gazette : une hausse globale du lectorat, qui cache une baisse du lectorat papier, mais une montée de celui du numérique.