Québec se penche sur une nouvelle aide à la presse

<p>Le premier ministre voudrait une aide «universelle, juste et équitable.»</p>
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne

Le premier ministre voudrait une aide «universelle, juste et équitable.»

Évoquant un « défi de survie pour plusieurs médias », le premier ministre François Legault a confirmé mardi avoir demandé à trois de ses ministres de lui soumettre « une proposition qui serait équitable » et qui permettrait de venir en aide à la presse écrite.

M. Legault a demandé aux ministres de l’Économie, des Finances et de la Culture « de se pencher sur le dossier » et de lui proposer une solution « qui serait équitable » pour les différents joueurs de l’industrie.

« Je comprends que maintenant, dans la baisse des revenus publicitaires, il y a un défi de survie de plusieurs médias, que ce soit en région ou pour les médias nationaux, a ajouté M. Legault. Je sais que c’est une réflexion importante, nécessaire pour notre démocratie. »

Le premier ministre réagissait à un article du Journal de Montréal indiquant qu’à la suite de demandes de La Presse et du Soleil, Québec avait créé un comité interministériel qui veillerait à la survie des médias régionaux et nationaux.

Au cabinet du ministre des Finances, l’attachée de presse Fanny Beaudry-Campeau nuance la notion de comité. « Ce n’est pas un comité en soi, ce sont des ministres qui sont concernés par le sujet, qui regardent de façon générale la situation. » Mme Beaudry-Campeau rappelle qu’une commission parlementaire sur le sujet, qui se tiendra à l’automne, a été annoncée en novembre dernier par la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

Le type de solution qui pourrait être envisagée n’a pas été précisé, mais le premier ministre a souligné qu’il voudrait une aide « universelle, juste et équitable. Ça va vouloir dire un certain financement ».

Médias en difficulté

Le Journal de Montréal écrivait mardi matin que Québec était « particulièrement pessimiste » quant à l’avenir de Groupe Capitales Médias (GCM), que les fonds de La Presse pourraient être épuisés d’ici un an et que Le Devoir et des hebdomadaires indépendants avaient également sollicité l’aide de Québec.

La Presse et Québecor n’ont pas voulu commenter la nouvelle, alors que Groupe Capitales Médias et Le Soleil ne nous’ont pas rappelés.

Sans être au fait des demandes de son patron, le président du syndicat de la rédaction du Soleil, Jean-François Néron, s’est réjoui des démarches des propriétaires d’entreprises de presse. « C’est une question de responsabilité sociale. En fin de compte, un programme d’aide efficace permettrait à toute entreprise qui en ferait la demande, y compris Le Devoir, de trouver des modèles d’affaires rentables depuis que les grandes entreprises du Web comme Google et Facebook vampirisent nos contenus publicitaires. »

Le directeur du Devoir, Brian Myles, a assuré que le journal « va participer de bonne foi à toute démarche avec le gouvernement pour trouver des solutions équitables ». « Et j’insiste sur le mot “équitable”, pour l’ensemble de l’industrie des médias. » M. Myles a par ailleurs confirmé sa présence à la future commission parlementaire.

Aides déjà existantes

Dans les dernières années, Québec et Ottawa ont déjà annoncé diverses mesures d’aide dans leurs budgets respectifs. Québec a annoncé en mars 2018 une aide de 64,7 millions sur cinq ans sous forme d’un crédit d’impôt sur les dépenses relatives au développement de technologies permettant l’adaptation de l’offre numérique.

À Ottawa, la dernière mise à jour économique du ministre Morneau prévoyait une aide de 595 millions, comprenant un crédit d’impôt remboursable sur la masse salariale liée à la production de contenu d’information. Mais le comité d’experts indépendants responsable d’établir les critères de qualification reste encore à être formé.

« Programmes à revoir »

« Pour nous, les programmes vont être à revoir pour qu’ils soient réellement efficaces », a affirmé la présidente de la Fédération nationale des communications (CSN), Pascale Saint-Onge.

Cette dernière souligne que l’aide de Québec cible les emplois entourant la transformation numérique des entreprises, alors que les médias n’y « investissent pas nécessairement des sommes colossales », en partie parce que « tu ne peux pas investir quand tu n’as pas d’argent à investir ».

« La volonté des gouvernements est là, ajoute Mme Saint-Onge. Mais le cœur de métier des médias d’information, c’est la production de contenus journalistiques, et tous les emplois qui participent à ça, selon nous, doivent aussi être visés. »

Avec Mylène Crête