TVA Sports: Québecor porte son différend avec Bell chez les téléspectateurs

Puisque TVA Sports détient les droits exclusifs de diffuser les séries éliminatoires en français, son retrait obligerait l’ensemble des abonnés francophones de Bell à s’abonner au diffuseur Sportsnet.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Puisque TVA Sports détient les droits exclusifs de diffuser les séries éliminatoires en français, son retrait obligerait l’ensemble des abonnés francophones de Bell à s’abonner au diffuseur Sportsnet.

Québecor a décidé de porter dans l’arène publique son affrontement avec Bell Canada sur les redevances de chaînes spécialisées.

Le conglomérat a fait plusieurs sorties récemment contre Bell, lui reprochant de ne pas lui accorder des redevances qui reflètent la « juste valeur » de ses chaînes spécialisées, notamment LCN, mais surtout TVA Sports, qui encaisse des pertes d’autant plus importantes que le Canadien de Montréal sera absent des séries éliminatoires pour une deuxième année de suite.

Lors du dernier match de la saison du Canadien samedi, diffusé par TVA Sports, les téléspectateurs ont pu lire en bas d’écran que « Bell a décidé de vous pénaliser » et on ajoutait que « Pour ne rien manquer des séries, communiquez avec Cogeco, Rogers, Telus, Vidéotron ou votre distributeur local ».

Le même message a été diffusé durant la populaire émission La voix.

Or, ce n’est pas Bell qui menace de retirer le signal de TVA Sports de ses plateformes de télédiffusion, mais bien Québecor qui menace de ne plus fournir le signal de TVA Sports à Bell Canada, et l’affirmation voulant que « Bell a décidé de vous pénaliser » est erronée, selon la compagnie.

Puisque TVA Sports détient les droits exclusifs de diffusion des séries éliminatoires en français, son retrait obligerait l’ensemble des abonnés francophones de Bell à s’abonner au diffuseur Sportsnet, propriété de Rogers Media, une chaîne spécialisée payante qui détient les droits exclusifs de diffusion des séries éliminatoires en anglais au Canada.

Dans l’état actuel des négociations, je pense que nous nous dirigeons dans un cul-de-sac

L’autre option des abonnés de Bell qui souhaitent conserver TVA Sports serait de quitter Bell pour s’abonner à d’autres fournisseurs, parmi lesquels se trouve, notamment, Vidéotron, une autre filiale de Québecor.

Initialement, la seule réaction de l’entreprise se trouvait dans deux gazouillis en anglais publiés dimanche par « Bell Support » (le soutien technique de Bell) dans lesquels on peut lire que « Bien que Québecor ait menacé de retirer TVA Sports de Bell télé, nos clients ont toujours accès à TVA Sports sur leur service. Toute tentative de rendre TVA Sports indisponible aux clients de Bell Télé irait à l’encontre de la réglementation en matière de télédiffusion » et « Soyez assuré que nous prendrons toutes les dispositions requises pour faire en sorte que nos clients continuent de recevoir tous les canaux de télévision et la programmation qu’ils désirent ».

Lundi, la porte-parole de l’entreprise, Caroline Audet, reprenait quasi textuellement ces commentaires dans un courriel à La Presse canadienne.

Péladeau décrie une injustice

Québecor n’avait pas encore rappelé La Presse canadienne au moment où ces lignes étaient écrites, mais son président et chef de la direction, Pierre Karl Péladeau, a repris à son compte, lundi à Ottawa, les propos diffusés par ses chaînes, à savoir que « si Bell souhaite pénaliser ses abonnés, bien, ils assumeront la responsabilité qui est la leur », cherchant à faire porter sur Bell la responsabilité d’une éventuelle décision de Québecor de fermer le robinet.

M. Péladeau a rencontré la presse à l’issue d’une allocution devant le Canadian Club alors qu’il se trouvait dans la capitale pour présenter ses récriminations aux politiciens fédéraux.

Le chef de la direction, qui a rencontré le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, et qui devait en faire autant avec les chefs conservateur et néodémocrate, Andrew Scheer et Jagmeet Singh, a précisé que les pourparlers avec Bell s’étaient poursuivis aussi récemment que vendredi dernier, mais il semblait pessimiste : « Dans l’état actuel des négociations, je pense que nous nous dirigeons dans un cul-de-sac. »

Il a affirmé être prêt à poursuivre ses efforts en vue de convaincre le géant canadien, ajoutant toutefois que « si nous ne sommes pas en mesure de le faire, on va devoir poser des gestes appropriés », en l’occurrence le retrait du signal de TVA Sports ou même d’autres chaînes spécialisées, mais il n’a pas voulu donner d’échéancier à ce sujet.