Péladeau poursuit sa charge contre le CRTC

Pierre Karl Péladeau s’est exprimé devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), mardi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Karl Péladeau s’est exprimé devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), mardi.

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a poursuivi mercredi sa charge contre le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC), attaquant une fois de plus ses commissaires qui déterminent les redevances des chaînes spécialisées, en plus de plaider pour un allégement des règles afin que les acteurs locaux puissent lutter adéquatement contre les Netflix de ce monde.

Devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), M. Péladeau s’est affairé à démontrer l’urgence de la situation pour ses chaînes spécialisées comme TVA Sports et LCN, mais aussi pour l’industrie audiovisuelle au pays.

« Ce qu’on voit, c’est l’émergence de géants gargantuesques, ils ont des moyens financiers absolument invraisemblables, a expliqué M. Péladeau en point de presse après son allocution. Est-ce qu’on va les laisser manger notre lunch en permanence parce que nous sommes assujettis à des obligations et qu’eux ne le sont pas ? C’est une sonnette d’alarme. »

Pierre Karl Péladeau a fait un parallèle entre la situation actuelle de la télévision et celle de la presse écrite au moment du lockout au Journal de Montréal, il y a dix ans. Le fils du fondateur du quotidien a répété qu’il avait dû « prendre ses responsabilités », même si « ça n’a pas été facile », et que des décisions difficiles doivent maintenant être prises par le législateur pour que les diffuseurs survivent à l’arrivée des joueurs étrangers.

Le service de base

Parmi ses doléances au CRTC, le patron de Québecor a souhaité ne plus avoir à offrir le service de base, que cette autorité réglementaire impose aux câblodistributeurs.

« Je le sais qu’il y a plusieurs qui me disent que je ne devrais pas dire ça, mais j’aimerais ça savoir qui regarde [la chaîne parlementaire] CPAC ici ? Tous les soirs, comme ça ? a-t-il lancé aux invités du CORIM en riant. Tout ça charge le système, alors que nos amis de Netflix, eux, n’ont pas de réglementation. Ils ne sont obligés de distribuer rien du tout. Et pour jumeler l’insulte à l’injure, pas de TPS. Pas pire… »

M. Péladeau a également donné l’exemple de MétéoMédia, qui doit être distribuée dans le service de base même si « tout le monde regarde la météo sur son téléphone ».

« Les réalités de la révolution numérique sont telles que ça requiert, excusez-moi l’expression, un wake up call. Et ce wake up call n’a pas eu lieu du côté du CRTC. »

Chaînes spécialisées

En pleine campagne médiatique pour que ses chaînes spécialisées obtiennent de meilleures redevances, Pierre Karl Péladeau n’a pas manqué d’écorcher une fois de plus le CRTC sur le sujet.

« Encore une fois, qui sont ces commissaires qui ne sont pas élus, et qui n’ont pas nécessairement une compétence en télévision, pour déterminer que telle chaîne vaut tel tarif ? Moi, j’ai tendance [à dire], et je vais le répéter à plusieurs reprises : laissez le consommateur décider s’il est prêt à payer tel prix ou tel autre. »

S’il demande à Ottawa de poser des gestes, M. Péladeau ne va pas jusqu’à demander l’abolition du CRTC, dont les contours sont par ailleurs actuellement en révision par un comité fédéral.

« [On] va toujours avoir besoin d’une autorité réglementaire, croit-il. Et je ne connais pas d’organisation qui veut se faire hara-kiri. Maintenant, est-ce que le législateur devrait intervenir pour dire “voici la mission générale de l’autorité réglementaire” ? Est-ce que le législateur va avoir ce courage ? Nous l’espérons. »

Lors de son allocution, le patron de Québecor a aussi critiqué Radio-Canada et Tou.tv Extra, une plateforme payante dite « de contournement » (« over-the-top service » en anglais, ou OTT). Le diffuseur public, selon lui, « voit que les OTT deviennent un phénomène, alors ils [créent] un OTT. En faisant ça, ils sont en train de creuser également la tombe de notre système économique, du financement de nos productions et par conséquent de nos diffuseurs. C’est ça, la réalité des choses ».