Il est temps pour le CRTC d’avoir un «wake-up call», dit Péladeau

Le p.d.-g. de Québecor, Pierre-Karl Péladeau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le p.d.-g. de Québecor, Pierre-Karl Péladeau

Irrité par le partage des redevances des chaînes télé spécialisées et la concurrence déloyale de joueurs étrangers comme Netflix, le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, estime qu’il est temps pour le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’avoir un « wake-up call ».

Dans le cadre d’un discours prononcé mardi devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), il a estimé que cela passait principalement par une déréglementation du cadre actuel alors que la télédistribution traditionnelle est en déclin.

« Si l’on désire maintenir un écosystème fort, il faut sérieusement prendre le pouls de la réalité, et le pouls de la réalité, c’est la déréglementation », a lancé M. Péladeau au cours d’une mêlée de presse.

Au cours de son allocution, l’actionnaire de contrôle du conglomérat québécois a également écorché Radio-Canada, qui, à son avis, ne respecte pas son mandat en venant concurrencer la « télévision privée ».

M. Péladeau a également reproché au diffuseur public de « creuser la tombe » de l’« écosystème économique » du financement des productions avec le volet Extra de sa plateforme numérique Tou.tv., où l’on exige un paiement mensuel.

Devant quelque 450 personnes, M. Péladeau a repris des éléments de l’offensive publicitaire déployée par son entreprise plus tôt ce mois-ci dans le but d’obtenir la « juste valeur » des redevances pour ses chaînes spécialisées.

Selon l’homme d’affaires, les chaînes du Groupe TVA n’obtiennent que 23 % des revenus d’abonnement, alors que 49 % sont octroyés aux propriétés de Bell Média, et ce, même si les parts de marché sont similaires.

« Les chaînes historiques bénéficient de privilèges et de tarifs qui ne sont pas à la hauteur de leurs parts de marché », a estimé M. Péladeau en mêlée de presse.

Il s’est demandé pourquoi les câblodistributeurs comme Vidéotron devaient continuer à offrir un service de base, qui comprend notamment des chaînes qui suscitent peu d’intérêt auprès des téléspectateurs.

« MétéoMedia, c’est dans le forfait de base, a expliqué M. Péladeau après son discours. C’est une très bonne chaîne. Mais personne ne regarde cela à la télévision. Tout le monde consulte son téléphone. Mais nous, on paye encore une redevance à MétéoMedia alors que peu de gens regardent la chaîne. »

Selon le patron de Québecor, la perte d’exploitation des chaînes spécialisées du Groupe TVA, comme TVA Sports, LCN et Yoopa, a été de 6 millions de dollars en 2018.

M. Péladeau a estimé qu’il fallait agir rapidement puisque la télévision traditionnelle continue à céder du terrain à la télévision numérique accessible par l’entremise du Web. Pendant son discours, il a notamment avancé que quelque 61 % des Québécois âgés de moins de 35 ans étaient abonnés à Netflix.

Invité à dire combien de temps il pourrait continuer à tolérer des pertes au sein des chaînes spécialisées de TVA, M. Péladeau n’a pas fourni d’échéancier. Il a toutefois prévenu qu’on ne « peut pas vivre éternellement de pertes d’exploitation ».