Canal Savoir se métamorphose en Savoir média

La journaliste scientifique Marianne Desautels-Marissal anime «Couple de nerds» avec Matthieu Dugal.
Photo: Savoir média La journaliste scientifique Marianne Desautels-Marissal anime «Couple de nerds» avec Matthieu Dugal.

Un gros brassage de cartes s’effectue sur les ondes du Canal Savoir. Désormais appelée Savoir média, la station de télévision à but non lucratif a dépoussiéré ses contenus avec de nouvelles productions beaucoup plus modernes et aussi conçues pour le Web.

« Je considère qu’on rentre vraiment dans la cour des médias », raconte au Devoir la directrice générale de Savoir média, Nadine Dufour.

L’ancienne de Télé-Québec et de Pixcom, arrivée en poste il y a moins d’un an, a embarqué dans le bateau de l’important plan de revitalisation de Canal Savoir, déposé en 2017 et qui prend donc officiellement vie ce lundi. Le financement d’antan, issu d’un consortium d’universités, n’était plus viable, et les résultats à l’écran étaient pour le moins vieillots.

Savoir média profitera donc, pour les trois prochaines années, d’un financement du ministère de l’Éducation, qui permettra à la station d’ancrer ses nouvelles bases.

« Quand on tombait sur Canal Savoir en zappant, c’était souvent un peu beige, admet Nadine Dufour. Et mon modus operandi, si on veut, c’est que ce n’est pas parce qu’on a un contenu fouillé et vérifié que ça doit être plate, ennuyeux et beige. Alors, on a soigné beaucoup plus nos infographies, notre imagerie, nos têtes d’affiche. »

Elle ne jette pas la pierre aux précédentes équipes, soulignant que les ressources étaient devenues si minces qu’il n’était pas possible d’offrir un produit digne de la télévision d’aujourd’hui. « Je ne dis pas qu’on est dans l’opulence, loin de là, mais le budget qu’on a cette année est un peu plus réaliste pour produire de la télévision, parce qu’on sait que ça coûte cher. »

Le Web d’abord

Nadine Dufour insiste tout de même pour souligner que la mission de la chaîne restera la même, soit « transmettre des connaissances et donner le goût au public d’apprendre ». Par contre, « les moyens qu’on va utiliser pour le faire, eux, ont vraiment été transformés. »

Sans minimiser l’antenne télé traditionnelle qui reste en place et qui est disponible sur le forfait de base, Mme Dufour estime que « le virage numérique est la clé du succès de Savoir média, parce que, même si on couvre très large avec notre programmation, ça demeure un contenu de niche. Et personnellement, je crois que les plateformes numériques sont un meilleur média pour rejoindre des niches qu’une antenne télévisuelle ».

Personnellement, je crois que les plateformes numériques sont un meilleur média pour rejoindre des niches qu’une antenne télévisuelle

Les contenus seront donc d’abord pensés et diffusés en ligne, souvent dans des formats courts, parfois plus proches des standards télévisés. La grille télé est ensuite montée en fonction du matériel que la chaîne aura en main.

C’est un gros casse-tête, avoue Nadine Dufour, ajoutant que l’approche numérique mérite cet effort. « On a travaillé beaucoup avec des consultants, on a fouillé, on a fait un sondage, des entrevues personnalisées avec notre public cible, et ce n’est certainement pas un public qui s’installe devant la télé le soir », tranche Mme Dufour.

Animateurs et expertise

Ce public cible, les 30-55 ans, aura accès à des contenus animés par des personnalités connues de leurs milieux respectifs, et pas nécessairement par des gens connus. Parmi eux, notons le couple Marianne Desautels-Marissal et Matthieu Dugal, l’autrice Rébecca Déraspe, l’historien Laurent Turcot et des journalistes comme Marie-Pier Élie, Marc-André Carignan, Noémi Mercier et Ève Beaudin.

« Je ne critique pas les autres diffuseurs qui le font, mais, pour nous, c’était important d’asseoir une crédibilité dans chacune de nos émissions. On ne travaille pas avec des comédiens qui deviennent des animateurs, mais on essaie vraiment d’aller chercher des gens qui ont une expertise spécifique par rapport au contenu qu’ils ont à transmettre. »

Une approche qui plaît à Matthieu Dugal, qui coanimera Couple de nerds. « L’idée, c’est de donner un aspect plus humain à des sujets qui sont autrement souvent considérés à tort comme arides. Et un couple techno-scientifique au Québec, ça ne s’était jamais vu. On veut aussi miser là-dessus. »

Marc-André Carignan, qui a présenté les deux saisons de son émission d’architecture Archi branchés à Canal Savoir, se réjouit de cette image de marque « resserrée » et de l’approche Web d’abord.

« On avait déjà une bonne qualité d’émission, mais il y a eu une volonté de l’amener ailleurs, d’être plus professionnel. On a embauché un nouveau réalisateur, Mathieu Baer, et si le style reste le même, on a changé le montage linéaire pour des entrevues tissées ensemble. Ça donne une impression documentaire et, pour le téléspectateur et l’internaute, ça va couler encore plus. »

Ce grand changement est un vaste et beau défi, souligne Nadine Dufour. « Ce qui me conforte, c’est que tous nos partenaires actuels et potentiels — les universités, les cégeps, les musées… — admettent qu’on a besoin d’un lieu comme celui-là. »