Les créateurs du Journal de Mourréal plaident la liberté d’expression

Janick Murray-Hall et Olivier Legault sont les fondateurs du site satirique Le Journal de Mourréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Janick Murray-Hall et Olivier Legault sont les fondateurs du site satirique Le Journal de Mourréal.

Parodier Le Journal de Montréal sans reprendre sa marque de commerce est une atteinte à la liberté d’expression, estime le cofondateur du site satirique Le Journal de Mourréal, dont le procès s’est ouvert lundi.

« La parodie implique de reprendre des éléments distinctifs. On ne veut pas que les gens pensent qu’on parodie Le Devoir ou La Presse. Nous, on parodie Le Journal de Montréal et on veut être certains que les gens le comprennent », a expliqué Olivier Legault, cofondateur du site, à la suite de son témoignage.

C’est en ce 1er avril que s’est ouvert au palais de justice de Montréal le procès opposant MédiaQMI à Janick Murray-Hall, instigateur du site Internet Journal de Mourréal.

Avec ses titres comme « Il vend son pancréas pour venir en aide à Nathalie Normandeau » ou « Nourrir une famille avec 75 $ par semaine : Couillard révèle son secret », Le Journal de Mourréal attirerait entre 1,5 et 3 millions de visiteurs par mois. Janick Murray-Hall est également le cofondateur de World News Daily Report (WNDR), considéré comme un important site de fausses nouvelles.

MédiaQMI, propriétaire du Journal de Montréal, assure ne pas vouloir faire taire la parodie, mais plutôt faire cesser l’utilisation de sa marque de commerce.

« MédiaQMI n’est pas contre la parodie, il ne veut pas faire taire la satire, et encore moins fermer le site du défendeur. […] Ce dossier concerne la marque de commerce », a fait valoir Me Marek Nitoslawki, qui représente la filiale de Québecor Média.

MédiaQMI reproche au site de nouvelles fictives inspirées de l’actualité de violer la Loi sur les marques de commerce en copiant la présentation graphique de son quotidien montréalais.

« Cette marque notoire a été appropriée [sic] et déformée de façon servile par [M. Murray-Hall] pour lancer son site, où essentiellement seulement deux lettres ont été changées », a souligné Me Nitoslawski.

Selon MédiaQMI, le site parodique alimente la confusion pour tirer profit des revenus du Web. Pour preuve, Me Nitoslawski a fait valoir que, deux jours après que Média QMI a changé la présentation graphique de sa marque Journal de Montréal en 2013, le site satirique a repris le logo avec seulement la substitution des deux lettres.

« Tout ça a été fait dans le but de générer des clics […] parce que lorsqu’on est en ligne, plus on clique sur un site, plus il y a de revenus qui sont générés », a ajouté l’avocat.

Lecteurs confus

La poursuite soutient que le site de parodie peut exister, mais sans copier sa marque de commerce.

« En cette ère de fausses nouvelles, les marques comme celles du Journal de Montréal, de La Presse et du Devoir servent de validation de l’authenticité de l’information qu’on va lire. Les gens finissent par reconnaître les marques, ça les rassure quant à la source des contenus qui leur sont distribués », a expliqué Mathieu Turbide, vice-président contenu numérique chez Québecor Média, qui a témoigné pour la poursuite.

Le cadre a témoigné preuve à l’appui des nombreux courriels reçus de la part de lecteurs convaincus, erronément, que Le Journal de Montréal avait publié de fausses nouvelles.

Plus le site journaldemourreal.com gagnait en popularité, plus la confusion a augmenté, ce qui a eu un impact sur la crédibilité a soutenu M. Turbide devant la juge Micheline Perreault.

« Nous nous battons contre une réputation qui n’est pas méritée. Le Journal de Montréal, c’est le plus important bureau d’enquête au Québec dont les reportages retentissent jusqu’au Parlement. Quand on voit notre marque de commerce ridiculisée, ça a un impact », a-t-il dit.

En contre-interrogatoire, M. Murray-Hall, qui se défend seul, a fait remarquer que MédiaQMI avait attendu près de deux ans et demi avant de poursuivre le site satirique.

« Ce n’est pas un peu long d’attendre 30 mois pour la gravité du préjudice allégué ? », a-t-il questionné. M. Turbide a expliqué que l’entreprise a fait plusieurs démarches avant de prendre la voie judiciaire.

Les fondateurs du Journal de Mourréal ont également indiqué qu’à au moins quatre reprises, Le Journal de Montréal et ses filiales TVA Nouvelles et Agence QMI ont publié des articles factuels évoquant leurs parodies.

En juin 2016, Le Journal de Montréal a notamment publié un photomontage d’un baiser entre le premier ministre Justin Trudeau et le chef du NPD Thomas Mulcair.

Le procès, prévu pour six jours, se poursuit mardi.