À son tour, Facebook veut mettre fin aux messages anti-vaccins

Monika Bickert, responsable de la Global Policy Management chez Facebook
Photo: Chip Somodevilla / Getty Images / Agence France-Presse Monika Bickert, responsable de la Global Policy Management chez Facebook

Facebook emboîte le pas à Pinterest et YouTube et compte à son tour lutter contre les messages de désinformation sur les vaccins, qui circulent en abondance sur sa plateforme.

Le réseau social en a fait l’annonce jeudi par voie de communiqué. Il s’est ainsi engagé à réduire la portée des groupes et des pages qui propagent des informations erronées sur le sujet dans le « fil d’informations » et dans le fil de « recherches » des abonnés. Ils ne seront plus visibles dans les recommandations faites par Facebook ou dans la fenêtre de recherche de la plateforme.

Les publicités anti-vaccins seront également rejetées. « Pour les comptes d’annonces qui continuent de violer nos règles, nous pourrons prendre d’autres mesures, telles que la désactivation du compte », précise Monika Bickert, responsable de la Global Policy Management.

Elle ajoute que le réseau cherche actuellement des façons de faire contrepoids à ces fausses nouvelles en présentant aux abonnés qui tomberaient dessus des informations pédagogiques et justes sur les vaccins. Le mois dernier, Pinterest et YouTube avaient annoncé des mesures similaires.

Sous pression

Il faut dire que les réseaux sociaux sont particulièrement montrés du doigt ces derniers temps, accusés de donner un coup de pouce aux anti-vaccins en laissant leurs fausses nouvelles être partagées librement sur leur plateforme.

Car pendant ce temps, les épidémies de rougeole, par exemple, continuent d’éclater dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Unicef ont d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme en février, déplorant que des informations fausses sur le vaccin qui permet d’éviter d’attraper cette maladie grave et très contagieuse soient autant diffusées dans les pays développés.

« Même si les médias traditionnels diffusent la bonne information, des groupes se forment sur les réseaux sociaux pour les contredire, des blogueurs et des activistes y trouvent une voix pour partager leur opinion anti-vaccin », déplore le titulaire de la chaire de recherche Bell Globemedia sur le journalisme scientifique, Jean-Marc Fleury, qui se réjouit de la décision de Facebook.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec voit aussi d’un bon oeil cette décision, assurant que « moins il y aura d’exposition pour la désinformation, basée trop souvent sur l’ignorance et des préjugés non fondés scientifiquement, mieux ce sera ».

Relations publiques

De son côté, le professeur de communication sociale et publique à l’UQAM Alexandre Coutant se montre plutôt sceptique. Il trouve que cette prise de conscience des géants du Web arrive un peu tard et se questionne sur l’incidence réelle de leurs actions.

« Les fausses informations ne sont pas arrivées avec Facebook, il y aura toujours les discussions autour d’un café les dimanches en famille, où quelqu’un ressortira ses remèdes alternatifs et ses critiques de l’industrie pharmaceutique. »

L’annonce de Facebook n’est qu’une « guerre de relations publiques » avec les autres plateformes. À ses yeux, ajouter un filtre permet au réseau social de ne pas se positionner concrètement sur cet enjeu et de ne pas avoir à engager des personnes capables d’évaluer la qualité de l’information.

« Facebook s’appuie sur l’algorithme, c’est ça le problème, car il est incapable de capter ce qui est vrai ou faux. »

Un avis partagé par Jonathan Roberge, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui s’inquiète surtout de voir Facebook « être capable de jouer sur les grands paramètres ou mesures de la visibilité en ligne ».

« L’autorégulation des plateformes est logiquement et pratiquement risquée. [Mais] si les gouvernements ne veulent pas davantage intervenir, qui alors pourra faire pression sur ceux qui doivent faire pression ? » s’interroge-t-il, lançant la balle du côté des gouvernements.