Reportage erroné sur un chantier près de mosquées: le Conseil de presse blâme sévèrement TVA

Le Groupe TVA s’est excusé publiquement en décembre dernier à la mosquée Baitul-Mukkaram (notre photo) et à l’Organisation islamique Ahl-III-Bait.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le Groupe TVA s’est excusé publiquement en décembre dernier à la mosquée Baitul-Mukkaram (notre photo) et à l’Organisation islamique Ahl-III-Bait.

Dans une décision rendue jeudi, le Conseil de presse du Québec (CPQ) adresse un « blâme sévère » contre un reportage de TVA Nouvelles qui avait affirmé à tort en décembre 2017 que les dirigeants de deux mosquées avaient fait des pressions sur un entrepreneur pour qu’aucune femme ne soit présente sur des chantiers de construction à proximité des lieux de culte le jour de la prière.

Le tribunal d’honneur du monde médiatique, qui a reçu 79 plaintes à ce sujet, arrive à la conclusion que le reportage télé et écrit de la journaliste Marie-Pier Cloutier montre « de graves manquements à la déontologie journalistique […] concernant l’exactitude, la vérification des informations transmises par une source, l’équilibre, l’équité et la correction des erreurs ».

79
Nombre de plaintes reçues par le tribunal d’honneur du monde médiatique

Le reportage diffusé à TVA Nouvelles se retrouvait aussi sous forme d’article sur le site Internet de TVA.

Le CPQ souligne, entre autres constats, que la journaliste aurait dû, dans la version télévisée, donner la version des faits des deux responsables des mosquées.

Dans sa décision, le Conseil justifie aussi sa « sanction de blâme sévère en raison de la gravité des manquements commis, dans un contexte où ce reportage n’a fait qu’exacerber des tensions dans la société et a eu un impact important sur la communauté musulmane, et par le fait que la journaliste et le média ne se soient pas rétractés et excusés rapidement ».

À cet égard, le réseau appartenant à Québecor avait fait ses excuses trois jours après la diffusion, avant de les réitérer publiquement un an plus tard, le 20 décembre 2018, à la suite d’une enquête interne. Or, le CPQ estime que cette mise au point était « trop tardive ».

Après la diffusion du reportage original, la Commission de la construction du Québec avait mené sa propre enquête, et avait conclu qu’« absolument rien n’indique que les dirigeants ou les représentants des mosquées aient demandé des aménagements concernant la présence des femmes au chantier ».

Notons que le CPQ « n’a pas retenu le grief d’entretien de préjugés attisant la haine et le mépris amené par certains plaignants, n’ayant pas constaté de propos discriminatoires de la part de la journaliste ».

Invité à commenter la décision, le Groupe TVA n’avait pas encore contacté Le Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.