Fred Savard, un balado à son image

En général, l’ancien des Zapartistes ne manque pas d’aplomb dans son travail. Mais s’il affiche une certaine assurance en parlant de «La balado de Fred Savard», à naître jeudi, on sent tout de même le Rosemontois sur une corde un peu plus raide que d’habitude.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En général, l’ancien des Zapartistes ne manque pas d’aplomb dans son travail. Mais s’il affiche une certaine assurance en parlant de «La balado de Fred Savard», à naître jeudi, on sent tout de même le Rosemontois sur une corde un peu plus raide que d’habitude.

Le format balado est encore jeune, mais l’humoriste et chroniqueur Fred Savard, en quête d’un rôle d’animateur et d’un projet à son image, a décidé de plonger dans une aventure audio totalement indépendante, où il mènera une revue de l’actualité satirique avec plusieurs collaborateurs.

En général, l’ancien des Zapartistes ne manque pas d’aplomb dans son travail. Mais s’il affiche une certaine assurance en parlant de La balado de Fred Savard, à naître le jeudi 28 février, on sent tout de même le Rosemontois sur une corde un peu plus raide que d’habitude. Quelque chose comme le prix à payer — dans tous les sens du terme — pour avoir les coudées totalement franches.

« Là je me lève le matin et j’ai un petit nœud d’anxiété dans le ventre, parce que ça s’en vient vite. Ma tête me dit : “Criss t’aurais pas dû, c’est trop inconfortable”, mais mes tripes me disent : “Non, t’es rendu là, et on va le créer” ».

Fred Savard terminait ces jours-ci les enregistrements de l’émission Cette année-là, à Télé-Québec, où il est chroniqueur. On l’entend aussi parler de musique à ICI Première chez Rebecca Makonnen, et il a récemment décroché une chronique « culture et société » avec Biz sur les ondes de TVA Sports, à l’émission de Jean-Charles Lajoie. Mais c’est surtout ses récentes années de radio à l’émission La soirée est (encore) jeune qui ont porté Savard auprès du public. Et qui ont fait qu’il était « rendu là ».

« Quand je suis parti de La soirée, c’était pour faire d’autres affaires, je me trouvais un peu prisonnier du concept, et j’avais fait le tour de ce que j’avais à dire. Et je voulais animer, je trouvais que c’était la prochaine étape. »

Il a bien approché Radio-Canada à ce sujet, mais il a senti que la direction de la radio ne souhaitait pas lui confier un micro de cette façon. Tranquillement, l’idée d’un balado s’est donc mise à germer. Avec à la clé une liberté de propos et un contrôle du processus. L’abus d’intermédiaires, très peu pour Savard, comprend-on.

« J’ai même pas eu envie de pitcher le projet à Radio-Canada, je savais que ça prendrait 15 réunions pour comprendre ce que je veux faire, illustre Savard. Et vu que c’est une revue de l’actualité satirique et humoristique, on touche à l’information et aux variétés, et à Radio-Canada ç’aurait été compliqué… Il y a des forces quand on est une grosse boîte, mais je trouvais qu’il y avait un côté radio de brousse avec le podcast qui me plaisait. »

Choc des idées

La balado de Fred Savard, chapeauté par la boîte Transistor, sera enregistré devant public à MaBrasserie, une coopérative brassicole qui peut accueillir un public de tous âges, ce qui était cher aux yeux du gaillard à la voix éclatante. Un noyau de chroniqueurs reviendra à chaque épisode, mais la grande tablée sera à géométrie variable.

Parmi les collaborateurs, on note entre autres la critique de cinéma Hélène Faradji, la chroniqueuse Manal Drissi, le rédacteur en chef du Voir Simon Jodoin, l’humoriste Colin Boudrias et Godefroy Laurendeau, un ami de longue date de Savard et aussi le petit-fils d’André Laurendeau.

« Je ne veux pas que ce soit un balado à gauche, bébête, avec ce petit ton là bien-pensant, lance Fred Savard. Je veux qu’il y ait un choc des idées. Avec de l’humour satirique, oui, mais avant tout je veux que ce soit une revue de l’actualité que je souhaite rigoureuse. »

La production hebdomadaire compte rebondir sur le travail des grands médias, et proposera de se pencher entre autres sur des sujets « plus arides », de dire l’animateur. « Mais l’humour va être le lubrifiant qui va nous mener là. Moi, en tout cas, c’est mon souhait. Et ça ne sera pas “une ligne un punch”, c’est ce que je trouvais plate à La soirée, dès qu’on était dans quelque chose de plus sérieux, il fallait une blague pour détendre l’atmosphère. »

Dépendant de fortune

Le financement du projet, c’est là où le bât blesse. En préférant créer le balado en dehors des grands réseaux — Qub radio a même fait des approches —, Fred Savard savait pertinemment que l’argent serait un enjeu majeur.

Tout de même, une campagne de sociofinancement lui a permis de recueillir quelque 30 000 $, 20 % de plus que son objectif initial. L’argent servira principalement à ce que le produit sonore soit fait de manière professionnelle.

« J’étais prêt à sortir des REER pour ça. Je suis sérieux », lance celui qui a jonglé avec l’idée de prendre une année sabbatique pour monter le projet. Mais c’est donc sur les dons qu’il base son modèle d’affaires, confiant entre autres que le public qui le suivait à La soirée est (encore) jeune consentira à financer le balado.

« Ça s’appelle La balado de Fred Savard, pour le référencement ça va être plus simple, mais ça reste une gang de gars et de filles qui font un balado, avec multiples tons donc multiples publics, et c’est ce qui va nous permettre de fleurir. »

Reste que cette indépendance d’esprit qui double cette dépendance de fortune plaît beaucoup à Fred Savard, qui pourra ainsi ne pas avoir peur de mordre la main qui le nourrit. Il donne l’exemple du film de 1976 Parlez-nous d’amour, de Jean-Claude Lord, qui frappait fort dans le monde du showbiz.

« Aujourd’hui, on ne serait plus capable de faire ça. Moi, si, financièrement, je pouvais m’appuyer sur les donateurs, ben oui je pourrais aller dans cette direction-là bien plus. J’ai 47 ans, je ne croule pas sous les offres radios pour animer, et éventuellement je pourrais foncer. Pas rentrer dedans pour rentrer dedans, mais des fois, je trouve que le milieu est trop petit, trop tourné vers lui-même pour être capable de se critiquer dans une émission d’humour. »

Les coudées franches, n’est-ce pas ?