«L’actualité» ébranlée, mais à l’équilibre

Le magazine «L’actualité» avait reçu 800 000$ de Patrimoine canadien en 2018 en comparaison de 1,2 million en 2017.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le magazine «L’actualité» avait reçu 800 000$ de Patrimoine canadien en 2018 en comparaison de 1,2 million en 2017.

Ébranlé par une baisse du tiers de sa subvention du Fonds canadien des périodiques et par la chute du marché publicitaire, le magazine L’actualité est dans une situation précaire, selon des chiffres tirés de précédents états financiers obtenus par La Presse et dont Le Devoir a confirmé l’essence avec le p.-d.g. de Mishmash Média, Nicolas Marin. Mais celui-ci affirme que « la nouvelle n’est pas une surprise » et que le magazine « est à l’équilibre ».

Nicolas Marin a confirmé au Devoir que le magazine L’actualité avait reçu 800 000 $ de Patrimoine canadien en 2018 en comparaison de 1,2 million en 2017. Des documents destinés aux actionnaires du fonds XPND, qui chapeaute Mishmash, faisaient aussi état d’un déclin de 20 % des ventes publicitaires du magazine.

« Oui, il y a de la pression sur l’entreprise, mais ce n’est pas juste nous, La Presse a des pertes, Vice a fait des coupes récemment, c’est un contexte qui est structurel et il faut être responsables dans la façon avec laquelle on gère nos entreprises, nos coûts, nos revenus, dit M. Marin. Il faut un modèle qu’on est capables de soutenir. »

Cette baisse du tiers de la subvention du Fonds canadien des périodiques « n’est pas une surprise, c’est quelque chose que l’on connaît depuis plusieurs mois », a-t-il précisé. Le p.-d.g. n’a pas voulu illustrer quelle importance cette perte de revenu représentait dans le chiffre d’affaires, mais a souligné que « le coup a déjà été absorbé ».

Nombre d’exemplaires

L’actualité, qui a été fondée en 1976, a été rachetée du groupe Rogers endécembre 2016 par XPND Capital, dont l’actionnaire principal est Alexandre Taillefer. Après son acquisition, la publication, qui comptait alors sur quelque 90 000 abonnés, est passée de 18 à 12 numéros par année.

« Le financement est distribué proportionnellement selon le nombre d’exemplaires admissibles distribués par chaque bénéficiaire », explique Daniel Savoie, porte-parole aux Services de relations avec les médias de Patrimoine canadien. Celui-ci précise que seuls les exemplaires vendus par abonnement ou à l’unité en kiosque sont comptabilisés dans la formule.

Donc, même si chaque édition de L’actualité était plus fournie et donc que le nombre de pages est demeuré le même, c’est cette transition en mensuel qui a causé la perte du tiers de la subvention.

À l’équilibre

Aux dires de Nicolas Marin, la publication « est à l’équilibre, on n’est pas en pertes », et il ajoute que « l’intention, ce n’est pas de fermer L’actualité, au contraire. On a encore un modèle avec une grosse base de lecteurs et d’abonnés. On a retravaillé nos produits publicitaires pour s’assurer d’avoir quelque chose d’intéressant pour nos annonceurs, que ce soit au niveau local avec le Voir, au niveau national avec L’actualité. Notre plan est en place pour contrôler les coûts, pour travailler sur les revenus et s’assurer d’avoir un modèle durable ».

Le rédacteur en chef de L’actualité, Charles Grandmont, précise que le magazine a bel et bien moins de ressources pour remplir sa mission, et que le tout « demande beaucoup de créativité, de flexibilité, d’inventivité pour réussir à y arriver. Il faut faire des choix aussi, c’est certain, il faut être très judicieux dans les projets qu’on entreprend ».

Toujours sur papier

Le contrôle des coûts devra-t-il se faire par des mises à pied ? « Je ne peux pas me prononcer sur ça en ce moment », répond Nicolas Marin. Le p.-d.g. de Mishmash nie aussi que L’actualité cesserait de publier en version papier d’ici la fin de l’année. « Non. C’est moi qui gère l’entreprise et ce n’est pas dans les plans. »

Voir, autre propriété de Mishmash, a annoncé la semaine dernière l’arrêt de son impression papier.

« Mais Voir est un magazine gratuit, alors que L’actualité se vend par abonnement. Ce n’est pas la même équation d’affaires, précise pour sa part Charles Grandmont. Et de ce côté-là, il y a encore une très forte appréciation du magazine imprimé, même s’il y a de plus en plus de gens qui s’abonnent à la version numérique. »

Diversifier les revenus ?

La nouvelle mouture de L’actualité voulait explorer différentes avenues pour améliorer ses revenus, dont l’organisation de conférences ou de voyages à saveur journalistique, une approche que prennent aussi des journaux comme le Globe and Mail et le New York Times.

« On a tiré des enseignements de ces expériences-là, dit le rédacteur en chef, Charles Grandmont. Ça demande quand même des investissements de ressources importantes pour arriver à exécuter ces extensions de marque là. On est en réflexion sur tout ce qui concerne ça. » Certains projets se poursuivent, dit-il, et des annonces devraient être faites en ce sens dans la deuxième moitié de l’année.

L’actionnaire principal de XPND, Alexandre Taillefer, n’a pas voulu commenter les enjeux de L’actualité, expliquant ne pas gérer ses affaires « sur la place publique ».