«Le chihuahua», la bibitte étrange de Mara Tremblay

En 1999, lorsque l’album «Le chihuahua» paraît, Mara Tremblay n’est déjà plus une débutante depuis longtemps sur la scène musicale québécoise.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir En 1999, lorsque l’album «Le chihuahua» paraît, Mara Tremblay n’est déjà plus une débutante depuis longtemps sur la scène musicale québécoise.

L’exigence d’être elle-même. Voilà ce que l’auteure-compositrice-interprète Mara Tremblay avait en tête en écrivant et en enregistrant son premier disque solo, Le chihuahua. Vingt ans après, elle est encore fière de ce disque, qui est relancé ces jours-ci en format vinyle.

« C’était complètement une bibitte étrange, rigole Mara Tremblay dans les bureaux du Devoir, lors d’un tournage de la capsule vidéo “L’histoire d’une chanson” du titre Le bateau. C’est peut-être pour ça que j’ai mis le chien sur la pochette ! »

Le disque, paru chez Audiogram le 11 février 1999, est en effet paré d’une toile représentant un chihuahua sur un fond vert et rouge. C’est Mara Tremblay elle-même qui a peint le tableau. Cette année-là, au Gala de l’ADISQ, l’album remportait trois Félix : album rock alternatif de l’année, réalisateur de l’année (Robin Aubert pour le clip Le teint de Linda) et pochette de l’année.

« Il y avait Kevin Parent qui venait de sortir sa pochette tout en carton [pour Grand parleur, petit faiseur], c’était la première fois qu’on voyait ça, se souvient la musicienne. Mais les gens avaient adopté mon chien. J’étais super touchée de ça ! »

On trouve sur Le chihuahua plusieurs titres classiques de Mara Tremblay, comme Tout nue avec toi, Emmène-moi au lac, Le bateau ou Le spaghetti à papa. Le disque valse entre des pièces à fleur de peau et des titres très rock, cohérents avec le travail subséquent de ses principaux collaborateurs de l’époque : Fred Fortin, François Lalonde, Pierre Bouchard et Olivier Langevin (Galaxie).

 

 

« J’ai l’impression que l’album vieillit super bien, dit Mara. Je suis impressionnée à quel point […] la pureté et le message que je voulais laisser aux gens est complètement fidèle. J’avais trouvé en Olivier Langevin, qui était mon coréalisateur, une exigence qui se mariait à la mienne. Dans le sens d’exiger d’être soi-même, et pas nécessairement d’exiger d’être parfait. Et je pense que dans ma carrière, à partir de là, j’ai suivi cette ligne-là. Ce disque-là est le pied d’ancrage de tout ça. »

Le gros paradis

En 1999, Mara Tremblay n’est déjà plus une débutante depuis longtemps sur la scène musicale québécoise. Elle avait fait partie des Maringouins, des Frères à ch’val, travaillé avec Les Colocs et aussi Nanette Workman. « J’avais du gros fun à être en arrière et à accompagner les gens. […] J’ai jamais voulu être chanteuse, j’ai jamais voulu être en avant », raconte-t-elle.

Mais Patrice Duchesne, fraîchement arrivé chez Audiogram, lui demande si elle est prête pour un disque solo. « Je venais d’accoucher de Victor. J’avais rien à faire, j’ai dit : “OK, prête-moi une console et on va voir ce qui va sortir de moi.” »

Puis est arrivée à la maison une gigaconsole de 32 pistes, et le party a commencé. « Je me suis amusée comme un enfant ! C’était le gros paradis. J’ai composé une trentaine de tounes et Michel Bélanger [le patron d’Audiogram] a écouté ça et a dit : “J’en veux d’autres.” J’en ai fait d’autres. Et ça a donné le chien. »

Ce premier disque, Mara Tremblay en entend encore beaucoup parler. Plusieurs amateurs lui confient que Le chihuahua leur a permis de passer à travers des épreuves difficiles. « Je suis vraiment reconnaissante d’avoir fait cet album-là et qu’il ait pu aider des gens. C’est quelque chose pareil ! »

Le 6 février, la chanteuse mènera par ailleurs un concert spécial à L’Esco, à Montréal, autour du Chihuahua. Avec elle sur scène se trouveront plusieurs musiciens dans la jeune vingtaine, dont les deux enfants de Mara, Victor Tremblay-Desrosiers et Édouard Tremblay-Grenier.