Vice Media supprime 10% de ses postes

Les compressions prennent effet vendredi.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les compressions prennent effet vendredi.

Les employés du groupe Vice Media subiront un autre coup dur, ont dévoilé des médias américains vendredi matin. L’entreprise médiatique a annoncé qu’elle prévoyait de réduire de 10 % ses effectifs dans l’ensemble de l'entreprise, ce qui représente environ 250 postes. Les effets au Canada et au Québec restent pour l’instant incertains.

La p.-d.g de Vice Media, Nancy Dubuc, a dévoilé sa stratégie aux employés dans une note interne dont Le Devoir a obtenu copie. « Ayant finalisé le budget de 2019, notre attention va se déplacer vers l’exécution de nos objectifs, écrit Mme Dubuc en anglais dans le texte. Nous allons porter Vice au meilleur de lui-même et cimenter sa place pour l’avenir. »

Les compressions prennent effet vendredi, a-t-elle ajouté, se désolant de devoir dire au revoir à certains « collègues ». La réorganisation débutera aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Mexique, poursuit Mme Dubuc, précisant que le plan de redressement s’appliquera ailleurs dans les prochaines semaines, selon les politiques réglementaires de chaque pays.

Chez Vice Canada, la relationniste responsable Britt Aharoni n’a pas voulu faire de commentaires, dirigeant Le Devoir vers l’article du Hollywood Reporter, qui a diffusé la nouvelle en premier.

Du côté de Vice Québec, la responsable des communications Fériel Rahli ne pouvait pas en dire davantage. Le volet québécois du géant alternatif compte en ce moment une trentaine d’employés, mais a récemment perdu deux d’entre eux, dont une journaliste, mais surtout le rédacteur en chef Philippe Gohier, qui travaille désormais chez Apple. Mme Rahli n’était pas en mesure de dire si les postes seraient pourvus.

La réorganisation chez Vice Media touchera tous les départements. Au cœur de ces changements, que la p.-d.g. dit « ne pas prendre à la légère », se trouve le désir de « centraliser plusieurs rôles » et « d’éliminer les redondances » (overlap). Plutôt que de gérer ses activités par pays, donc, Vice veut « créer une nouvelle structure opératoire autour de grandes lignes d’affaires », dont les studios, les informations et le numérique.

Protections

Dans un communiqué aux employés syndiqués de Vice Canada, la Guilde canadienne des médias a rappelé que « la convention collective négociée entre notre syndicat et Vice Canada comprend des protections pour les membres du syndicat faisant face à des mises à pied involontaires, et prévoit des dispositions permettant aux membres d’indiquer s’ils s’intéressent à une mise à pied volontaire ».

Le syndicat a souligné que « les employés permanents qui sont mis à pied recevront une indemnité de licenciement, et auront des droits liés à la supplantation et au rappel. »

En juillet dernier, Vice avait déjà éliminé 2 % de ses effectifs, soit environ soixante postes. Plus tôt en janvier 2018, Rogers avait aussi rompu ses liens avec Vice Canada, ce qui avait mené à la perte de vingt-trois emplois au pays, dont trois au Québec.

Turbulences

Les plus récentes coupes chez Vice Media ont lieu peu après l’annonce de licenciements au sein de deux autres figures de proue de l’information en ligne : les sites BuzzFeed News, qui prévoit de se séparer de 300 employés au total, et HuffPost, qui a congédié 10 % de sa rédaction, soit 20 personnes.

Vice a longtemps été l’une des étoiles montantes des médias numériques, avec des antennes dans des dizaines de pays et une croissance très rapide.

Son cofondateur et emblématique patron Shane Smith a abandonné au printemps la direction générale de la plateforme au profit de Nancy Dubuc, chargée de stabiliser le groupe.

Vice était, lors de son lancement à Montréal en 1994, un magazine de contre-culture qui est peu à peu devenu une société d’édition valorisée à plusieurs milliards de dollars.

Mais le groupe a connu des turbulences ces derniers mois, sa chaîne Viceland, lancée en 2016, ne rassemblant que très peu de téléspectateurs. C’est elle qui aurait fait manquer à Vice Media ses objectifs de chiffre d’affaires pour 2017, annoncé à 805 millions de dollars, mais inférieur, finalement, de plus de 100 millions, selon plusieurs médias américains.


Avec l'Agence France-Presse