Des concessions d’un million à «La Presse»

Les quelque 195 membres du syndicat de travailleurs de l'information ne connaîtront pas de baisse de salaires, mais vivront un quasi-gel jusqu’en 2021.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les quelque 195 membres du syndicat de travailleurs de l'information ne connaîtront pas de baisse de salaires, mais vivront un quasi-gel jusqu’en 2021.

L’entente de principe entre la direction de La Presse et le syndicat des journalistes, qui a été ratifiée mercredi à 94,7 %, représente des concessions « récurrentes annuellement » d’une valeur d’un million de dollars dans les conditions de travail des employés de la rédaction.

« C’est quelque chose de majeur, a dit au Devoir la présidente du Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (STIP), Laura-Julie Perreault. À la table de négociation, les patrons nous ont dit : on a besoin d’un million. Mais on pense qu’on est arrivés avec une solution qui a surpris l’employeur, sur les régimes de retraite. »

Les quelque 195 membres du STIP ne connaîtront pas de baisse de salaires, mais vivront un quasi-gel jusqu’en 2021. La convention échue depuis trois ans offrira une augmentation de 1 % seulement pour l’année 2020.

Le syndicat a plutôt proposé à l’employeur de modifier le régime de retraite de ses membres, proposant un système à « prestations cibles ». En ce moment, les employés engagés avant 2009, soit environ la moitié de la salle selon le STIP, profitent d’un avantageux régime à prestations déterminées. Les autres ont droit à un régime à cotisations déterminées. Pour trouver le million demandé par la direction, le STIP a proposé un système que l’on pourrait qualifier d’hybride, soit un régime à prestations cibles.

« Nous, comme syndicat, ça nous permet à la fois de permettre à la compagnie de faire des économies, de prendre moins de risques financiers, et aussi de supprimer l’iniquité entre nos membres, ce qui ne nous plaisait pas du tout, explique Laura-Julie Perreault. C’est un nouveau système de retraite qui, oui, est peut-être moins avantageux pour la moitié des membres, mais beaucoup plus avantageux pour l’autre moitié. Une fois que ç’a été expliqué, les gens se sont vraiment vite ralliés. »

Si le STIP avait accepté de diminuer la masse salariale d’un million, « on perdait environ 5 % de nos salaires », souligne Mme Perreault.

La direction de La Presse n’était toujours pas en mesure de commenter la nouvelle convention collective jeudi soir.

Nouveau régime indisponible

Mais le régime de retraite à prestations cibles n’est pas encore légalement disponible pour La Presse, admet le STIP. Quatre provinces canadiennes l’offrent déjà, selon le syndicat, mais il ajoute qu’« au Québec, en ce moment, ça existe par une loi spéciale juste pour les papeteries. Mais c’est un régime qui est à l’étude ». L’entente à La Presse stipule que les deux parties vont « travailler très fort » auprès des autorités pour que l’entreprise puisse adopter ce régime.

Et en attendant ? « On passe en transition à un régime à cotisations déterminées », dit Mme Perreault.

Ces démarches ne touchent pas les employés déjà retraités de La Presse, car lors de la transformation de l’entreprise en OBNL, Power Corporation a accepté d’assumer l’ancien régime de retraite.

« Nous, on considère que c’est une convention collective de transition, souligne Laura-Julie Perreault. Maintenant que La Presse est passée d’une entreprise qui appartenait à un grand groupe à une entreprise qui appartient à une fiducie et qui est à but non lucratif, c’est sûr qu’on voit ça comme une convention collective qui va permettre à La Presse de se rétablir. On demande des dons, on a une nouvelle fondation, il y a la question des subventions… On se dit qu’en 2021 on va être en meilleure posture pour négocier quelque chose de nouveau. »

Des chiffres

La nouvelle convention collective des journalistes de La Presse permettra au syndicat d’obtenir les résultats de l’entreprise une fois par année, a précisé le STIP au Devoir.

« C’est quelque chose qu’on demande depuis longtemps et qu’on a obtenu, dit la présidente du syndicat, Laura-Julie Perreault. Cette transparence financière, ça aide quand on a des choix difficiles à faire. Et donc, de savoir qu’on va pouvoir suivre d’une année à l’autre l’évolution de l’entreprise, on trouvait ça important. »

Seules quelques personnes au sein du syndicat auront accès aux colonnes de chiffres complètes, mais les membres se réjouissent qu’une partie de l’information non confidentielle de La Presse leur sera fournie.