Quatre-vingts journalistes tués en 2018, selon Reporters sans frontières

Le journaliste slovaque Jan Kuciak a été assassiné chez lui, en février.
Photo: Vladimir Simicek Agence France-Presse Le journaliste slovaque Jan Kuciak a été assassiné chez lui, en février.

Après trois années de détente, l’organisme Reporters sans frontières (RSF) estime maintenant que « tous les voyants sont au rouge ». En 2018, le bilan annuel de RSF révèle que 80 journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, soit une progression de 7 % par rapport à l’année précédente. Pendant ce temps, 348 travailleurs de l’information sont actuellement en détention, alors que 60 sont otages.

« Les violences contre les journalistes atteignent un niveau inédit cette année ; tous les voyants sont au rouge, a déclaré dans un communiqué Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. La haine contre les journalistes proférée, voire revendiquée par des leaders politiques ou religieux, ou par des hommes d’affaires sans scrupules a des conséquences dramatiques sur le terrain et se traduit par une hausse inquiétante des violations à l’égard des journalistes. »

Des 80 reporters tués en 2018, 63 étaient des professionnels, alors que 13 étaient des non professionnels et quatre des collaborateurs des médias. Du lot total, 61 % ont été « assassinés ou sciemment visés », dit le bilan de RSF, qui souligne que le cas très médiatisé de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi ou même celui du jeune journaliste de données slovaque Jan Kuciak « ont mis en lumière la détermination sans limites des ennemis de la liberté de la presse ».

RSF explique en partie la hausse des crimes par le nombre d’attentats contre la profession en Afghanistan. Pas moins de 15 journalistes et collaborateurs des médias y ont perdu la vie dans des attaques. L’Inde, la Syrie et le Mexique sont aussi dans les hautes sphères de ce palmarès peu enviable. Ce dernier État, souligne RSF, est le pays en paix le plus meurtrier pour les journalistes, avec neuf d’entre eux assassinés en 2018.

Le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, s’inquiète de ces agissements envers les représentants des médias et estime que les violations sont « démultipliées par les réseaux sociaux, qui portent à cet égard une lourde responsabilité », ajoutant que « ces sentiments haineux légitiment ces violences et affaiblissent, un peu plus chaque jour, le journalisme et, avec lui, la démocratie ».

Le bilan de RSF montre aussi que le nombre de journalistes détenus en 2018, soit 348, est en hausse par rapport à 2017, où ils étaient 326. La Chine « reste la plus grande prison du monde », dit l’organisme, alors que 60 journalistes y sont détenus.

Pas moins de 60 journalistes sont par ailleurs actuellement en otage dans le monde ; 59 de ces cas sont l’affaire de trois pays du Moyen-Orient, soit la Syrie, le Yémen et l’Irak.

En chiffres

61 % : La proportion des journalistes tués qui ont été assassinés ou sciemment visés.

75 : Le nombre de journalistes parmi les 80  tués qui l’ont été dans leur pays d’origine.

6 : Le nombre de journalistes tués aux États-Unis en 2018, dont 4 lors de la fusillade à la rédaction du Capital Gazette, au Maryland.

3 : Le nombre de journalistes portés disparus en 2018. Il s’agit du Mexicain Agustín Silva Vázquez, de l’Haïtien Vladjimir Legagneur et du Russe Leonid Makhinia.

702 : Le nombre de journalistes tués dans le monde en dix ans, selon RSF.