CIBL entre espoirs et difficultés

CIBL s’est donné comme objectif de générer au moins 300 000$ de revenus d’ici la fin de 2019.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir CIBL s’est donné comme objectif de générer au moins 300 000$ de revenus d’ici la fin de 2019.

Les sentiments étaient mélangés lundi lors de la dernière assemblée générale de la radio montréalaise communautaire CIBL. Presque un an après la mise à pied de tous les employés de la station en raison d’une crise financière, une impression de confiance a remplacé la colère et la méfiance. Sauf que le 101,5 FM est loin d’être sorti du pétrin, précise sa présidente, Jeanne Doré.

« Moi, je suis un peu mathématique là-dedans, estime celle qui dirige depuis 25 ans l’entreprise d’insertion pour les jeunes en difficulté Le boulot vers. S’il y a cinq ans de mauvaise posture, il y a cinq ans de redressement. C’est comme une loi de la physique humaine, disons […] C’est peut-être trois ans, mais je ne veux pas que les gens s’imaginent que ça va se régler et qu’on peut tout de suite prendre des initiatives. »

La station communautaire tenait lundi soir au Monument-National son assemblée générale 2018, quelques mois après un précédent rassemblement en mars qui s’était avéré houleux. Cette fois-ci, estime Mme Dorée, les choses se sont déroulées dans un tout autre esprit.

« Il y a un écart majeur entre mars et maintenant, je pense que le mot qui est ressorti est “confiance”. Confiance en l’avenir. Parce qu’il y a un avenir pour CIBL, c’est ce qui se dégage. » Et confiance entre les membres, les auditeurs et la structure de direction, ajoute celle qui est entrée en poste en avril, mais qui s’était déjà impliquée dans la station il y a plusieurs années.

Ancien employé de CIBL, Julien Poirier-Malo était présent à l’AG de lundi, malgré le fait qu’une certaine amertume persiste en lui après sa mise à pied de janvier dernier. Son regard va dans le sens de celui de la présidente du conseil d’administration. « Ce qui est le plus réjouissant, c’est que l’époque des affrontements et de la suspicion, c’est vraiment derrière nous. Là, on a senti que tout le monde était dans le même bateau, pour vrai. Que la crise est derrière nous et qu’on rebâtit. »

Au début de la crise, la station avait mis en place un comité de relance, qui a cédé depuis le contrôle au conseil d’administration actuel. La tâche reste importante.

« Il n’y a pas de semaine, entre avril et la fin du mois d’août, où je n’ai pas été interpellée dix, douze, vingt heures, sur toutes sortes de questions », raconte en riant Jeanne Doré.

C’est en partie parce que la station a repris possession des ondes dès juin. En ce moment, 48 émissions sont dans la grille, dit la présidente, et ce, malgré l’absence d’employés. À titre comparatif, 77 émissions étaient diffusées avant la crise, avec une vingtaine de personnes en place dans l’organisation.

Des dossiers avaient aussi été laissés en plan, comme le renouvellement de la licence de la station au CRTC ou celui de la renégociation avec la Régie des installations olympiques du loyer de l’antenne, installée sur le toit du Stade.

Objectif ambitieux

La confiance n’est pas anodine dans la reconstruction financière de la station, précise Jeanne Doré, expliquant que devant de futurs donateurs, les premières questions tournent inévitablement autour l’état des lieux et de la survie de la station.

« Ça part mal une discussion sur un partenariat ! Alors, il faut vraiment prendre le temps [d’expliquer la situation]. Et s’il y a quinze, vingt partenaires potentiels, il faut le prendre avec chacun d’entre eux aussi. »

CIBL s’est donné comme objectif de générer au moins 300 000 $ de revenus d’ici la fin de 2019. À ce jour, si toutes les discussions menées par la direction s’avéraient, il y aurait quelque 200 000 $ qui pourraient entrer dans les coffres de la station.

« C’est tough, c’est long, et on aimerait que ça aille plus vite, mais c’est ça pareil, raconte Julien Poirier-Malo. C’est sûr qu’il y a une part de déception de voir que le montage financier semble difficile et qu’on n’est pas du tout dans les profits, mais il n’y a pas de surprises, je m’attendais à ça. »

Quant aux réembauches, Jeanne Dorée espère pouvoir en effectuer une pour les trois premiers trimestres de 2019, si les rentrées d’argent le permettent.

« Ça prend des capitaines, mais on va devoir compter sur l’énergie de plein de matelots bénévoles dans ce bateau-là, c’est sûr. Ce n’est pas fini. »