Le Conseil de presse du Québec ne veut pas être du comité fédéral

Le nouveau comité d’experts indépendants promis par Ottawa doit déterminer ce qu’est le journalisme professionnel.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Le nouveau comité d’experts indépendants promis par Ottawa doit déterminer ce qu’est le journalisme professionnel.

Le Conseil de presse du Québec (CPQ) a refusé mardi l’invitation faite en octobre par Ottawa de faire partie d’un comité qui allait déterminer quelles entreprises médiatiques pourraient recevoir des dons de philanthropie déductibles d’impôts. Le CPQ a ajouté qu’il refuserait aussi d’être du futur comité indépendant promis par le fédéral afin de définir, entre autres choses, ce qu’est le journalisme professionnel.

« On a réfléchi très sérieusement à cette invitation [du mois d’octobre] et on a décidé de la décliner, a expliqué au Devoir la secrétaire générale du CPQ, Caroline Locher. La raison est tout simplement que les membres [du c.a.] ont estimé que ce n’était pas dans notre mandat, qu’il ne revenait pas au CPQ de participer à ce comité restreint. »

C’est le ministère des Finances ainsi que Patrimoine canadien qui en octobre ont approché le Conseil pour le premier comité sur la philanthropie. Le communiqué du CPQ souligne que son pendant canadien, le Conseil national des médias du Canada, avait aussi reçu une invitation.

« C’était purement une invitation pour donner des conseils, c’est pas mal là où on en est encore, a répondu au Devoir le directeur des communications de l’organisme, Brent Jolly. Le gouvernement va décider ce qu’il va décider. […] Maintenant, on est tous un peu dans le noir à ce sujet-là, sur comment les choses vont fonctionner. »

Pas du futur comité indépendant

Le CPQ a aussi expliqué mardi qu’il ne voulait pas être du futur comité d’experts indépendants promis le 21 novembre par Ottawa lors de l’annonce de l’aide aux médias, d’une hauteur de 595 millions sur cinq ans.

Ce groupe, encore à former, doit déterminer ce qu’est le journalisme professionnel et quels seront les critères d’admissibilité des nouvelles mesures fiscales — dont un crédit d’impôt sur la masse salariale liée à la production de contenu. Une autre mesure touchait les frais d’abonnement à des médias numériques.

Le comité va « protéger l’indépendance journalistique, a assuré mardi Simon Ross, attaché de presse au cabinet du ministre du Patrimoine canadien. Les journaux traversent une crise. Ils emploient des dizaines de milliers de Canadiens, mais deux fois moins qu’en 2010, alors nous agissons ».

Le conseil d’administration du CPQ a estimé mardi « qu’il ne revenait pas au Conseil de presse de participer à un comité qui établirait de tels critères d’admissibilité ». Mme Locher a précisé au Devoir que la décision du CPQ n’est pas basée sur des questions de ressources ou de possibilités logistiques.

Le CPQ préfère en fait pouvoir intervenir publiquement dans ce dossier « au caractère historique », par exemple « lors de consultations plus larges sur les enjeux de déontologie, du droit du public à l’information et de la liberté de presse, trois enjeux qui sont dans notre mandat ».

Pas encore d’invitations

Une source au gouvernement a expliqué au Devoir que le fédéral n’avait pour le moment envoyé aucune invitation pour participer à ce comité. Ottawa, dit-on, va travailler avec plusieurs organisations qui représentent « l’ensemble des journalistes canadiens, qu’ils travaillent pour des quotidiens, des radios, des médias communautaires ou d’autres médias ».

Le CPQ est un tribunal d’honneur qui reçoit les plaintes du public à l’égard des médias québécois et rend des décisions relativement à la déontologie journalistique.

Il est financé à 60 % par les entreprises de presse membres. L’organisation s’est retrouvée au coeur de débats au cours des dernières années, notamment avec La Presse, Radio-Canada et Québecor. Cette dernière entreprise n’est plus membre du CPQ depuis 2010.