Crise des médias: la ministre de la Culture annonce une commission parlementaire

Plus du quart des journaux ont fermé leurs portes en huit ans au Québec, selon la ministre Nathalie Côté.
Photo: iStock Plus du quart des journaux ont fermé leurs portes en huit ans au Québec, selon la ministre Nathalie Côté.

La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy, a annoncé vendredi la tenue d’une commission parlementaire sur l’avenir de l’information au Québec.

La ministre dit vouloir avoir un portrait global de la crise qui secoue le monde de l’information afin de pouvoir prendre des mesures adéquates pour y remédier.

« Nous voulons avoir une vision d’ensemble de la réalité des médias et des situations possibles pour pouvoir répondre convenablement aux transformations qu’ils vivent », a-t-elle dit.

Pour l’instant, elle n’a pas l’intention de modifier les mesures mises en place par le gouvernement précédent, dont le crédit d’impôt alloué pour le développement des plateformes numériques. Elle estime cependant que ces mesures sont « fragmentaires » et qu’elles n’abordent pas la crise des médias dans son ensemble.

« Les quelques solutions qui ont été mises sur la table par l’autre gouvernement, c’est fragmentaire, c’est fragmenté. Et, de toute évidence, c’est insuffisant pour la réelle crise que vivent les médias actuellement, cette mutation, cette transformation. Il faut mettre le doigt sur le bobo, il faut ne pas avoir peur de dire les vraies choses et trouver des solutions », a-t-elle dit lors d’un point de presse à Québec.

La ministre a également fait valoir l’importance de soutenir une information de qualité et a mentionné la présence cruciale de médias régionaux.

À ce chapitre, elle signale d’ailleurs que, depuis 2010, le nombre de médias locaux et régionaux a chuté de 28 %.

« On est passé de 200 journaux à 143 en huit ans », a dit la ministre, qui a elle-même travaillé à Télévision Quatre-Saisons à une époque où celle-ci avait des antennes dans différentes régions du Québec. Selon un document interne du ministère, les revenus des éditeurs de journaux ont aussi chuté de 38 % entre 2008 et 2016.

La ministre a fait valoir que le droit des citoyens à l’information est inscrit dans l’article 44 de la Charte québécoise des droits et libertés. « Ce droit à l’information est essentiel à la démocratie », a-t-elle dit.

Or, les médias d’information du Québec, comme tous les autres médias du monde, font face à une transformation majeure avec la venue de la technologie numérique, qui a notamment causé l’exode des revenus publicitaires vers des géants de l’Internet comme Google et Facebook.

La ministre Roy n’a d’ailleurs pas écarté la possibilité de légiférer pour exiger que ces gros joueurs que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Twitter, par exemple, soient tenus de payer des impôts ou des redevances dans les endroits où ils tirent profit des populations. Elle a donné comme exemple les pays européens, qui ont mis en place des mesures à cet effet. « Le fait que des compagnies fassent des fortunes en revenus publicitaires sans payer d’impôts, ça me dérange », a-t-elle dit.

Mais le gouvernement caquiste veut travailler en collaboration avec le milieu. Le but de cette commission parlementaire, dont le mandat d’initiation sera présenté dès la semaine prochaine, est donc de recueillir différents avis et différentes suggestions sur le sujet.

« Je veux qu’elles [les suggestions] me viennent du milieu, et on poussera pour qu’elles soient mises en application », a-t-elle dit.

La ministre a reconnu que la crise des médias traîne déjà depuis un bon moment au Québec. Et elle a insisté pour dire que cette commission parlementaire ne traînerait pas en longueur. Elle veut aussi que cette commission soit non partisane et implique les différents partis représentés à l’Assemblée nationale.

« Les gens du milieu vont nous dire les pistes de solutions qu’il faut emprunter », dit-elle.

La ministre a par ailleurs mentionné le fait que les ministères sont tenus d’investir de la publicité dans les médias québécois, ce qui ne se fait pas automatiquement.

Avec Dave Noël