Un projet pour surveiller et analyser la désinformation en ligne

Sur cette photo, un employé de Facebook garde un œil sur le contenu politique publié sur la plateforme géante.
Photo: Jeff Chiu Associated Press Sur cette photo, un employé de Facebook garde un œil sur le contenu politique publié sur la plateforme géante.

« Le monde devient encore plus compliqué pour les médias et la vérité ! » lance au Devoir Ed Greenspon, le président et directeur général du Forum des politiques publiques (FPP). C’est en quelque sorte la prémisse du Digital Democracy Project, la nouvelle initiative qu’il lance avec l’École de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill.

Le FPP, auquel on doit l’important rapport Le miroir éclaté sur l’état des médias au pays, mènera ce projet qui va courir sur plusieurs années. L’objectif est d’une part de faire une veille en temps réel sur la désinformation qui court en ligne, puis d’analyser les données et de proposer des façons de faire pour que les institutions publiques puissent agir effacement contre ce mal.

« Au Canada, résume M. Greenspon, on a peu de connaissances sur ce qui se passe vraiment dans l’écosystème médiatique et ce qui y est publié par ceux qui tentent de diviser et désorienter les Canadiens pour que se répandent leurs propres visions idéologiques, commerciales et géopolitiques. »

Au Canada, on a peu de connais­sances sur ce qui se passe vraiment dans l’éco­système médiatique  

Seuls quelques cas au pays ont permis de saisir les dangers des zones d’ombre du Web. M. Greenspon donne l’exemple de l’auteur de la tuerie à la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, qui « a passé beaucoup de temps en ligne à nourrir son anxiété sur des sites de tueries de masse », ou du conducteur qui a happé des femmes à Toronto. « Il y a dix ans, il aurait été un individu isolé, mais là, il a trouvé un clan. »

Propagation

Pour le Digital Democracy Project, M. Greenspon travaillera avec le professeur Taylor Owen, de McGill. Déjà, en août, les deux avaient travaillé sur une étude sur le même sujet que ce projet de veille en ligne. Le FPP et l’École de politiques publiques Max Bell fourniront des équipes, mais d’autres spécialistes devront être engagés.

M. Greenspon veut mener une veille sur ce qui est publié en ligne, par qui, et comment cela se propage.

Il donne l’exemple d’une fausse information liant la caravane des migrants au milliardaire George Soros. La fausseté, qui émanait d’une seule personne, a fini par rejoindre 125 millions de personnes en quelques jours. « Et plus tard, une série de bombes à tuyau ont été découvertes, dont la première était destinée à M. Soros. Il y a plein d’hystérie dans ces sphères-là et le Canada a besoin d’un centre de recherche. »

L’élection fédérale

Le Digital Democracy Project vise trois piliers dans ces futures recommandations : les entreprises médiatiques, les chercheurs universitaires et ceux qui écrivent les politiques publiques.

Le premier jalon dans le parcours de l’équipe du projet : l’élection fédérale d’octobre 2019. M. Greenspon ne croit pas que ce délai soit trop rapproché pour son initiative. « Il y avait déjà des mesures proposées dans notre dernier rapport, des enjeux de transparence, particulièrement. Il faut par exemple des archives en temps réel des publicités, des acheteurs des publicités, et du public cible des annonceurs. »

Chose certaine, le patron du FPP estime que le statu quo n’est pas une option, et qu’il faudra que collectivement les Canadiens se demandent « quoi faire de ceux qui propagent volontairement des faussetés pour piéger les gens ». « Il y a des pays qui ont adopté des lois. C’est un enjeu très délicat, parce qu’on ne peut pas contrevenir à la liberté d’expression. Ça doit être une conversation. »