Paris est une fête pour le balado

Ce nouveau festival va permettre au public de découvrir de nouveaux «podcasts».
Photo: Siddharth Bhogra Unsplash Ce nouveau festival va permettre au public de découvrir de nouveaux «podcasts».

Dire que Paris s’éveille au format balado relève de l’euphémisme. En fait, la France a développé au fil des dernières années une petite industrie de la baladodiffusion, qui s’organise de plus en plus et qui, lors d’un tout premier festival, du 19 au 21 octobre, cherchera à tisser des liens entre producteurs, mais aussi avec le public.

Le festival, qui s’installera dans la salle parisienne La Gaîté Lyrique, où brillent les arts numériques, enchaînera ainsi des classes de maîtres, des ateliers, des écoutes collectives et des enregistrements devant public de balados en tout genre. Un volet concours est aussi en place, où deux productions québécoises, produites par Magnéto et Ricochet, sont en lice.

Le Devoir s’est entretenu avec Marie Barraco, une travailleuse de l’audiovisuel français qui a organisé le Paris podcast festival avec Thibaut de Saint-Maurice et Pierre Sérisier.

Un festival de balado manquait-il dans le paysage français ?

Le secteur du podcast, au moment où on se parle, est en pleine effervescence. J’ai embarqué dans le projet de festival il y a un an environ et, déjà, on a vu le domaine évoluer de manière très rapide. Il y a cette envie de créer une aventure collective, clairement. Et cet événement va accompagner le secteur, sa structuration, et donner l’occasion de parler des modèles économiques en plus de permettre au public de découvrir de nouveaux podcasts et de permettre des rencontres avec les créateurs.

Financièrement, les choses vont-elles bien pour les créateurs audio en France ?

La recherche de modèles économiques ou le financement du podcast, par exemple, demeurent des sujets brûlants. On a en ce moment en France des plateformes qui sont en train de se monter avec des concepts d’abonnement, un peu sous la forme de Netflix. C’est intéressant, parce que jusque-là, c’était plus un financement par des marques ou de l’autoproduction. On voit que certains schémas sont en train de se mettre en place.

Pourtant, les gens sont habitués à télécharger gratuitement les balados qu’ils écoutent, non ?

Je pense que les auditeurs sont prêts à payer si on leur offre quelque chose de qualité. Quelle que soit la manière dont ils payent, parce qu’au fond, s’il y a de la publicité, c’est une façon indirecte de payer. Et puis ça ne peut que stimuler le secteur et tirer la qualité vers le haut. Comme dans l’audiovisuel, le pay per view ne fonctionne que quand il y a une qualité en matière éditoriale et de production vidéo.

Au Québec, la production et la diffusion des balados restent l’affaire de quelques individus, de petites maisons indépendantes ou de gros médias comme Radio-Canada et maintenant Québecor. À quel point le marché est-il organisé en France ?

Le secteur se développe énormément, mais il y a déjà des structures professionnelles de production qui existent depuis un moment, comme Binge Audio, Louie Média ou Nouvelles écoutes, qui sont déjà bien implantées. En fait, si on était trop en amont, il n’y aurait pas de quoi faire un festival. Et puis, chez nous, c’est déjà dans les habitudes d’écoute. D’ailleurs, la plupart des médias, la presse écrite et celle en ligne lancent du podcast. Ça prouve bien qu’il y a un audimat et des gens qui sont prêts à écouter. Il y a des podcasts qui sont extrêmement suivis.

N’est-ce pas un peu paradoxal, alors qu’on est en plein dans l’ère de l’image, de la vidéo virale sur Facebook, du mème, du gif animé et des séries qu’on écoute en rafale ?

Non, je crois que ça vient justement d’une certaine saturation de l’image. Ça va de pair. Plus il y a d’images, plus on a besoin de se recentrer sur un autre sens, qui est l’ouïe. On devait écouter certaines fictions qu’on a programmées dans le festival, et c’est arrivé souvent qu’on oubliait qu’il n’y avait pas d’image parce qu’on était immergé dans l’ambiance. Ça fait du bien.

Et il y a nos téléphones aussi…

Ah, bien sûr, clairement. Et le podcast s’est habitué à nos changements, à nos évolutions de vie. C’est-à-dire qu’aujourd’hui on peut aller faire son jogging, mettre un casque et écouter un podcast pendant qu’on court. On peut le faire en faisant à manger. Et c’est lié à ces objets connectés qui nous suivent en permanence.

Existe-t-il une signature française en baladodiffusion ?

Cela fait partie de la culture d’un pays, et la production reflète cette identité. Nous, on l’a vu dans la compétition francophone par exemple. Quand on regarde des séries qui viennent du Québec, de Belgique ou d’Afrique francophone, on se rend bien compte qu’elles amènent avec elles leur lot de culture et qu’elles ont des significations particulières.

Certaines histoires ou certaines idées sont-elles mieux servies par le format balado ?

Tout peut se faire, je vous dis. Cela va de la conversation individuelle amicale dans son salon — et c’est l’avantage du podcast parce que c’est réalisable sans trop de moyens — à la production de fiction qui demande qualité, écriture, scénario, interprétation, montage son, effets spéciaux, etc. Il y a une diversité de ce qu’on peut écouter qui est très grande, et cela confirme du coup autant de variété de créateurs.

Une deuxième édition pour le festival québécois Résonance

La compagnie de production québécoise de baladodiffusion Magnéto tiendra, du 26 au 28 octobre, la deuxième édition de son festival, sur le thème Paroles de femmes. L’événement met en effet l’accent sur le travail de créatrices, notamment les femmes autochtones. Résonance, qui se tient au tout nouveau Cinéma Moderne, propose des séances d’écoute, une discussion sur la création radio et le numérique — avec entre autres Monique Simard — ainsi que de longs entretiens avec Myra Cree et Alanis Obomsawin. Le dimanche matin, une des séances d’écoute est même destinée aux enfants.